Il l’a rapporté au sens d’« ifrâd » des actes du pèlerinage, non pas l’« ifrâd » particulier auquel en viennent les compagnons de l’avis de l’imam Ash-Shâfi‘î, à savoir accomplir le ḥajj, puis effectuer la ‘umra ensuite durant le reste du mois de Dhû l-Ḥijja.
La parole d’Ash-Shâfi‘î : « Mālik nous a informés, d’après Ṣadaqa ibn Yasâr, d’après Ibn ‘Umar, qui a dit : ‘Il m’est plus aimé de faire la ‘umra avant le ḥajj et d’offrir ma bête à sacrifier, plutôt que de faire la ‘umra après le ḥajj en Dhû l-Ḥijja.’ »
[Transmission d’après ‘Abd Allâh ibn ‘Amr]
L’imam Aḥmad (2) a dit : « Abû Aḥmad – c’est-à-dire az-Zubayrî – nous a rapporté, en disant que Yûnus ibn al-Ḥârith a rapporté, d’après ‘Amr ibn Shu‘ayb, d’après son père, d’après son grand-père, que le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) n’a pratiqué le qirân que par crainte d’être empêché d’accéder à la Maison (sacrée). Il a dit : ‘Si ce n’est pas un ḥajj, alors ce sera une ‘umra.’ »
C’est un ḥadîth étrange tant du point de vue de la chaîne de transmission que du contenu, et il est répertorié uniquement par l’imam Aḥmad. De plus, Aḥmad a déclaré à propos de ce Yûnus ibn al-Ḥârith ath-Thaqafî : « Il était instable dans ses ḥadîths », et il l’a jugé faible. De même, Yahyâ ibn Ma‘în – dans l’une de ses transmissions – et an-Nasâ’î l’ont également déclaré faible.
Quant au contenu, cette parole : « Le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) n’a pratiqué le qirân que par crainte d’être empêché d’aller à la Maison » interroge, car qui donc aurait pu l’empêcher de s’y rendre alors que Dieu avait déjà fortifié l’islam pour lui, conquis la ville sacrée et que, l’année précédente, on avait proclamé dans les vastes espaces de Minâ, durant la saison du pèlerinage, qu’aucun polythéiste ne ferait plus le ḥajj après cette année, et qu’aucun homme ne ferait plus le ṭawâf autour de la Ka‘ba en étant nu ? (7) D’autant plus qu’il (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) était accompagné, lors du Pèlerinage d’Adieu, d’environ (8) quarante mille personnes.
Son propos : « par crainte d’être empêché d’aller à la Maison » n’est pas plus étonnant que la parole du Commandeur des croyants ‘Uthmân à ‘Alî ibn Abî Ṭâlib lorsque ce dernier lui dit : [« Tu sais très bien que nous avons fait le tamattu‘ avec le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui). » Il répondit : « Certes, mais nous avions alors peur. »] (9) Et je ne sais en vérité de quoi ils avaient peur ou de qui, en cette circonstance, si ce n’est qu’il s’agit de ce que le Compagnon dut rapporter