«Quel croyant est le plus avisé ? Il répondit : “Celui qui mentionne le plus souvent la mort et qui s’y prépare au mieux avant qu’elle ne s’abatte sur lui ; voilà les véritables avisés.” Puis le jeune homme se tut.
Le Messager de Dieu (ﷺ) se tourna alors vers nous et dit : “Ô vous, les Emigrés (Muhâjirîn), il est cinq caractéristiques qui, lorsqu’elles vous atteindront – et je cherche protection auprès de Dieu pour que vous ne les connaissiez pas –, se produiront inéluctablement : jamais l’immoralité (al-fâhisha) n’apparaît chez un peuple, au point qu’ils l’étalent ouvertement, sans que ne se propagent parmi eux la peste et des maladies inconnues de leurs ancêtres ; jamais ils ne trichent dans les poids et mesures sans être frappés par la disette, la cherté et l’injustice de leurs dirigeants ; jamais ils ne retiennent la zakât de leurs biens sans que la pluie ne leur soit refusée : n’étaient les bêtes, ils n’auraient pas reçu la moindre ondée ; jamais ils ne rompent le pacte conclu avec Dieu et Son Messager sans que Dieu ne leur envoie un ennemi extérieur qui s’empare d’une partie de leurs biens ; et jamais leurs chefs ne jugent en dehors du Livre de Dieu, en se permettant d’ignorer ce que Dieu a révélé, sans que Dieu ne suscite parmi eux des dissensions (et qu’ils ne se combattent entre eux).”
Ensuite, il ordonna à ‘Abd al-Raḥmân ibn ‘Awf de se préparer pour une expédition qu’il lui confia. Au matin, ‘Abd al-Raḥmân portait un turban noir fait de karâbîs. Le Messager de Dieu (ﷺ) le fit approcher, dénoua son turban et l’enroula de nouveau autour de sa tête, en laissant retomber derrière lui une extrémité d’environ quatre doigts, ou quelque chose de ce genre. Puis il dit : “Fais ainsi, ô fils de ‘Awf, pour porter le turban, car c’est plus beau et plus reconnaissable.” Il ordonna ensuite à Bilâl de lui remettre l’étendard, ce qu’il fit. Le Prophète loua Dieu et pria sur lui-même, puis déclara : “Prends ceci, ô ibn ‘Awf. Partez tous au combat dans le sentier de Dieu. Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu. Ne commettez pas de détournement (du butin), ne trahissez pas, ne mutilez pas les corps, et ne tuez pas d’enfant. Tel est le pacte de Dieu et la voie de Son Prophète parmi vous.” ‘Abd al-Raḥmân ibn ‘Awf saisit alors l’étendard. Ibn Hishâm rapporte qu’il partit pour Dûmat al-Jandal.
Il y avait aussi l’expédition d’Abû ‘Ubayda ibn al-Jarrâḥ et ses compagnons, au nombre d’environ trois cents cavaliers, jusqu’à la côte de la mer (Sîf al-Baḥr). Le Prophète (ﷺ) leur fournit seulement un sac de dattes. C’est durant cette expédition qu’eut lieu l’histoire du grand poisson (al-‘anbar) rejeté par la mer. Ils en mangèrent tous pendant près d’un mois, jusqu’à retrouver des forces, et en conservèrent des morceaux en guise de provisions pour le retour. De retour auprès du Messager de Dieu (ﷺ), ils lui en présentèrent. Il en mangea également, comme il a été rapporté antérieurement dans le récit correspondant.»