Quant à ce que Muslim rapporte dans son « Ṣaḥīḥ »(1), où il déclare : « Muhammad ibn Rāfiʿ nous a raconté, Yāḥyā ibn Ādam nous a raconté, Zuhayr nous a raconté d’après ʿAbd al-Malik ibn Saʿīd, d’après Abū al-Ṭufayl, qui dit : “J’ai dit à Ibn ʿAbbās : ‘Je pense avoir vu le Messager de Dieu (ﷺ).’ Il me répondit : ‘Décris-le-moi !’ J’ai donc dit : ‘Je l’ai vu près de Marwa sur une chamelle, et beaucoup de gens se pressaient autour de lui.’” Ibn ʿAbbās reprit : “C’était bien le Messager de Dieu (ﷺ) : en vérité, on ne le repoussait pas et on ne le haïssait pas.” » Muslim est le seul à rapporter ce récit, et il n’y a là(4) aucune preuve(5) indiquant que le Prophète (ﷺ) a effectué la course (saʿy) entre Ṣafâ et Marwa en étant monté(6). En effet, le hadith ne spécifie pas qu’il s’agisse du Pèlerinage d’Adieu ou d’une autre circonstance.
Et même à supposer que cela ait eu lieu durant le Pèlerinage d’Adieu, il reste possible qu’après avoir achevé sa course et s’être assis à Marwa, il s’adressa aux fidèles et ordonna à ceux qui n’avaient pas amené d’offrande sacrificielle(7) de convertir leur ḥajj en ʿumra. Ainsi, tous se désacralisèrent à l’exception de ceux qui avaient apporté une offrande, comme il a été indiqué précédemment dans le hadith de Jābir. Puis, après tout cela, on emmena sa chamelle, il y monta et se rendit à son domicile à al-Abṭaḥ, comme nous le verrons bientôt. C’est alors qu’Abū al-Ṭufayl ʿĀmir ibn Wāthila al-Bakrī le vit, lui qui fait partie des plus jeunes Compagnons.
Je dis ensuite : Un groupe de savants irakiens, tels Abū Ḥanīfa, ses disciples et al-Thawrī, ont soutenu que le pèlerin qui combine le ḥajj et la ʿumra (al-qārin) accomplit deux circumambulations (ṭawāf) et deux courses (saʿy). Cet avis est également rapporté de ʿAlī, Ibn Masʿūd, Mujāhid et al-Shaʿbī. Ils peuvent se fonder sur le long hadith de Jābir, qui indique qu’il a parcouru la distance entre Ṣafâ et Marwa à pied, tandis que dans un autre récit, le Prophète (ﷺ) aurait fait ce trajet à dos de monture, d’où l’idée qu’il aurait multiplié le va-et-vient une fois à pied et une autre fois à monture.
Par ailleurs, Saʿīd ibn Manṣūr a rapporté dans ses Sunan(9), d’après ʿAlī – qu'Allah soit satisfait de lui –, que celui-ci avait entamé l’iḥrām pour le ḥajj et la ʿumra. Lorsqu’il arriva à La Mecque, il effectua un ṭawāf autour de la Kaʿba et un saʿy entre Ṣafâ et Marwa pour son ʿumra, puis il refit un ṭawāf et un saʿy pour son ḥajj, demeurant en état de sacralisation jusqu’au jour du sacrifice. Tels sont ses propos.
Abū Dharr al-Harawī rapporte également dans son ouvrage « Manāsik » que ʿAlī, ayant joint le ḥajj et la ʿumra, effectua un double ṭawāf et un double saʿy pour ces deux rites, en ajoutant : « C’est ainsi que j’ai vu le Messager de Dieu (ﷺ) faire. » De même, al-Bayhaqī, al-Dāraqūṭnī et al-Nasāʾī, dans « Khaṣāʾiṣ ʿAlī »(10), ont rapporté ce fait. Al-Bayhaqī le mentionne encore dans ses « Sunan »(11).