Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

À ce propos, il rapporta : « Démolissez-la. » Ils répondirent : « Impossible ! Si la Déesse (ar-rabba) apprend que tu veux la détruire, elle fera périr les siens. » Alors ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb déclara : « Malheur à toi, fils de ʿAbd Yālīl ! Comme tu es ignorant ! Cette “Déesse” n’est qu’une pierre. » Mais ils lui répliquèrent : « Nous ne sommes pas venus à toi, ibn al-Khaṭṭāb. » Puis ils dirent : « Ô Messager de Dieu, occupe-toi toi-même de son démantèlement. Quant à nous, jamais nous ne la démolirons. »

Le Prophète ﷺ dit alors : « Je vais vous envoyer quelqu’un qui se chargera de la détruire à votre place. » Ils mirent cela par écrit et lui demandèrent la permission de devancer ses envoyés. Une fois rentrés auprès de leurs gens, ceux-ci leur demandèrent : « Qu’y a-t-il ? » Ils affichèrent un air affligé et racontèrent qu’ils venaient d’un homme rude et sévère, sorti victorieux par l’épée et qui imposait sa volonté : il avait déjà soumis les Arabes, interdit l’usure, la fornication et le vin, et décrété la démolition de la Déesse. Alors la tribu de Thaqīf en fut épouvantée et déclara : « Jamais nous n’obéirons à un tel ordre. » Ils invitèrent leurs gens à se préparer au combat et à rassembler les armes. Ils persistèrent ainsi deux ou trois jours, jusqu’à ce que Dieu fit naître en eux la peur ; ils se rétractèrent et firent repentance, puis convinrent : « Retournez auprès de lui ; passez avec lui un accord et faites la paix sur cette base. »

Ils ajoutèrent : « Nous avons fait ce pacte et l’avons trouvé le plus pieux des hommes, le plus loyal, le plus miséricordieux et le plus véridique. Notre venue jusqu’à lui et l’accord que nous avons conclu ont été une bénédiction pour nous et pour vous. Comprenez bien la situation et acceptez la grâce de Dieu. » Ils leur dirent alors : « Pourquoi ne nous avez-vous pas dévoilé cela dès le début ? » Ils répondirent : « Nous voulions que Dieu arrachât de vos cœurs l’orgueil inspiré par Satan. » Ainsi, ils embrassèrent l’islam immédiatement. Ils restèrent là quelques jours, puis les envoyés du Messager de Dieu ﷺ arrivèrent, sous la direction de Khālid ibn al-Walīd, avec parmi eux al-Mughīra ibn Shuʿba. Ils se dirigèrent vers la statue d’al-Lāt, tandis que Thaqīf, hommes, femmes et enfants, s’étaient tous massés ; même les jeunes filles étaient sorties de leurs tentures. La plupart pensaient que la statue ne pouvait être démolie, la croyant invincible.

Alors al-Mughīra ibn Shuʿba s’avança, prit une grande pioche (kerzīn) et déclara à ses compagnons : « Par Dieu, je vous ferai bien rire aux dépens de Thaqīf. » Il frappa de la pioche et tomba aussitôt en s’agitant des jambes. Les habitants de Tāʾif poussèrent alors un grand cri de joie : « Que Dieu éloigne al-Mughīra ! La Déesse l’a tué ! » Ils dirent aussi aux autres : « Que celui qui veut s’approcher le fasse. » Al-Mughīra se releva et lança : « Ô gens de Thaqīf ! Ce n’est qu’un amas de pierre et de terre. Acceptez la grâce de Dieu et adorez-Le. » Il frappa alors la porte, la brisa, puis escalada l’enceinte, suivi par les autres hommes ; ils continuèrent de la démanteler pierre après pierre jusqu’à la raser entièrement.

Le gardien de la statue répétait : « Le fondement va s’irriter et les engloutir ! » Quand al-Mughīra l’entendit, il dit à Khālid : « Laisse-moi creuser les fondations. » Ils creusèrent et en retirèrent la terre, l’eau et les matériaux. Les gens de Thaqīf en furent stupéfaits. Puis l’expédition retourna auprès du Messager de Dieu ﷺ, qui partagea aussitôt les biens de la statue. Ils louèrent Dieu pour avoir élevé Sa religion et accordé la victoire à Son Messager.

Ibn Isḥāq (1) rapporte : La lettre que le Messager de Dieu ﷺ leur adressa stipulait : « Au nom de Dieu, Clément et Miséricordieux, de la part de Muḥammad, Prophète, Messager de Dieu, à l’intention des croyants. Certes, la région boisée de Wajj et son gibier sont préservés : que nul n’y touche. Quiconque serait surpris à le faire sera fouetté et ses vêtements lui seront retirés. S’il persiste, il sera capturé et amené devant le Prophète Muḥammad. Tel est l’ordre donné par le Prophète Muḥammad. Khālid ibn Saʿīd l’a écrit, sur l’injonction du Messager, Muḥammad ibn ʿAbd Allāh. Que nul ne le transgresse, car il se ferait tort à lui-même en désobéissant à Muḥammad, le Messager de Dieu ﷺ. »

(1) Voir « La Sira du Prophète » d'Ibn Hisham (2/542).
بها. قال: "اهدموها" . قالوا: هيهات، لو تعلم الرَّبَّة أنك تريد أن تهدمها قتلت أهلها. فقال عمر بن الخطاب: ويحك يا بن عبد ياليل! ما أجهلك! إنما الرَّبَّة حجرٌ. فقالوا: إنا لم نأتك يا بن الخطاب. ثم قالوا: يا رسول الله، تولَّ أنت هدمها، أما نحن فإنا لن نهدمها أبدًا. فقال: "سأبعث إليكم من يكفيكم هدمها" . فكاتبوه على ذلك، واستأذنوه أن يسبقوا رسله إليهم، فلما جاؤوا قومهم تلقَّوهم، فسألوهم ما وراءكم؟ فأظهروا الحزن، وأنهم إنما جاؤوا من عند رجلٍ فظٍّ غليظٍ، قد ظهر بالسيف، يحكم ما يريد وقد دوَّخ العرب، قد حرَّم الربا والزنى والخمر، وأمر بهدم الرَّبَّة، فنفرت ثقيفٌ وقالوا: لا نطيع لهذا أبدًا. قال: فأهِّبوا للقتال وأعدُّوا السلاح. فمكثوا على ذلك يومين أو ثلاثةً، ثم ألقى الله في قلوبهم الرعب، فرجعوا وأنابوا، وقالوا: ارجعوا إليه، فشارطوه على ذلك وصالحوه عليه. قالوا: فإنا قد فعلنا ذلك، ووجدناه أتقى الناس وأوفاهم وأرحمهم وأصدقهم، وقد بورك لنا ولكم في مسيرنا إليه وفيما قاضيناه عليه، فافهموا ما في القضية واقبلوا عافية الله. قالوا: فلِم كتمتمونا هذا أولًا؟ قالوا: أردنا أن ينزع الله من قلوبكم نخوة الشيطان، فأسلموا مكانهم، ومكثوا أيامًا، ثم قدم عليهم رسل رسول الله ﷺ وقد أمر عليهم خالد بن الوليد، وفيهم المغيرة بن شعبة، فعمدوا إلى اللات، وقد استكفَّت ثقيفٌ رجالها ونساؤها والصبيان، حتى خرج العواتق من الحِجال، ولا يرى عامة ثقيفٍ أنها مهدومةٌ، ويظنون أنها ممتنعةٌ، فقام المغيرة بن شعبة، فأخذ الكرزين -يعني المعْول- وقال لأصحابه: والله لأضحكنَّكم من ثقيفٍ. فضرب بالكرزين، ثم سقط يركض برجله، فارتجَّ أهل الطائف بصيحةٍ واحدةٍ وفرحوا وقالوا: أبعد الله المغيرة، قتلته الرَّبَّة. وقالوا لأولئك: من شاء منكم فليقترب. فقام المغيرة فقال: والله يا معشر ثقيفٍ إنما هي لَكاعِ حجارةٌ ومدرٌ، فاقبلوا عافية الله واعبدوه. ثم إنه ضرب الباب فكسره، ثم علا سورها، وعلا الرجال معه، فما زالوا يهدمونها حجرًا حجرًا حتى سوَّوها بالأرض، وجعل سادنها يقول: ليغضبنَّ الأساس فليَخسفنَّ بهم. فلما سمع ذلك المغيرة قال لخالدٍ: دعني أحفر أساسها. فحفروه حتى أخرجوا ترابها، وجمعوا ماءها وبناءها، وبُهتت عند ذلك ثقيفٌ، ثم رجعوا إلى رسول الله ﷺ ، فقسم أموالها من يومه، وحمدوا الله تعالى على اعتزاز دينه ونصرة رسوله. قال ابن إسحاق (١) : وكان كتاب رسول الله ﷺ الذي كتب لهم: بسم الله الرحمن الرحيم، من محمدٍ النبيِّ رسول الله إلى المؤمنين؛ إن عضاه وجٍّ وصيده لا يعضد، من وجد يفعل شيئًا من ذلك فإنه يجلد وتنزع ثيابه، وإن تعدَّى ذلك فإنه يؤخذ فيبلغ به النبيَّ محمدًا، وإنَّ هذا أمر النبيِّ محمدٍ. وكتب خالد بن سعيدٍ بأمر الرسول محمد بن عبد الله فلا يتعدَّه أحدٌ فيظلم نفسه فيما أمر به محمدٌ رسول الله ﷺ .
(١) انظر "السيرة النبوية" لابن هشام (٢/ ٥٤٢).

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