Nous avons obtenu la chaîne de transmission de ce qu’Ibn Hishâm — qu’Allah lui fasse miséricorde — a rapporté. Nous l’avons transmise par la voie de l’hâfiẓ Abû al-Qâsim Sulaymân ibn Aḥmad aṭ-Ṭabarânî dans son «Muʿjam al-Kabîr» (1), où il a déclaré : «Nous a rapporté Masʿadah ibn Saʿd (2) al-ʿAṭṭâr, qui dit : Ibrahim ibn al-Mundhir al-Ḥizâmî (3) nous a rapporté, [en ces termes] : ‘Abd al-ʿAzîz ibn ʿImrân m’a relaté, d’après ʿAbd ar-Raḥmân et ʿAbd Allâh, fils de Zayd ibn Aslam, d’après leur père, d’après ʿAṭâ’ ibn Yasâr, d’après Ibn ʿAbbâs :
Arbad ibn Qays ibn Jaz’ ibn Khâlid ibn Jaʿfar ibn Kilâb (4) et ʿÂmir ibn aṭ-Ṭufayl ibn Mâlik se rendirent à Médine auprès du Messager d’Allah — que la prière et le salut d’Allah soient sur lui. Ils le trouvèrent assis et prirent place devant lui. Alors ʿÂmir ibn aṭ-Ṭufayl lui dit : «Ô Muḥammad, que me donneras-tu si je deviens musulman ?» Le Messager d’Allah — que la prière et le salut d’Allah soient sur lui — répondit : «Tu auras ce que possèdent les musulmans et tu assumeras ce qu’ils assument.» ʿÂmir déclara : «M’accorderas-tu le pouvoir après toi si je me convertis ?» Le Messager d’Allah — que la prière et le salut d’Allah soient sur lui — répliqua : «Cela n’est ni pour toi ni pour les tiens. Mais à toi [reviennent] les rênes des chevaux.» ʿÂmir insista : «Me voilà déjà à la tête des chevaux de Najd, accorde-moi le “wabar” et garde pour toi le “madr”.» Le Messager d’Allah — que la prière et le salut d’Allah soient sur lui — répondit : «Non.» Lorsqu’il s’en retourna, ʿÂmir déclara : «Par Allah, je remplirai [cette ville] contre toi de cavaliers et d’hommes.» Le Messager d’Allah — que la prière et le salut d’Allah soient sur lui — lui dit : «C’est Allah qui te repoussera.»
Quand Arbad et ʿÂmir sortirent, ʿÂmir dit à Arbad : «Je vais l’occuper par la conversation, et toi, frappe-le de ton épée. Car si tu tues Muḥammad, les gens ne feront rien de plus que d’accepter la diya (le prix du sang), et ils répugneront à faire la guerre. Nous leur verserons la diya.» Arbad répondit : «C’est ce que je ferai.» Ils revinrent donc [vers le Prophète]. ʿÂmir s’adressa à lui : «Ô Muḥammad, lève-toi et viens me parler (5).» Le Messager d’Allah — que la prière et le salut d’Allah soient sur lui — se leva et s’écarta avec lui près d’un mur, afin de lui parler. Arbad saisit alors son sabre, mais au moment où il posa sa main dessus, celle-ci se figea sur la garde et il ne put dégainer. Le coup d’Arbad se faisant attendre, le Messager d’Allah — que la prière et le salut d’Allah soient sur lui — se retourna et le vit en train de manigancer, puis il s’éloigna d’eux.
Arbad et ʿÂmir partirent donc de chez le Messager d’Allah — que la prière et le salut d’Allah soient sur lui. Lorsqu’ils arrivèrent dans la région rocheuse (Ḥarra) de Wâqim (6), ils y firent halte. Saʿd ibn Muʿâdh et Usayd ibn al-Ḥuḍayr vinrent vers eux et leur dirent : «Allez-vous-en, ô ennemis d’Allah ; qu’Allah vous maudisse !» ʿÂmir demanda : «Qui est-ce, ô Saʿd ?» Celui-ci répondit : «C’est Usayd ibn al-Ḥuḍayr al-Katâ’ib.» Ils s’en allèrent donc jusqu’à ar-Raqam (7). Là, Allah envoya une foudre sur Arbad qui le foudroya. ʿÂmir poursuivit sa route jusqu’à atteindre la Ḥarra (8), où Allah fit apparaître un abcès qui l’atteignit. La nuit le surprit dans la demeure d’une femme de Banû Salûl. Il se mit à toucher cette tumeur à la gorge en s’écriant : «Un gonflement semblable à celui d’un chameau, dans la maison d’une Sulûlite !» Il était réticent à l’idée de mourir chez elle. Ensuite, il enfourcha sa monture…»