L’arrivée de Târiq ibn ‘Abd Allah (1) et de ses compagnons
Le hâfiẓ al-Bayhaqî (2) a rapporté, par la chaîne de transmission passant par Abû Janâb (3) al-Kalbî, d’après Jâmi‘ ibn Shaddâd al-Muhâribî, lequel a déclaré : « Un homme de ma tribu, appelé Târiq ibn ‘Abd Allah, m’a raconté : “Alors que j’étais debout au marché de Dhû al-Majâz, voici qu’un homme s’avança, vêtu d’une djouba, en disant : ‘Ô gens, dites : La illâha illâ Allâh (Il n’est de dieu que Dieu) et vous réussirez.’ Un autre individu le suivait, lui jetant des pierres et proclamant : ‘Ô gens, c’est un menteur !’ Je demandai alors : ‘Qui est-ce ?’ On me répondit : ‘C’est un jeune homme des Banû Hâshim qui prétend être le Messager de Dieu.’ Je dis : ‘Et qui est celui qui agit ainsi contre lui ?’ Ils dirent : ‘C’est son oncle, ‘Abd al-‘Uzzâ (5).’” »
Târiq poursuit : « Lorsque les gens embrassèrent l’islam et émigrèrent, nous quittâmes ar-Rabdha (6) pour aller à Médine afin d’y acheter des dattes. En nous approchant de ses vergers et de ses palmiers, je dis : ‘Faisons halte et mettons d’autres vêtements.’ Sur ces entrefaites, un homme vêtu de deux hardes vint à nous, nous salua et demanda : “D’où venez-vous ?” Nous répondîmes : “De ar-Rabdha.” Il poursuivit : “Où allez-vous ?” Nous dîmes : “Nous allons dans cette cité.” Il demanda : “Qu’y cherchez-vous ?” Nous dîmes : “Nous souhaitons acheter ses dattes.” Nous avions avec nous une femme et un chameau roux muni d’une longe (7). Il nous dit : “Me vendrez-vous votre chameau ?” Nous répondîmes : “Oui, pour tant et tant de sâ‘ de dattes.” Cet homme ne discuta pas le prix ; il prit le chameau par sa longe et partit. »
« Lorsqu’il disparut parmi les vergers et les palmiers de Médine, nous nous alarmâmes, disant : ‘Qu’avons-nous fait ? Par Dieu, nous avons vendu notre chameau à un inconnu sans même avoir reçu son paiement !’ La femme qui nous accompagnait déclara : ‘Par Dieu, j’ai vu un individu dont le visage ressemblait à un morceau de lune par une nuit de pleine lune. Je me porte garante du prix de votre chameau.’ C’est alors que l’homme revint en disant : ‘Je suis l’émissaire du Messager de Dieu auprès de vous. Voici vos dattes : mangez, rassasiez-vous, mesurez et prenez-en l’intégralité qui vous est due.’ Nous en mangeâmes jusqu’à satiété, nous mesurâmes et nous reçûmes ce qui nous revenait. Ensuite, nous entrâmes dans la ville et gagnâmes la mosquée. Là, nous vîmes qu’il (le Prophète) se tenait sur le minbar, en train de prêcher les gens. Nous surprîmes un extrait de son sermon où il disait : “Faites l’aumône, car l’aumône est un bien pour vous. La main qui donne est meilleure que la main qui reçoit : [soyez bons envers] ta mère et ton père, ta sœur et ton frère, puis ceux qui te sont les plus proches, puis ceux qui te sont les plus proches.” Au même moment, un homme des Banû Yarbu‘, ou bien, dit-on, un homme des Anṣâr, s’avança et dit : ‘Ô Messager de Dieu, nous avons du sang à réclamer à ceux-là depuis l’époque antéislamique.’ Le Prophète répondit : “Un père ne doit pas être tenu responsable pour ce qu’a fait son enfant” (8), et il le répéta trois fois. »
An-Nasâ’î (9) a également rapporté, de ce qui concerne le mérite de l’aumône, selon Yûsuf ibn ‘Îsâ, d’après al-Faḍl ibn Mûsâ, d’après Yazîd ibn