Najrân, avant qu’y parvienne «ṬS» Sulaymân(1). Au nom du Dieu d’Ibrâhîm, d’Isḥâq et de Ya‘qûb, de Muḥammad le Prophète, Messager de Dieu, à l’adresse de l’évêque de Najrân (et aux habitants de Najrân, si vous vous soumettez à l’islam)(2). Je loue auprès de vous le Dieu d’Ibrâhîm, d’Isḥâq et de Ya‘qûb. Ensuite, je vous appelle à adorer Dieu au lieu d’adorer des serviteurs, et je vous convie à la souveraineté de Dieu plutôt qu’à celle des humains. Si vous refusez, alors [vous devrez acquitter] la djizya. Si vous la refusez [encore], je vous déclare la guerre. Que la paix soit sur vous.
Lorsque l’évêque reçut la lettre et la lut, il en fut vivement troublé, saisi d’une grande frayeur. Il manda un homme du peuple de Najrân, appelé Sharḥabîl ibn Wadâ‘a — appartenant à la tribu de Hamdân — car personne n’était consulté pour une affaire épineuse avant lui, pas même al-Ayham, ni as-Sayyid, ni al-‘Âqib. L’évêque remit donc à Sharḥabîl la lettre du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) et celui-ci la lut. Alors l’évêque lui demanda : « Ô Abû Maryam, que penses-tu de tout cela ? » Sharḥabîl répondit : « Tu sais bien ce que Dieu a promis à Ibrâhîm au sujet de la descendance d’Ismâ‘îl quant à la prophétie. Il se peut que cet homme soit justement celui dont il est question. Je n’ai aucun avis à formuler sur la prophétie ; si c’était une affaire du monde [temporel], je te conseillerais et m’efforcerais de t’aider. » L’évêque lui dit : « Retire-toi et assieds-toi. » Sharḥabîl se retira donc et s’assit un peu à l’écart.
Ensuite, l’évêque fit appeler un autre homme de Najrân, nommé ‘Abd Allâh ibn Sharḥabîl, de la tribu Dhû Aṣbaḥ (issue de Ḥimyar), lui fit lire la lettre et le questionna à son tour. Il répondit la même chose que Sharḥabîl. Alors l’évêque lui dit : « Retire-toi et assieds-toi. » Il se retira et s’assit à part(3). Puis l’évêque convoqua un homme de Najrân, dénommé Jabbâr ibn Fayḍ, de la tribu Banû al-Ḥârith ibn Ka‘b (l’une des branches de Banû al-Ḥimâs). Il lui fit lire la lettre et l’interrogea sur son opinion à son sujet. Il répondit comme l’avaient fait Sharḥabîl et ‘Abd Allâh. L’évêque lui ordonna alors de se retirer et de s’asseoir(3).
Lorsque tous furent unanimes sur cette réponse, l’évêque fit sonner la cloche (naqûs), et l’on sortit les habits de bure dans les monastères(4). C’était leur coutume en cas d’effroi durant la journée. Et s’il leur arrivait d’être saisis la nuit, ils sonnaient les cloches et allumaient des feux dans les monastères. Aussitôt, les habitants de la vallée, du haut et du bas, accoururent—la vallée s’étendait sur la distance d’une journée de chevauchée rapide—et comptait soixante-treize villages, avec cent vingt mille combattants. L’évêque leur lut la lettre du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) et leur demanda leur avis. Les notables décidèrent alors d’envoyer Sharḥabîl ibn Wadâ‘a al-Hamdânî, ‘Abd Allâh ibn Sharḥabîl al-Aṣbaḥî et Jabbâr ibn Fayḍ al-Ḥârithî, afin qu’ils reviennent avec des informations sur le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue).
Le récit se poursuit : la délégation se mit en route et, une fois arrivée à Médine, ses membres ôtèrent leurs habits de voyage et revêtirent des tuniques d’étoffe fine (ḥibara), traînant à terre, et portèrent des bagues en or. Ils se rendirent alors auprès du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), le saluèrent, mais il ne leur répondit pas(– paix sur eux –). Ils tentèrent de lui adresser la parole durant toute la journée, sans qu’il ne leur réponde, car ils portaient ces tuniques et des bagues en or. Ils s’en allèrent donc, le suivant