Et al-Bukhârî dit (1) : « Nous a rapporté Qutayba, nous a rapporté Sufyân, d’après Sulaymân al-Aḥwal, d’après Saʿīd ibn Jubayr, qui a dit : Ibn ʿAbbâs (qu’Allâh l’agrée) raconta : “Le jeudi, quel jour que le jeudi ! Le mal du Messager d’Allâh (ﷺ) s’intensifia. Il déclara : ‘Apportez-moi de quoi écrire afin que je vous rédige un document qui vous préservera à jamais de l’égarement après moi.’ Ils s’opposèrent alors. Il ne sied pas qu’on se dispute devant un Prophète. Certains dirent : ‘Qu’a-t-il ? Divague-t-il ? Demandez-lui de s’expliquer.’ Ils voulurent donc s’opposer à lui, mais il dit : ‘Laissez-moi. Ce dans quoi je me trouve est meilleur que ce à quoi vous m’appelez.’ Puis il leur fit trois recommandations : ‘Faites sortir les polythéistes de la Péninsule arabique, octroyez aux délégations ce que j’avais coutume de leur accorder,’ puis il se tut au sujet de la troisième ou ajouta : ‘Je l’ai oubliée.’” Al-Bukhârî le rapporte (3) à un autre endroit, ainsi que Muslim, d’après la version de Sufyân ibn ʿUyayna.
Al-Bukhârî dit encore (4) : « Nous a rapporté ʿAlî ibn ʿAbd Allâh, nous a rapporté ʿAbd al-Razzâq, qui nous informa que Maʿmar rapporta, d’après az-Zuhrî, d’après ʿUbayd Allâh ibn ʿAbd Allâh, d’après Ibn ʿAbbâs, qui raconta : “Lorsque le Messager d’Allâh (ﷺ) était à l’agonie, il y avait dans la maison plusieurs hommes. Le Prophète (ﷺ) dit : ‘Approchez, que je vous écrive un écrit qui vous préservera à jamais de l’égarement après moi.’ Certains d’entre eux dirent : ‘Vraiment, le Messager d’Allâh est accablé par la souffrance, et vous avez le Coran ; le Livre d’Allâh nous suffit.’ Ceux qui se trouvaient là se divisèrent et se querellèrent, au point que certains dirent : ‘Allez, qu’il vous écrive un écrit qui vous épargnera l’égarement après lui’, tandis que d’autres refusaient. Quand ils se mirent à élever la voix et à se contredire, le Messager d’Allâh (ﷺ) leur dit : ‘Levez-vous.’” » ʿUbayd Allâh ajoute : « Ibn ʿAbbâs dit : “La plus grande des calamités, c’est ce qui s’interposa entre le Messager d’Allâh (ﷺ) et le document qu’il souhaitait rédiger pour eux, à cause de leurs divergences et de leurs disputes.” » Muslim (5) rapporte ce récit par Muḥammad ibn Râfiʿ et ʿAbd ibn Ḥumayd, tous deux le tenant de ʿAbd al-Razzâq, dans une version similaire. Al-Bukhârî (6) l’a également rapporté en plusieurs endroits de son Ṣaḥîḥ, d’après Maʿmar et Yûnus, eux-mêmes tenant leurs versions d’az-Zuhrî.
Ce ḥadith est l’une des narrations dont certains ignorants (parmi les gens d’innovation) (7) — qu’il s’agisse de chiites ou d’autres — se sont mépris, chacun prétendant que le Prophète (ﷺ) voulait y consigner ce qui correspond à leurs allusions doctrinales. C’est là un attachement à ce qui est ambigu et un abandon de ce qui est explicite. Les gens de la Sunnah s’en tiennent à l’explicite et ramènent ce qui est ambigu à ce qui l’éclaire. Telle est la démarche des érudits fermes en science, comme Allâh – Exalté soit-Il – les a décrits dans Son Livre. C’est sur ce point précis que beaucoup d’égarés ont trébuché. Quant aux gens de la Sunnah, ils n’ont pas d’autre voie que la poursuite de la vérité, où qu’elle soit. Ce que le Prophète (ﷺ) voulait écrire a été clairement exposé dans d’autres ḥadiths authentiques, comme le montre l’explication de son dessein. En effet, l’Imâm Aḥmad (9) a déclaré : « Nous a rapporté Muʾammal, nous a rapporté… »