L’imam ash-Shâfi‘î – qu’Allah lui fasse miséricorde – a dit (1) : Sufyân (ayant rapporté à son tour) (2) que Ibn Tâwûs et Ibrâhîm ibn Maysarah avaient entendu (3) Tâwûs déclarer : « Le Messager d’Allah (ﷺ) quitta Médine sans préciser s’il accomplissait un pèlerinage ou une ‘umra, attendant que la décision divine lui parvienne. Or, cette décision lui fut révélée alors qu’il se tenait entre aṣ-Ṣafâ et al-Marwa ; il ordonna donc à ceux de ses compagnons qui avaient formulé l’intention du hajj et qui n’avaient pas emmené d’offrande (hady) de transformer leur hajj en ‘umra. »
Le Prophète (ﷺ) dit alors : « Si j’avais su auparavant ce que je sais maintenant, je n’aurais pas conduit l’offrande. Mais j’ai déjà enduit (de gomme) ma chevelure et j’ai amené mon offrande, je ne peux donc me désacraliser qu’au même moment qu’elle. » Alors Suraqa ibn Mâlik se leva et demanda : « Ô Messager d’Allah, juge pour nous d’une manière telle que nous soyons comme si nous venions de naître aujourd’hui ! Cette ‘umra que nous accomplissons, est-elle réservée à cette année ou est-elle valable à jamais ? » Le Messager d’Allah (ﷺ) répondit : « Au contraire, elle est perpétuelle ; la ‘umra est incluse dans le hajj jusqu’au Jour de la Résurrection. » Tâwûs rapporte : « C’est alors que ‘Alî arriva du Yémen ; le Prophète (ﷺ) lui demanda : “Quelle intention rituelle as-tu formulée ?” » L’un des deux rapporteurs, se basant sur les propos de Tâwûs, indique : « Il répondit : “Labayka ihlâla n-nabiyy (ﷺ).” » L’autre transmit : « Labayka ḥajjata n-nabiyy (ﷺ). »
Il s’agit là d’un hadith mursal (rapporté par Tâwûs sans remonter jusqu’au Compagnon), et il présente un certain caractère étrange. Selon le principe de l’imam ash-Shâfi‘î – qu’Allah lui fasse miséricorde –, on n’accepte pas un hadith mursal en lui-même avant qu’il ne soit renforcé par un autre témoignage, sauf s’il émane de l’un des grands Tâbi‘ûn, comme ash-Shâfi‘î l’explique dans son « ar-Risâlah », car, en général, ils ne l’omettent que lorsqu’ils le rapportent de Compagnons. Et Allah est plus savant. Or, ce hadith mursal n’en fait pas partie ; au contraire, il contredit tous les hadiths antérieurs : ceux sur l’ifrâd (hajj seul), ceux sur le tamattu‘, et ceux sur le qirân (hajj et ‘umra combinés), alors qu’eux sont rapportés avec une chaîne (isnâd) fiable et authentique, comme on l’a vu plus haut. Ces derniers priment sur ce mursal car ils affirment une chose que ce mursal nie, et l’énoncé affirmatif l’emporte sur l’énoncé négatif si l’on se base sur une égalité de preuves. A fortiori quand les hadiths avec chaînes authentiques sont validés, et que le mursal, de son côté, ne peut pas être considéré comme une preuve probante à cause de la rupture de sa chaîne de transmission. Allah, le Très-Haut, est plus savant.
L’hâfiẓ Abû Bakr (7) al-Bayhaqî (8) a dit : « Abû ‘Abdillâh al-Ḥâfiẓ nous a informés, Abû l-‘Abbâs al-Aṣamm nous a informés, al-‘Abbâs ibn Muḥammad ad-Dûrî nous a rapporté, Moḥâḍir nous a rapporté, al-A‘mash nous a rapporté d’après Ibrâhîm, d’après al-Aswad, d’après ‘Â’ishah qui déclara : “Nous sommes sortis avec le Messager d’Allah (ﷺ) sans mentionner le hajj ni la ‘umra. Quand nous arrivâmes, il nous ordonna de nous désacraliser. Lors de la nuit du départ, Ṣafiyyah bint Ḥuyayy eut ses menstrues, et le Prophète (ﷺ) dit alors : ‘Malheur à elle ! Je ne la vois que vous retardant.’ Puis il ajouta : ‘A-t-elle déjà…’” »