Il a également été rapporté de la même manière par Ash‘ath ibn Barāz, Saʿīd ibn Abī ʿArūba(1) et Hammām(2), d’après Qatāda(3), selon la version initiale. Matar al-Warrāq(4) et Bayhas(5)(6) ibn Fahdān l’ont aussi rapporté, d’après Abū Shaykh, au sujet de la jouissance (mutʿa) dans le pèlerinage (ḥajj). Abū Dāwūd et an-Nasāʾī l’ont transmis par plusieurs chaînes, d’après Abū Shaykh al-Hunayʾī(8). Il s’agit d’un ḥadith dont la chaîne de transmission est bonne, même s’il est surprenant que, selon la narration attribuée à Muʿāwiya (qu’Allah l’agrée), il soit interdit de combiner le ḥajj et la ʿumra. Il est possible que la version originale porte sur l’interdiction de la mutʿa, et que le transmetteur ait cru qu’elle concernait la mutʿa du ḥajj, alors qu’en réalité, il s’agissait de la mutʿa des femmes. Or, ces Compagnons ne possédaient pas de tradition interdisant cette dernière.
Il se peut aussi que l’interdiction visée soit celle de l’iqrān dans les dattes, comme le mentionne le ḥadith de Ibn ʿUmar(10), mais le narrateur a pensé qu’il s’agissait de l’interdiction du qirān durant le pèlerinage, ce qui n’est pas correct. Ou bien encore Muʿāwiya (qu’Allah l’agrée)(12) aurait pu se contenter de dire(13) : « Savez-vous qu’il a été interdit de faire telle chose ? » en employant une forme passive, et le transmetteur l’aurait alors attribuée directement au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), ce qui constituerait une erreur. En effet, celui qui interdisait la mutʿa du ḥajj n’était autre que ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb (qu’Allah l’agrée), et son interdit ne relevait ni d’une interdiction formelle ni d’une obligation absolue(14)(15), comme nous l’avons déjà mentionné.
Il n’avait pour but que de séparer la ʿumra du ḥajj, afin d’y voyager une autre fois, et donc de multiplier les visites à la Maison(16). Les Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux) le respectaient grandement et n’osaient donc presque jamais le contredire. Toutefois, son fils ʿAbd Allāh s’opposait à lui. On lui disait : « Ton père l’interdisait. » Il répondait : « Je crains qu’il ne vous tombe des pierres du ciel, car le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) l’a pratiquée. Faut-il suivre la Sunna du Messager d’Allah ou la sunna de ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb ? » De même, ʿUthmān ibn ʿAffān (qu’Allah l’agrée) l’interdisait également, tandis quʾAlī ibn Abī Ṭālib s’y opposait, comme cela a déjà été expliqué. Il affirma : « Je ne délaisserai pas la Sunna du Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) pour l’avis de quiconque parmi les gens. »