Les Compagnons étaient, de son vivant et après sa mort, trop obéissants à Dieu et à Son Messager (ﷺ) pour oser prendre unilatéralement l’initiative d’avancer celui qu’il n’avait pas avancé ou de retarder celui qu’il avait expressément placé en premier. Jamais ils n’auraient fait cela ; à Dieu ne plaise. Et quiconque pense cela des Compagnons – que Dieu soit satisfait d’eux – les accuse tous de s’être ligués pour s’opposer au Messager (ﷺ), contredire son ordre et sa parole explicite. Quiconque, parmi les hommes, en arrive à cette conclusion, se démet du lien de l’islam et devient mécréant selon le consensus des grands imams ; il devient dès lors plus permis de verser son sang que de renverser la coupe de vin.
Ensuite, si un texte formel (nass) avait désigné ‘Alî ibn Abî Tâlib – que Dieu l’agrée –, pourquoi ne l’aurait-il pas utilisé pour prouver aux Compagnons qu’il était l’émir légitime et leur imam ? S’il ne pouvait faire valoir ce texte, c’est qu’il était incapable, or l’incapable ne saurait exercer l’émirat. Et s’il en était capable mais ne l’avait pas fait, cela constituerait une trahison, et le traître, étant un pervers (fâsiq), se voit privé et destitué de toute autorité. S’il ignorait l’existence même de ce texte, c’est qu’il était ignorant. Ensuite, s’il l’a appris puis connu plus tard, cela relève de l’impossible, de l’invention, de l’ignorance et de l’égarement. Tout cela ne se conçoit que dans l’esprit de gens ignorants et crédules, abusés par le diable sans aucun argument ni preuve, mais par de simples allégations, élucubrations, impostures et calomnies. Nous recherchons la protection de Dieu contre cet égarement, cet abandon, cette confusion et cette mécréance, et nous cherchons refuge auprès de Lui en nous attachant à la Sunna et au Coran, en demandant de mourir dans l’islam et la foi, de Le rencontrer dans la fermeté et la certitude, de rendre notre balance (de bonnes actions) plus lourde, de nous sauver du Feu et nous accorder les Jardins. Il est, en vérité, le Généreux, le Bienfaiteur, le Miséricordieux et le Clément.
Il ressort en outre de ce hadith authentique, rapporté par les deux recueils canoniques (Al-Bukhârî et Muslim) d’après ‘Alî – et que nous avons déjà mentionné –, une réfutation de ce que prétendent nombre de groupes ésotériques (turuqiyya) et de conteurs ignorants, qui avancent que le Prophète (ﷺ) aurait légué à ‘Alî de nombreuses instructions qu’ils énumèrent en longueur : « Ô ‘Alî, fais ceci », « Ô ‘Alî, ne fais pas cela », « Ô ‘Alî, celui qui fait ceci recevra cela », avec des expressions faibles, des idées pour la plupart insignifiantes et, pour beaucoup, des récits fragiles (4), ne valant même pas la peine d’être transcrits. Et Dieu sait mieux.
L’hâfidh Al-Bayhaqî (5) a relaté, selon la chaîne transmettant Hammad ibn ‘Amr an-Nasîbî – qui figure parmi les menteurs et falsificateurs avérés (6) –, d’après As-Sarrî ibn Khallâd, d’après Ja‘far ibn Muhammad, d’après son père, d’après son grand-père, d’après ‘Alî ibn Abî Tâlib, d’après le Prophète (ﷺ) : « Ô ‘Alî, je te lègue un conseil : retiens-le, car tu demeureras dans le bien tant que tu l’auras préservé ; Ô ‘Alî, le croyant possède trois marques : la prière, le jeûne et l’aumône. » Al-Bayhaqî ajoute : il est fait mention ensuite d’un long hadith à propos des vertus et des bons comportements, mais il s’agit d’un hadith fabriqué. Or, j’ai précisé au début de ce livre que je n’y citerais aucun hadith dont je saurais qu’il est inventé. Puis il rapporta (7) selon la même chaîne de Hammad ibn ‘Amr