‘Alî les accueillit (1) et les trouva revêtus de beaux habits. Il leur demanda : « Qu’est-ce que cela ? » Ils répondirent : « C’est Untel qui nous a vêtus. » ‘Alî rétorqua : « Qu’est-ce qui t’a poussé à agir ainsi avant que tu ne parviennes auprès du Messager de Dieu (ﷺ), afin qu’il en dispose à sa guise ? » Puis il leur retira ces habits. Lorsqu’ils arrivèrent auprès du Messager de Dieu, ils se plaignirent de ‘Alî. Or, ils (2) avaient déjà conclu une paix avec le Messager de Dieu (ﷺ). En réalité, ‘Alî avait seulement été envoyé pour percevoir la jizya déjà fixée.
Je (le narrateur) dis : cette version est plus cohérente que celle rapportée par al-Bayhaqî, car ‘Alî les avait précédés afin d’accomplir le pèlerinage. Il conduisait des bêtes destinées au sacrifice et formula la même intention rituelle que le (3) Prophète (ﷺ), lequel lui ordonna de rester en état d’ihrâm. Dans une autre tradition rapportée par al-Barâ’ ibn ‘Âzib, celui-ci mentionne qu’‘Alî aurait dit : « J’ai mené les bêtes et effectué le qirân. » L’idée est la suivante : ce fut parce qu’‘Alî interdit à ses hommes l’usage des chameaux destinés à l’aumône légale (zakât) et reprit les habits que son adjoint leur avait distribués que les murmures se propagèrent dans l’armée. Or, ‘Alî était excusable de ses actes, mais cela devint le sujet de bien des propos parmi les pèlerins. C’est pourquoi, – et Dieu sait mieux – lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) revint de son pèlerinage, qu’il eut achevé ses rites et reprit la route vers Médine, il passa par Ghadîr Khumm (4). Là, il prononça devant la foule un discours innocentant ‘Alî, élevant son rang et rappelant sa valeur, afin de dissiper ce que beaucoup de gens avaient pu concevoir en leur for intérieur. Nous détaillerons ce point dans son contexte, si Dieu le veut.
Al-Bukhârî (5) rapporte : « Qutayba nous a raconté que ‘Abd al-Wâhid, d’après ‘Umâra ibn Shubrumah, lui a dit : ‘Abd al-Rahmân ibn Abî Nu‘m m’a rapporté avoir entendu Abû Sa‘îd al-Khudrî dire : “‘Alî ibn Abî Tâlib avait envoyé depuis le Yémen au Prophète (ﷺ) un morceau d’or dans une peau tannée qui n’avait pas encore été débarrassé de sa terre. Le Prophète le répartit entre quatre (6) hommes : ‘Uyayna ibn Badr, al-Aqr‘a ibn Hâbis, Zayd al-Khayl et un quatrième, soit ‘Alqama ibn ‘Ulâtha, soit ‘Âmir ibn al-Tufayl. Un homme parmi leurs compagnons s’écria : ‘Nous étions pourtant plus en droit qu’eux de recevoir une part !’ Lorsque le Prophète (ﷺ) l’apprit, il dit : ‘Ne me feriez-vous pas confiance, alors que je suis le dépositaire de Celui qui est dans le ciel, et que la Révélation céleste me parvient matin et soir ?’” »
Abû Sa‘îd poursuivit : « Un homme se leva alors, les yeux enfoncés, les pommettes proéminentes, le front saillant, la barbe épaisse, la tête rasée et l’izar retroussé. Il lança : “Ô Messager de Dieu, crains Dieu !” Le Prophète (ﷺ) répondit : “Malheur à toi, ne suis-je pas celui qui craint Dieu plus que quiconque ?” L’homme tourna ensuite les talons. Khâlid ibn al-Walîd dit : “Ô Messager de Dieu, ne devrais-je pas lui trancher la tête ?” Le Prophète (ﷺ) répliqua : “Non, il se peut qu’il accomplisse la prière.” Khâlid reprit : “Mais combien de fidèles prient tout en prononçant des paroles qui ne correspondent pas à ce qu’ils ont dans le cœur !” Le Prophète (ﷺ) répondit : “Je n’ai pas été chargé de fouiller le for intérieur des gens ni de leur ouvrir le ventre.” »
Puis, après avoir regardé cet homme s’éloigner, le Prophète (ﷺ) dit : « De la descendance de cet individu surgiront des gens qui réciteront le Livre de Dieu alors qu’il sera encore frais dans leurs bouches, mais il ne dépassera pas leur gorge. Ils sortiront de la religion aussi prestement que la flèche traverse la cible. » Je crois qu’il ajouta : « Par Dieu, si je les atteins, je les anéantirai comme fut anéantie la tribu de Thamûd. »