Par Dieu, tu as bel et bien maudit un Prophète envoyé. Alors Bishr lui dit : « Eh bien non ! Par Dieu, je ne détacherai pas un seul nœud [du harnais de ma chamelle] avant d’aller trouver le Messager de Dieu (ﷺ). » Puis il tourna la tête de sa monture vers Médine, et l’évêque ramena lui aussi la sienne dans sa direction.
L’évêque lui dit : « Écoute-moi : je n’ai tenu de tels propos que pour que les Arabes rapportent cela de moi, de peur qu’ils ne pensent que nous avons reconnu son droit ou accepté son secours, ou que nous nous soyons soumis à cet homme plus que ne l’ont fait les Arabes, alors que nous sommes les plus puissants d’entre eux et que nous vivons dans le territoire le plus uni. »
Bishr répliqua : « Non, par Dieu, jamais je n’accepterai un mot qui soit sorti de ta bouche. » Il frappa alors sa chamelle et tourna le dos à l’évêque, tout en psalmodiant : « Vers toi elle court, le bât qui la charge la rend nerveuse… Elle porte, dans son ventre, un fœtus, dont la religion diffère de celle des chrétiens. »
Il arriva ainsi auprès du Messager de Dieu (ﷺ), embrassa l’islam, et ne cessa de demeurer à ses côtés jusqu’à ce qu’il fût tué par la suite.
On rapporte également que la délégation gagna Najrân, et se rendit auprès du moine Layth ibn Abî Shamr az-Zubaydî, qui se trouvait au sommet de sa cellule monastique. Ils lui annoncèrent qu’un Prophète avait été envoyé dans la région de Tihâma et lui racontèrent ce qui s’était passé avec la délégation de Najrân auprès du Messager de Dieu (ﷺ), comment il leur avait proposé l’épreuve de la malédiction réciproque (mubâhala) et comment ils l’avaient refusée, et aussi que Bishr ibn Muʿâwiya lui avait été confié et qu’il s’était converti à l’islam.
Le moine s’exclama : « Faites-moi descendre, ou je me jette de cette cellule ! » Ainsi le firent-ils descendre. Il prit une offrande et se rendit auprès du Messager de Dieu (ﷺ) : parmi ses présents se trouvaient ce manteau (al-burd) que porteront plus tard les califes, ainsi qu’une écuelle et un bâton. Il demeura un temps auprès du Messager de Dieu (ﷺ), écoutant la Révélation. Puis il repartit vers les siens sans qu’il ne lui fût finalement accordé d’embrasser l’islam. Il promit de revenir, mais cela ne se réalisa pas avant le décès du Messager de Dieu (ﷺ).
On rapporte aussi que l’évêque Abû al-Hârith vint trouver le Messager de Dieu (ﷺ), accompagné d’al-Sayyid, d’al-ʿÂqib et des notables de son peuple. Ils demeurèrent auprès de lui, écoutant ce que Dieu lui révélait. Le Prophète (ﷺ) écrivit alors une lettre à l’évêque et aux évêques de Najrân, commençant ainsi : « Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De Muhammad, le Prophète, à l’évêque Abû al-Hârith et à [tous] les évêques de Najrân, leurs prêtres et leurs moines, et tout ce qui relève de leur autorité, qu’il soit grand ou petit, [bénéficiez] de la protection de Dieu et de Son Messager. Aucun évêque ne sera démis de son évêché, aucun moine de sa vie monastique, aucun prêtre de… »