Il (1) était plus clément que moi et plus posé. Par Dieu, il n’a laissé aucune parole que j’avais préparée et qui me plaisait, sans la prononcer spontanément en y ajoutant plus d’excellence encore, si bien que je me tus.
Il dit alors : « Or donc, tout ce que vous avez mentionné de bien, vous en êtes dignes. Et la communauté arabe ne connaît ce pouvoir que pour ce clan de Quraysh, qui est au centre des Arabes par la lignée et par la demeure. J’ai agréé pour vous l’un de ces deux hommes, choisissez celui que vous voudrez. » Puis il prit ma main et celle d’Abou ‘Oubayda Ibn Al-Jarrah. Je n’ai pas rejeté ce qu’il a dit, si ce n’est ce passage ; et je jure par Dieu que le fait d’être avancé et d’avoir le cou tranché, sans que cela ne m’approche d’un péché, est pour moi préférable à commander un peuple dans lequel se trouve Abou Bakr, à moins que mon âme ne se transforme au moment de la mort.
Quelqu’un parmi les Ansars dit alors : « Je suis son petit tronc râpé (3) et son régime de dattes solidement soutenu. Il y aura un émir (chef) de chez nous et un émir de chez vous, ô gens de Quraysh ! » Je dis à Mâlik : « Que signifie : “Je suis son petit tronc râpé et son régime de dattes solidement soutenu” (4) ? » Il me répondit : « Comme s’il disait : ‘Je suis son homme rusé.’ »
Puis les discussions devinrent confuses et les voix s’élevèrent, au point que nous craignîmes la division. Je dis : « Tends ta main, ô Abou Bakr. » Il tendit donc la sienne, je lui prêtai serment d’allégeance, puis les Émigrés (al-Muhâjirûn) en firent de même, suivis par les Ansars. Nous nous empressâmes alors vers Sa‘d Ibn ‘Ubâda. Quelqu’un parmi eux s’écria : « Vous avez tué Sa‘d ! » Je dis : « Que Dieu anéantisse Sa‘d ! »
‘Omar déclara : « Par Dieu, nous n’avons pas trouvé, dans ce qui nous est arrivé, de situation plus appropriée que de prêter allégeance à Abou Bakr. Nous avons craint que si nous nous séparions des gens sans avoir prêté serment, ils n’en suscitent un autre après nous ; soit nous devions alors leur prêter allégeance à quelque chose qui ne nous agrée pas, soit nous nous opposerions à eux et il y aurait discorde. Ainsi, quiconque prête allégeance à un émir sans la consultation des musulmans, alors ce serment n’est pas valide, pas plus que celui qui lui a prêté allégeance, afin qu’ils s’exposent à être tous deux tués. »
Mâlik a dit : « Ibn Chihâb m’a informé, d’après ‘Ourwa, que les deux hommes rencontrés par ‘Ouwaym Ibn Sâ‘ida et Ma‘n Ibn ‘Adiyy étaient bel et bien ceux-là. » Ibn Chihâb a dit : « Sa‘îd Ibn Al-Musayyib m’a informé que celui qui a dit : “Je suis son petit tronc râpé et son régime de dattes solidement soutenu” est Al-Hubâb Ibn Al-Mundhir. » Et ce hadith a été rapporté par tous (6) dans leurs ouvrages, par différentes chaînes de transmission au nom de Mâlik, et d’autres encore, d’après Az-Zouhrî.
L’imam Ahmad (7) a dit : « Nous a rapporté Mou‘âwiya Ibn (8) ‘Amr, qui a dit : ‘Zâ’ida nous a rapporté, d’après ‘Âsim — (rapport parallèle) et m’a rapporté Houçayn Ibn ‘Alî, d’après Zâ’ida, d’après ‘Âsim, d’après Zirr, d’après ‘Abdallah (c’est-à-dire Ibn Mas‘oud) — qui dit : “Lorsque le Messager de Dieu (que la prière et le salut de Dieu soient sur lui) rendit l’âme…”” »