Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il dit alors : « Ô Abou Mouwayhiba, j’ai reçu l’ordre de demander pardon pour les gens de ce cimetière d’Al-Baqî‘ ; accompagne-moi. » Je partis donc avec lui. Lorsqu’il se tint au milieu d’eux, il déclara : « Que la paix soit sur vous, habitants des tombes ! Heureux êtes-vous de l’état dans lequel vous vous trouvez, comparé à celui dont les gens sont aujourd’hui frappés. Voici que surviennent des tentations semblables aux pans d’une nuit obscure : chacune poursuit la précédente, et la suivante est pire que la précédente. » Puis il se tourna vers moi et me dit : « Ô Abou Mouwayhiba, l’on m’a donné les clefs des trésors de ce monde et la possibilité d’y demeurer éternellement, puis la promesse du Paradis. Mais j’ai reçu le choix entre cela et la rencontre de mon Seigneur ainsi que le Paradis. » Je répondis : « Que mon père et ma mère te soient sacrifiés ! Accepte donc les clefs des trésors de ce monde et l’éternité ici-bas, puis le Paradis. » Il répliqua : « Non, par Dieu, ô Abou Mouwayhiba, j’ai plutôt choisi la rencontre de mon Seigneur et le Paradis. » Il implora ensuite le pardon pour les gens d’Al-Baqî‘, puis il s’en alla. C’est alors que commença le mal qui l’emporta. Aucun des compilateurs des recueils reconnus n’a rapporté ce récit, seul Ahmad (1) l’a transmis, d’après Ya‘qoub ibn Ibrâhîm, d’après son père, d’après Muhammad ibn Isḥâq.

L’imam Ahmad (2) rapporte également : « Nous raconta Abou an-Naḍr, qui tint d’al-Ḥakam ibn Fuḍayl, qui le tenait de Ya‘lâ ibn ‘Aṭâ’, d’après ‘Ubayd ibn Jubayr (3), d’Abou Mouwayhiba : “Le Messager de Dieu reçut l’ordre de prier pour les gens d’Al-Baqî‘, et il le fit à trois reprises. À la troisième, il me dit : ‘Ô Abou Mouwayhiba, selle ma monture.’ Je m’exécutai et il monta ; je marchai à ses côtés jusqu’à ce que nous arrivions auprès d’eux (les tombes). Il mit alors pied à terre, je tins la monture, tandis qu’il se tenait – ou dit-on : se dressait – parmi eux. Il déclara : ‘Heureux êtes-vous de l’état dans lequel vous vous trouvez, à l’abri de ce que traversent les gens. Voici que surviennent des tentations semblables aux pans de la nuit obscure : chacune poursuit l’autre, la suivante étant plus terrible que la précédente. Que vous êtes heureux de n’en point souffrir.’ Puis il revint vers moi et poursuivit : ‘Ô Abou Mouwayhiba, l’on m’a octroyé – ou l’on m’a offert le choix entre – les clefs de ce qui sera ouvert à ma communauté après moi et le Paradis, ou la rencontre avec mon Seigneur.’ Je dis alors : ‘Que mon père et ma mère te soient sacrifiés ! Choisis donc pour nous.’ Il reprit : ‘Si tu devais prolonger ton séjour parmi eux aussi longtemps qu’il plairait à Dieu, puis revenir à moi… Mais j’ai choisi la rencontre de mon Seigneur.’ Il ne vécut plus alors que sept ou huit jours avant d’être rappelé à Dieu.” »

‘Abd ar-Razzâq (4) relate, d’après Ma‘mar, lui-même d’après Ibn Ṭâwous, qui le tenait de son père, que le Messager de Dieu (que la paix soit sur lui) a dit : « J’ai reçu la victoire grâce à la crainte qu’inspirait ma présence, on m’a donné les trésors, et j’ai été laissé libre de choisir entre demeurer pour voir ce qui s’ouvrirait à ma communauté ou hâter mon départ ; j’ai préféré hâter mon départ. » Al-Bayhaqî commente qu’il s’agit d’un ḥadîth mursal (à la chaîne de transmission incomplète), qui néanmoins confirme le récit d’Abou Mouwayhiba.

Ibn Isḥâq (5) rapporte ceci : « Ya‘qoub ibn ‘Utbah m’a informé, d’après az-Zuhrî, d’après ‘Ubayd Allâh ibn ‘Abd Allâh ibn ‘Utbah, d’après Ibn Mas‘oûd, d’après ‘Â’ishah : “Le Messager de Dieu (que la paix soit sur lui) revint d’Al-Baqî‘ et me trouva souffrant d’une forte douleur à la tête. Je disais : ‘Hélas, ma tête !’ Il répondit : ‘Non, par Dieu, ô ‘Â’ishah, c’est plutôt moi qui dis : “Hélas, ma tête !”’ Puis il poursuivit : ‘Qu’est-ce que cela t’aurait coûté si tu étais morte avant moi ? Je me serais alors occupé de tes funérailles, je t’aurais enveloppée, prié sur toi et t’aurais enterrée.’ Elle raconta : ‘Je répondis : “Par Dieu, c’est comme si je te voyais, si tu faisais cela, tu reviendrais ensuite…”’” »

(1) Musnad de l’Imām Ahmad (3/489), dont la chaîne de transmission est faible, mais son invocation de pardon pour les habitants de al-Baqīʿ ainsi que son choix de se rencontrer avec son Seigneur sont authentifiés. (2) Musnad de l’Imām Ahmad (3/488), similaire au précédent. (3) T : (jabr) est une altération. Voir al-Iṣābah (4/188). (4) al-Muṣannaf (n° 20034). (5) Sīrah al-Nabawiyyah (2/649).
فقال: يا أبا مُوَيْهبة، إنّي قدْ أمِرْتُ أن أستغفرَ لأهل هذا البقيع، فانطلق معي. فانطلقتُ معه، فلما وقَفَ بين أظْهُرِهِم. قال: السَّلامُ عليكم يا أهلَ المَقابر، ليهن لكم ما أصْبَحْتُمْ فيه مما أصبَحَ الناسُ فيه، أقبلت الفتن كَقِطَع الليل المُظْلِم يَتْبَعُ آخرُها أولَها، الآخرةُ شرٌّ من الأولى، ثم أقبل عليَّ فقال: يا أبا مُوَيْهبةَ، إنّي قد أُوتيتُ مفاتيحَ خزائِن الدُّنْيا والخُلْدَ فيها ثم الجَنّةَ، فخُيِّرْتُ بين ذلك وبينَ لقاءِ ربّي والجنةِ. قال: قلت: بأبي أنتَ وأمّي فخُذْ مفاتيحَ خزائنِ الدُّنْيا والخُلْدَ فيها ثم الجنة. قال: لا واللَّهِ يا أبا مُوَيْهبة، لقد اخترتُ لقاءَ ربّي والجَنَّة. ثم استغفرَ لأهلِ البَقيع، ثم انصرف، فبُدئ برسولِ اللَّه وَجَعُه الذي قَبَضَه اللَّهُ فيه. لم يخرجه أحدٌ من أصحاب الكتب. وإنما رواه أحمدُ (١) عن يعقوب بن إبراهيم، عن أبيه، عن محمد بن إسحاق به. وقال الإمام أحمد (٢) : ثنا أبو النَّضْر، ثنا الحكم بن فُضَيْل، ثنا يَعْلَى بن عطاءً، عن عُبَيْد بن جُبَيْرٍ (٣) ، عن أبي مُوَيْهبة. قال: أُمِرَ رسولُ اللَّه أن يُصَلِّي على أهل البَقيعِ، فَصَلَّى عليهم ثلاثَ مراتٍ، فلما كانت الثالثة. قال: يا أبا مويهبة، أسْرِجْ لي دابَّتِي. قال: فركب ومشَيْتُ، حتى انتهى إليهم، فنزل عن دابته، وأمسكتُ الدابةَ فوقف - أو قال: قام- عليهم، فقال: لِيَهْنِكُمْ ما أنتم فيه مما فيه الناسُ، أتَتِ الفتنُ كَقِطَعِ الَّليْلِ المُظْلِمِ يَتْبَعُ بعضُها بعضًا، الآخرةُ أشَدُّ من الأولى، فَلْيَهْنِكُمْ ما أنْتُمْ فيه مما فيه الناس. ثم رجع فقال: يا أبا مُوَيْهبة، إني أُعْطيتُ - أو قال: خُيِّرت بَيْنَ- مفاتيحِ ما يُفْتَحُ على أُمَّتي من بَعْدي والجنةِ أو لقاءَ ربّي. قال: فقلت: بأَبي أنْتَ وأُمي فاخْتَرْنا. قال: لأنْ تُردَّ على عَقِبها ما شاء اللَّهُ، فاخترتُ لقاءَ ربي. فما لبثَ بعدَ ذلك إِلَّا سَبْعًا أو ثمانيًا حتى قُبض. وقال عبد الرزاق (٤) : عن معمر، عن ابن طاوس، عن أبيه، قال: قال رسول اللَّه ﷺ : نُصِرْتُ بالرُّعْبِ، وأُعْطيتُ الخَزائنَ، وخُيرتُ بينَ أن أبقى حَتَّى أرَى ما يُفْتَحُ على أُمَّتي وبينَ التَّعْجيل، فاخترتُ التَّعْجيلَ. قال البيهقيّ: وهذا مُرْسلٌ، وهو شاهدٌ لحديث أبي مُوَيْهبة. قال ابن إسحاق (٥) : وحدّثني يعقوبُ بن عُتْبَةَ، عن الزُّهْري، عن عُبَيْد اللَّه بن عبد اللَّه بن عُتْبَة، عن ابنِ مَسْعود عن عائشة، قالت: رَجَعَ رسولُ اللَّه ﷺ من البقيع فَوَجَدني وأنا أجِدُ صُداعًا في رأسي، وأنا أقول: وارَأساهُ. فقال: بل أنا واللَّهِ يا عائشةُ، وارَأْساهُ. قالت: ثم قال: وما ضَرَّكِ لو مُتِّ قَبْلي، فقمت عليكِ وكَفَّنْتُك وَصلَّيْتُ عَلَيْكِ ودَفَنْتُكِ. قالت: قلت: واللَّهِ لكأنِّي بكَ لو فعلتَ ذلك لقد رجعتَ
(١) مسند الإمام أحمد (٣/ ٤٨٩)، وإسناده ضعيف، وقد صح منه استغفاره لأهل البقيع، واختياره لقاء ربه. (٢) مسند الإمام أحمد (٣/ ٤٨٨) وهو كالذي قبله. (٣) ط: (جبر) تحريف. انظر الإصابة (٤/ ١٨٨). (٤) المصنف (٢٠٠٣٤). (٥) السيرة النبوية (٢/ ٦٤٩).

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