Az-Zuhri (1) a rapporté : « Abou Salama m’a raconté d’après Ibn ‘Abbâs qu’Abou Bakr sortit pendant que ‘Oumar (2) s’adressait aux gens. Abou Bakr lui dit : “Assieds-toi, ô ‘Oumar !”, mais ‘Oumar refusa de s’asseoir. Il répéta : “Assieds-toi, ô ‘Oumar !”, et ‘Oumar refusa encore. Alors Abou Bakr prononça la formule du témoignage (tachahhoud), puis les gens se tournèrent vers lui, et il dit : “Eh bien !, que celui parmi vous qui adorait Mouhammad sache que Mouhammad (3) est bien mort. Quant à celui qui adorait Dieu, Dieu est Vivant et ne meurt pas.” Dieu – Exalté soit-Il – a dit : « Et Mouhammad n’est qu’un messager ; déjà des messagers sont passés avant lui. S’il meurt ou s’il est tué, retournerez-vous sur vos pas ? » [Al ‘Imrân, 144]. »
Ibn ‘Abbâs poursuit : « Par Dieu, c’est comme si les gens ignoraient que Dieu avait révélé ce verset, jusqu’à ce que Abou Bakr le leur récite. Alors tous se mirent à le reprendre, si bien qu’on n’entendait personne sans qu’il le récitât. »
Az-Zuhri (4) relate également : « Sa‘îd ibn al-Musayyib m’a informé que ‘Oumar dit : “Par Dieu, dès lors que j’entendis Abou Bakr réciter ce verset, je reconnus la vérité. J’en fus si bouleversé (fa-‘aqirtu) que mes jambes ne me portaient plus et je m’effondrai au sol. En l’entendant, j’ai su que le Messager de Dieu (ﷺ) était bel et bien mort.” » Al-Boukhârî (6) a rapporté ce récit tel quel, d’après Yahyâ ibn Boukayr (7).
Le hâfiẓ Al-Bayhaqî (8) a également rapporté, selon la chaîne de transmission passant par Ibn Lahî‘ah, Abou al-Aswad et ‘Urwah ibn az-Zoubaïr, au sujet de la mort du Messager de Dieu (ﷺ) :
« ‘Oumar ibn al-Khattâb se leva et harangua les gens, menaçant de mort ou de mutilation quiconque déclarerait que le Prophète (ﷺ) était mort. Il affirmait : “Le Messager de Dieu (ﷺ) est simplement dans un état d’inconscience (9). Dès qu’il se relèvera, il tuera et châtiera.”
Pendant ce temps, ‘Amr ibn Qaïs ibn Zâ’ida ibn al-Aṣamm ibn Oumm Maktûm, qui se trouvait à l’arrière de la mosquée, récitait le verset : « Et Mouhammad n’est qu’un messager… » [Al ‘Imrân, 144], tandis que les gens, réunis dans la mosquée, pleuraient et s’agitaient tellement qu’ils ne l’entendaient pas. C’est alors qu’al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib sortit pour s’adresser à la foule. Il dit : “Ô gens ! Est-ce que l’un de vous possède un quelconque testament du Messager de Dieu (ﷺ) mentionnant sa mort ? Qu’il nous en informe !” Ils répondirent : “Non !” Il demanda : “Et toi, ‘Oumar, as-tu une information à ce sujet ?” Il répondit : “Non.” Al-‘Abbâs dit alors : “Je témoigne (10), ô vous tous ! qu’aucun de vous ne tient de testament du Messager de Dieu (ﷺ) au sujet de sa mort. Par Celui en dehors de qui il n’y a pas de divinité, le Messager de Dieu (ﷺ) a bel et bien goûté à la mort.”
Abou Bakr (qu’Allâh l’agrée) arriva alors de As-Sunḥ, sur sa monture, et descendit à la porte de la mosquée. Il semblait accablé et affligé, puis il demanda la permission… »