Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

‘Uthmân ibn ‘Affân et ‘Abd al-Raḥmân ibn ‘Awf, qu’ils connaissaient(1), se trouvèrent parmi des émigrés (muhâjirûn) et des auxiliaires (anṣâr) réunis. Ils leur dirent : « Ô ‘Uthmân, ô ‘Abd al-Raḥmân, votre Prophète nous a écrit une lettre, et nous sommes venus pour lui répondre. Nous l’avons donc rejoint et nous l’avons salué, mais il n’a pas répondu à notre salutation. Nous avons tenté de lui adresser la parole durant toute la journée, sans parvenir à le faire parler. Quel est donc votre avis ? Pensez-vous que nous devrions repartir ? »

Ils s’adressèrent alors à ‘Alî ibn Abî Ṭâlib, qui se trouvait parmi eux : « Ô Abû al-Ḥasan, que penses-tu de ces gens ? » ‘Alî répondit à ‘Uthmân et à ‘Abd al-Raḥmân : « À mon sens, qu’ils ôtent ces parures et ces anneaux, qu’ils revêtent leurs habits de voyage, puis qu’ils retournent le voir. » Ils s’exécutèrent, vinrent le saluer à nouveau, et cette fois, il leur rendit la salutation, puis dit : « Par Celui qui m’a envoyé en toute vérité, ils sont venus me voir la première fois avec le Diable à leurs côtés. »

Ils échangèrent ensuite questions et réponses, jusqu’à ce qu’ils disent : « Que dis-tu de ‘Īsâ (Jésus) ? En effet, nous allons regagner notre peuple et nous sommes chrétiens. Il nous serait agréable, si tu es vraiment un Prophète, d’entendre ton avis à son sujet. » Le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) déclara : « Je n’ai rien à vous dire à ce sujet aujourd’hui. Restez donc ici jusqu’à ce que je vous informe de ce que Dieu dit concernant ‘Īsâ. » Au matin suivant, Dieu fit descendre ce verset : « En vérité, l’exemple de ‘Īsâ auprès de Dieu est comme celui d’Adam : Il l’a créé de poussière, puis Il lui a dit “Sois” et il fut. La vérité vient de ton Seigneur, ne sois donc pas du nombre des sceptiques. Si quelqu’un te conteste à ce sujet, après ce qui t’est parvenu comme savoir, dis : “Venez, appelons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nous-mêmes et vous-mêmes ; puis faisons appel à Dieu pour qu’Il maudisse les menteurs.” » (Coran 3 : 59-61).

Ils refusèrent toutefois de l’admettre. Le lendemain, après que le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) leur eut fait part de la révélation, il s’approcha, tenant al-Ḥasan et al-Ḥusayn enveloppés dans une étoffe (khamîl), tandis que Fâtima marchait derrière lui pour la mubâhala (l’invocation mutuelle de la malédiction). Ce jour-là, il avait plusieurs épouses. Alors Shuraḥbîl dit à ses deux compagnons : « Vous savez bien, tous les deux, que lorsque le haut et le bas de la vallée se réunissent, on ne décide de rien sans mon accord. Par Dieu, je vois là une affaire grave. Si cet homme n’est qu’un roi puissant, et que nous soyons les premiers Arabes à le défier, il ne cessera jamais de nourrir à notre égard une rancune tenace, lui et ses compagnons, jusqu’à nous anéantir, d’autant que nous vivons tout près de lui. Et si cet homme est un Prophète envoyé, et que nous l’affrontions par malédiction, il ne subsistera sur la face de la terre ni cheveu ni ongle de chez nous qui ne périsse. »

Ses deux compagnons lui dirent : « Quel est donc ton avis, ô Abû Maryam ? » Il répondit : « Je pense qu’il nous faut nous en remettre à son arbitrage, car je vois un homme qui n’est jamais injuste dans ses jugements. » Ils lui dirent : « À toi de faire comme bon te semble. » Shuraḥbîl se rendit donc auprès du Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) et lui déclara : « Ô Messager de Dieu, j’ai jugé préférable de ne pas recourir à cette malédiction réciproque. »

Le Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) demanda : « Qu’entends-tu par là ? » Shuraḥbîl répondit : « Nous te laissons libre de nous juger du jour jusqu’à la nuit, et de la nuit jusqu’au matin. Quel que soit ton verdict à notre égard, il sera validé. » Le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) dit alors

(1) Dans al-Dalāʾil al-Nubuwwa : « Ils leur étaient connus, ils devaient porter les tissus précieux jusqu’à Najrān à l’époque préislamique, où ils achetaient pour eux leurs peaux, leurs fruits et leur maïs, les trouvant ainsi chez les gens... ». (2) Dans al-Dalāʾil al-Nubuwwa : « que nous sachions ». (3) Al-Khamīl : désigne le velours (Dictionnaire : khamala). (4) Dans al-Bayhaqī : « envoyé ». (5) Dans l’édition imprimée : (ʿaybatuhu) ; dans une autre (ʿaybuhu) ; ce terme est tiré d’al-Bayhaqī. (6) Dans al-Dalāʾil : (qawmuhu) « son peuple ». (7) Dans une édition : « fa-mā ḥakamuka » ; dans une autre : « fa-mā ḥakamuka » ; nous avons conservé la lecture d’al-Dalāʾil al-Nubuwwa.
عثمانَ بن عفانَ وعبدَ الرحمن بن عوف، وكانوا يعرفونهما (١) ، فوجدوهما في ناسٍ من المهاجرين والأنصار في مجلس، فقالوا: يا عثمان ويا عبد الرحمن، إنّ نبيَّكم كتبَ إلينا بكتابٍ، فأقبلنا مُجيبين له، فأتَيْناه فسلَّمنا عليه، فلم يَرُدّ سلامَنا، وتَصَدَّينا لكلامه نهارًا طويلًا، فأعيانا أن يكلمنا، فما الرأي منكما، أتَرَوْنَ أن نَرْجعَ؟ فقالا لعلي بن أبي طالب وهو في القوم: ما ترى يا أبا الحسن في هؤلاء القوم؟ فقال عليٌّ لعثمان ولعبد الرحمن (رضي الله عنها) : أرى أن يضعوا حُلَلَهم هذه، وخواتيمَهم، ويلبسوا ثيابَ سَفَرِهم، ثم يعودوا إليه، ففعلوا، فسلَّموا، فرد سلامهم، ثم قال: "والذي بعثني بالحق، لقد أتوني المرة الأولى وإنّ إبليسَ لمعهم" . ثم ساءلهم وساءلوه، فلم تزل به وبهم المسألة حتى قالوا: ما تقول في عيسى، فإنّا نرجع إلى قومنا، ونحن نصارى، ليسرنا إن كنت نبيًا أن نسمع (٢) ما تقول فيه. فقال رسول الله ﷺ : "ما عندي فيه شيءٌ يَوْمي هذا، فأقيموا حتى أخبركم بما يقول الله في عيسى" فأصبح الغد وقد أنزل الله – Exalté soit-Il – هذه الآية: ﴿إِنَّ مَثَلَ عِيسَى عِنْدَ اللَّهِ كَمَثَلِ آدَمَ خَلَقَهُ مِنْ تُرَابٍ ثُمَّ قَالَ لَهُ كُنْ فَيَكُونُ (٥٩) الْحَقُّ مِنْ رَبِّكَ فَلَا تَكُنْ مِنَ الْمُمْتَرِينَ (٦٠) فَمَنْ حَاجَّكَ فِيهِ مِنْ بَعْدِ مَا جَاءَكَ مِنَ الْعِلْمِ فَقُلْ تَعَالَوْا نَدْعُ أَبْنَاءَنَا وَأَبْنَاءَكُمْ وَنِسَاءَنَا وَنِسَاءَكُمْ وَأَنْفُسَنَا وَأَنْفُسَكُمْ ثُمَّ نَبْتَهِلْ فَنَجْعَلْ لَعْنَتَ اللَّهِ عَلَى الْكَاذِبِينَ﴾ [آل عمران: ٥٩ - ٦١] . فأبوا أن يُقِرُّوا بذلك، فلما أصبح رسول الله ﷺ الغد بعدما أخبرهم الخبر أقبل مشتملًا على الحسن والحسين في خَميل له (٣) ، وفاطمة تمشي عندَ ظهره للمُلاعَنَةِ، وله يومئذ عِدَّةُ نسوةٍ، فقال شُرحبيل لصاحِبَيْه: قد عَلِمْتُما أنّ الوادي إذا اجتمع أعلاه وأسفله لم يَرِدوا ولم يَصْدُروا إلا عن رأيي، وإني والله أرى أمرًا ثقيلًا، والله لئن كان هذا الرجل ملكًا متقويا (٤) فكنا أول العرب طعن في عينه (٥) ، وَرَدَّ عليه أمرَه لا يذهب لنا من صدره ولا من صدور أصحابه (٦) حتى يصيبونا بجائحة، وإنا أدنى العرب منهم جوارًا، ولئن كان هذا الرجل نبيًا مرسلًا فلاعنَّاه لا يبقى على وجه الأرض منا شَعر ولا ظُفر إلا هلكَ، فقال له صاحباه: فما الرأي يا أبا مريم؟ فقال: رأيي أن أحكّمه، فإني أرى رجلًا لا يَحْكُم شَططًا أبدًا. فقالا له: أنت وذاك. قال: فتلقى شُرحبيل رسول الله ﷺ فقال: إني قد رأيتُ خيرًا من ملاعنتك. فقال: "وما هو" ؟ فقال: حكمك اليوم إلى الليل، وليلتك إلى الصباح، فمهما حكمت (٧) فينا هو جائز، فقال رسول الله ﷺ :
(١) في دلائل النبوة: "وكانا معرفة لهم، كانا يجدعان العتائر إلى نجران في الجاهلية، فيشترون لهم من بزها وثمرها وذرتها، فوجدوهما في ناس .. ". (٢) في دلائل النبوة: "أن نعلم". (٣) الخميل: القطيفة (القاموس: خمل). (٤) في البيهقي: "مبعوثًا". (٥) في المطبوعة: (عيبته) وفي أ: (عيبه) وما هنا عن البيهقي. (٦) في الدلائل: (قومه). (٧) في أ "فمهما حكمك" وفي ط "فما حكمك" وأثبتنا ما في دلائل النبوة.

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