J’ai croisé le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui). Je passai par ar-Rabadhah (1) et j’y trouvai une vieille femme de la tribu de Banî Tamîm, esseulée en ce lieu. Elle me dit : « Ô serviteur d’Allah, j’ai une requête à formuler auprès du Messager d’Allah. Peux-tu m’y conduire ? » Je la pris donc avec moi et me rendis à Médine. J’y trouvai la mosquée bondée de fidèles, un étendard noir y flottait, et Bilâl portait une épée en bandoulière, se tenant devant le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui).
Je demandai : « Que se passe-t-il ? » On me répondit : « Il s’apprête à envoyer ‘Amr ibn al-‘Âs en expédition. » Je m’assis alors. Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) se rendit ensuite dans sa demeure (ou sa tente), et je sollicitai l’autorisation d’y entrer. Il me l’accorda ; j’entrai et le saluai. Il me dit : « Y a-t-il eu quelque différend entre vous et (la tribu de) Tamîm ? » Je répondis : « Oui, et la victoire nous est revenue. J’ai trouvé sur mon chemin une vieille femme de Banî Tamîm, abandonnée là-bas, qui m’a demandé de la conduire jusqu’à toi. Elle attend à la porte. » Il lui permit alors d’entrer, et elle entra.
Je dis : « Ô Messager de Dieu, si tu juges opportun d’ériger une frontière entre nous et Tamîm, fais-en ad-Dahna (2). » À ces mots, la vieille femme se mit en colère, et s’écria : « Ô Messager de Dieu, où donc ira Mudar ? » Je repris : « Vraiment (3), je ressemble à ce qu’a dit l’ancien proverbe : “Une chevrette (4) qui a porté sa propre perte.” Je l’ai transportée sans me douter qu’elle deviendrait mon adversaire. Je cherche refuge auprès d’Allah et auprès de Son Messager de crainte d’être comme l’émissaire de ‘Âd. »
Le Prophète demanda : « Hein ? Qui est l’émissaire de ‘Âd ? » Il connaissait cependant mieux que quiconque cette histoire, mais il souhaitait que je la raconte (5). Je dis : « La tribu de ‘Âd fut frappée de sécheresse et envoya un messager appelé Qayl. Celui-ci passa chez Mu‘âwiyah ibn Bakar et y resta un mois à boire du vin, tandis que deux chanteuses, surnommées al-Jaradatân (6), lui faisaient entendre leurs chants. Quand ce mois fut écoulé, il se rendit aux montagnes de Mahrah (7) et s’écria : “Ô Allah, Tu sais (8) que je ne suis pas venu pour soigner un malade ni pour libérer un captif. Ô Allah, accorde à ‘Âd la pluie dont Tu les gratifiais.” Il passa alors devant des nuées noires, et une voix s’éleva parmi elles : ‘Choisis.’ Il désigna l’une de ces nuées sombres, et on lui dit : ‘Prends-la, c’est un vent cendreux (9) qui n’épargnera personne parmi la tribu de ‘Âd.’ On raconte qu’il ne leur fut envoyé qu’une bourrasque équivalant à ce qui pourrait entrer dans la bague que je porte, et cela les anéantit.”
Abû Wâ’il ajouta : « Il disait vrai. Quand une femme ou un homme envoyait un messager, on disait : “Ne sois pas comme l’émissaire de ‘Âd” (10). »