«Quant à leur prêtrise, elle ne subira aucun changement, pas plus que leurs droits, leur autorité ni rien de ce qu’ils possédaient auparavant. Ils jouiront à jamais de la protection de Dieu et de Son Messager, tant qu’ils demeureront corrects et fidèles, sans être accablés par l’injustice ni devenir eux-mêmes injustes.» C’est ce qu’écrivit al-Mughîra ibn Shuʿba.
Muhammad ibn Isḥâq rapporta que la délégation des chrétiens de Najrân comptait soixante cavaliers, et que leurs affaires relevaient de quatorze d’entre eux : al-ʿÂqib — dont le nom était ʿAbd al-Masîḥ —, as-Sayyid, appelé al-Ayham, Abû Ḥâritha ibn ʿAlqama, Aws, al-Ḥârith, Zayd, Qays, Yazîd, Nubayh, Khuwaylid, ʿAmr, Khâlid, ʿAbd Allâh et Yûḥannas. L’autorité de ces quatorze revenait à trois d’entre eux : al-ʿÂqib, qui était le chef du groupe, celui dont l’avis prévalait et que personne ne contestait ; as-Sayyid, qui était leur refuge et l’intendant de leurs besoins ; et Abû Ḥâritha ibn ʿAlqama, qui était leur évêque et leur grand lettré. Il s’agissait d’un Arabe de la tribu de Bakr ibn Wâʾil, converti au christianisme ; les Byzantins l’avaient alors honoré et élevé en dignité, lui édifiant des églises, le finançant et lui assignant des serviteurs, en reconnaissance de sa fermeté dans leur religion. Pourtant, il connaissait la vérité au sujet du Messager de Dieu — que la prière et la paix soient sur lui —, mais la dignité et le statut dont il jouissait l’empêchaient de suivre la voie juste.
Yûnus ibn Bukayr, citant Ibn Isḥâq, dit : «Il me raconta, d’après Burayda ibn Sufyân, d’après Ibn al-Baylamânî, d’après Kurz ibn ʿAlqama : “La délégation des chrétiens de Najrân arriva composée de soixante cavaliers, au nombre desquels se trouvaient vingt-quatre notables. Or, parmi ces vingt-quatre, trois hommes avaient la haute main sur leurs affaires : al-ʿÂqib, as-Sayyid et Abû Ḥâritha, qui appartenait aux Banû Bakr ibn Wâʾil et était leur évêque ainsi que leur maître en matière d’étude. Ils l’avaient comblé d’honneur, de richesses et de faveurs, et lui avaient construit des églises, au vu de sa science et de son zèle dans leur religion.
Lorsque ce groupe partit de Najrân, Abû Ḥâritha s’installa sur sa mule, escorté de son frère appelé Kurz ibn ʿAlqama qui cheminait à ses côtés. Soudain, la mule d’Abû Ḥâritha trébucha. Kurz s’exclama : ‘Périsse l’exclu !’, faisant ainsi allusion au Messager de Dieu — que la prière et la paix soient sur lui. Abû Ḥâritha lui répondit : ‘Non, c’est plutôt toi qui périras !’ Kurz lui demanda : ‘Pourquoi cela, mon frère ?’ Il répondit : ‘Par Dieu, il est bel et bien le Prophète que nous attendions.’ Kurz s’enquit alors : ‘Qu’est-ce qui t’empêche donc de le suivre, alors que tu en es conscient ?’ Il dit …”»