Imrân ibn Hammîn déclara : « Nous avons accompli le tamattuʿ avec le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui), puis aucune révélation coranique ne l’a interdit, et le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) ne l’a pas non plus prohibé jusqu’à son décès. » Les deux compilers du hadith (al-Bukhârî et Muslim) l’ont rapporté dans leurs Sahîh (1).
Dans le Sahîh de Muslim (2), il est rapporté que Saʿd réprouva l’opposition de Muʿâwiya à la pratique du tamattuʿ en disant : « Nous l’avons mise en œuvre avec le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui), et toi, à cette époque, tu étais mécréant à al-ʿUrush. » Il entendait par là qu’au moment où ils l’accomplirent avec le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui), Muʿâwiya était encore non musulman à la Mecque.
J’ajoute : Il a déjà été mentionné que le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) avait accompli le ḥajj qirân, d’après ce que nous avons rapporté des hadiths relatifs à ce sujet. Par ailleurs, il n’y eut entre le Pèlerinage d’Adieu et la mort du Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) que quatre-vingt-un jours (3)(4). Plus de quarante mille Compagnons (qu’Allah les agrée) assistèrent à ce pèlerinage ; tous attestèrent ses dires et ses actes. S’il eût interdit le qirân durant ce pèlerinage—auquel tous avaient pris part—il n’aurait pas été rapporté par un seul Compagnon sans être réfuté par plusieurs autres, parmi ceux qui l’avaient entendu du Prophète ou non. L’ensemble de ces éléments indique que ce propos attribué à Muʿâwiya (qu’Allah l’agrée) n’est pas authentiquement préservé, et Dieu sait mieux.
Abû Dâwud (6) rapporte qu’Aḥmad ibn Ṣâliḥ dit : Ibn Wahb nous informa, disant : Ḥayywa me raconta, d’après Abû ʿĪsâ al-Khurâsânî, lui-même le tenant de ʿAbd Allâh ibn al-Qâsim al-Khurâsânî, qui le tenait de Saʿīd ibn al-Musayyib, qu’un homme parmi les Compagnons du Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) vint trouver ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb et attesta qu’il avait entendu le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui), dans la maladie qui précéda sa mort, interdire lʾʿumra avant le ḥajj. Toutefois, cette chaîne de transmission appelle une certaine réserve. De plus, si le Compagnon en question devait être Muʿâwiya, nous avons déjà expliqué ce sujet. Or il s’agit dans ce hadith d’un empêchement concernant le tamattuʿ, et non du qirân. Et s’il s’agissait d’un autre Compagnon, l’affaire reste d’une manière générale problématique, mais non au sujet du qirân. Dieu le sait mieux.
Il est rapporté qu’un groupe soutient l’idée suivante : le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) aurait d’abord revêtu l’iḥrâm sans désigner ni ḥajj ni ʿumra, puis il aurait précisé l’intention ensuite. On a même rapporté de l’imam ash-Shâfiʿî qu’il considère ce procédé comme étant le meilleur, bien qu’il s’agisse d’un avis minoritaire.