Quant au fait que ces récits chronologiques soient préservés dans ce qui est descendu du ciel, il y a matière à examen, comme l’ont remarqué plus d’un savant qui les ont critiqués à cet égard. Il apparaît qu’elles ont été insérées à titre additionnel : certains les ont évoquées dans l’intention d’apporter un supplément ou une interprétation. Cependant, elles renferment de nombreuses erreurs, que nous signalerons en leur lieu, si Dieu le veut.
L’imam Abou Jaʿfar Ibn Jarîr rapporte dans son « Tarikh » qu’après s’être référé à certains, (1) Hawwâ aurait enfanté quarante enfants d’Adam en vingt grossesses. C’est ce qu’a mentionné Ibn Isḥâq, et il les a nommés, mais Dieu est plus savant. D’autres ont dit qu’elle eut cent vingt grossesses, dans chacune un garçon et une fille, les premiers étant « Qâbîl » et sa sœur « Qalîmâ », et les derniers « ʿAbd al-Mughîth » et sa sœur « Umm al-Mughîth ». Par la suite, les gens se répandirent et se multiplièrent, s’étendant sur la terre et proliférant, comme Dieu – Exalté soit-Il – a dit : « Ô gens ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’une seule âme, et a créé d’elle son épouse, et de ces deux-là a fait répandre beaucoup d’hommes et de femmes » (Les Femmes, 4 :1). Les historiens ont mentionné qu’Adam – paix sur lui – ne mourut pas avant d’avoir vu de sa descendance, parmi ses enfants et ses petits-enfants, quatre cent mille âmes. Dieu sait mieux ce qu’il en est.
Dieu – Exalté soit-Il – a dit : « C’est Lui qui vous a créés d’une seule âme, et Il a fait de celle-ci son épouse, afin qu’il trouve auprès d’elle sérénité ; puis quand il s’unit à elle, elle conçut d’abord une grossesse légère, et passa inaperçue. Mais lorsque cela s’alourdit, ils invoquèrent Dieu, leur Seigneur : “Si Tu nous donnes un enfant sain, nous serons assurément parmi les reconnaissants.” (189) Puis, lorsqu’Il leur accorda un enfant sain, ils Lui associèrent des partenaires dans ce qu’Il leur avait donné. Que Dieu soit exalté au-dessus de ce qu’ils associent » (Les Murailles (Al-Aʿrâf), 7 :189-190). Ces versets constituent une première indication en évoquant Adam, puis ils se poursuivent sur l’ensemble de l’humanité. Il ne s’agit pas ici d’évoquer spécifiquement Adam et Hawwâ, mais après avoir mentionné un individu, le texte embraye sur le genre humain, comme dans la parole de Dieu : « Nous avons certes créé l’homme d’une quintessence d’argile (12) puis Nous en fîmes une goutte de sperme dans un reposoir solide » (Les Croyants (Al-Mu’minûn), 23 :12-13). Dieu – Exalté soit-Il – déclare aussi : « Nous avons paré le ciel le plus proche de lampes, et Nous en avons fait des projectiles pour les diables » (La Royauté (Al-Mulk), 67 :5). Il est clair que ces projectiles pour les diables ne sont pas les mêmes entités que les luminaires célestes, mais le texte est passé de la mention d’êtres concrets à celle de l’espèce.
Quant au hadith rapporté par l’imam Aḥmad (2) : « (…) Abd as-Samad nous a rapporté, d’après ʿUmar ibn Ibrâhîm, d’après Qatâda, d’après al-Ḥasan, d’après Samura, que le Prophète ﷺ a dit : “Lorsque Hawwâ mit au monde un enfant, le Diable vint à elle, et aucun de ses enfants ne survivait. Il lui dit : ‘Donne-lui pour nom ʿAbd al-Ḥârith (Serviteur de al-Ḥârith), et il vivra.’ Elle le nomma ainsi, et l’enfant vécut. Cela venait en réalité de l’inspiration du Diable et de son ordre.” »
De même, at-Tirmidhî (3), Ibn Jarîr (4), Ibn Abî Ḥâtim et Ibn Mardawayh (5) l’ont rapporté dans leurs Tafsîrs à propos de ce verset. Al-Ḥâkim (6) l’a également relayé dans son « Moustadrak », tous selon cette même chaîne de transmission.