Un homme avait contracté une dette qui avait consumé ses biens. Il sollicita alors le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) afin qu’il intercède auprès de ses créanciers, et celui-ci le fit. Mais ces derniers ne lui accordèrent aucun allègement. En effet, si quelqu’un avait pu obtenir une exonération par l’intermédiaire de quelqu’un, c’est bien Muʿâdh qui l’aurait reçue grâce à l’intercession du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). Alors le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) convoqua Muʿâdh, et il ne quitta pas sa présence avant d’avoir vendu tous ses biens et de les avoir répartis entre ses créanciers.
Muʿâdh se retrouva sans aucun bien. Lorsque le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) entreprit le pèlerinage, il envoya Muʿâdh au Yémen [pour le remettre sur pied]. On raconte que Muʿâdh fut le premier à faire du commerce avec cet argent. Plus tard, il se rendit auprès d’Abû Bakr Aṣ-Ṣiddîq, en provenance du Yémen, après la mort du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). ʿUmar vint alors le trouver et lui dit : « Ne veux-tu pas m’obéir et remettre cet argent à Abû Bakr ? S’il te le rend, accepte-le. » Muʿâdh répondit : « Pourquoi le lui donnerais-je, alors que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) m’a justement envoyé pour me secourir ? »
Devant son refus, ʿUmar s’en alla voir Abû Bakr et lui dit : « Envoie chercher cet homme, prends-lui son argent et laisse-le partir. » Abû Bakr répliqua : « Je ne le ferai pas, car le Messager de Dieu ne l’a délégué qu’afin de le soutenir ; je ne prendrai rien de cet argent. » Le lendemain, Muʿâdh vint trouver ʿUmar et lui dit : « Je crois bien que je vais faire ce que tu m’as conseillé : hier soir, je me suis vu en rêve traîné vers le Feu, tandis que tu me retenais par la ceinture. » Il partit aussitôt chez Abû Bakr avec tout ce qu’il possédait, jusqu’à son propre fouet, et il jura ne rien avoir dissimulé. Abû Bakr (que Dieu l’agrée) lui dit alors : « Tout cela t’appartient ; je n’en prendrai rien. »
Ibn Thawr l’a également rapporté d’après Maʿmar, d’après Az-Zuhrî, d’après ʿAbd Ar-Raḥmân ibn [ʿAbd Allâh ibn] Kaʿb ibn Mâlik… Il relate la même histoire, tout en précisant que l’année de la conquête de La Mecque, le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) désigna Muʿâdh comme émir d’une partie du Yémen, où il demeura jusqu’au décès du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue). Puis il revint à l’époque de la succession (califat) d’Abû Bakr et partit ensuite en Syrie.
Al-Bayhaqî (qu’Allah lui fasse miséricorde) a déclaré qu’il avait déjà expliqué que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) avait nommé Muʿâdh pour gouverner La Mecque aux côtés de ʿAttâb ibn Usayd afin d’enseigner ses habitants, et qu’il avait pris part à l’expédition de Tabûk. Il ajouta qu’il est donc plus probable que l’envoi de Muʿâdh au Yémen se soit produit après ces événements, et Dieu sait mieux.
Al-Bayhaqî rapporte ensuite (à partir d’une autre chaîne de transmission remontant à Al-Aʿmash, Abû Wâʾil et ʿAbd Allâh) un récit appuyant l’histoire du songe de Muʿâdh. On y apprend que parmi les biens qu’il avait rapportés se trouvaient des esclaves ; il les amena devant Abû Bakr. Lorsque celui-ci rendit tout à Muʿâdh, ce dernier repartit avec eux, puis se mit en prière, et tous prièrent avec lui. Lorsqu’il se retourna, il leur demanda : « Pour qui avez-vous prié ? » Ils répondirent : « Pour Dieu. » Il leur dit alors : « Vous êtes donc libres pour Lui », et il les affranchit de suite.