Ibn Ishaq (1) a dit : « Après la mise à mort dʾUrwah, Thaqîf demeura encore plusieurs mois. Puis ils tinrent conseil entre eux, estimant qu'ils n'avaient pas les moyens de faire la guerre aux Arabes qui les entouraient et qui avaient déjà prêté serment d’allégeance et embrassé l’islam. Ils se concertèrent, suivant l’avis de ‘Amr ibn Umayyah, l’un des Banû ‘Ilâj. Ils décidèrent ensemble d’envoyer un émissaire ; ainsi dépêchèrent-ils ‘Abd Yâlîl ibn ‘Amr ibn ‘Umayr, accompagné de deux hommes des Ahlâf et de trois des Banû Mâlik : al-Ḥakam ibn ‘Amr ibn Wahb ibn Mu‘attib, Sharḥabîl ibn Ghaylân ibn Salamah ibn Mu‘attib, ‘Uthmân ibn Abî al-‘Āṣ, Aws ibn ‘Awf, frère des Banû Sâlim, et Numayr ibn Khurashah ibn Rabî‘ah.
Mûsâ ibn ‘Uqbah rapporte qu’ils étaient une quinzaine, parmi lesquels Kinânah ibn ‘Abd Yâlîl, leur chef, et ‘Uthmân ibn Abî al-‘Āṣ, qui était le plus jeune membre de la délégation.
Ibn Ishaq (2) a encore dit : « Lorsqu’ils approchèrent de Médine et atteignirent Qanâh, ils trouvèrent al-Mughîrah ibn Shu‘bah, qui gardait à son tour les montures des Compagnons du Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui). Dès qu’il les vit, il courut annoncer au Prophète leur venue, mais Abû Bakr al-Ṣiddîq le croisa et l’informa qu’un groupe de Thaqîf était arrivé pour prêter serment et embrasser l’islam, souhaitant que le Messager de Dieu établisse pour eux des conditions et rédige un pacte pour leur peuple. Abû Bakr dit alors à al-Mughîrah : “Je te conjure de ne pas me devancer auprès du Messager de Dieu, afin que ce soit moi qui lui annonce la nouvelle.” Al-Mughîrah s’y conforma. Abû Bakr entra donc informer le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) de leur arrivée, puis al-Mughîrah sortit retrouver ses compagnons, les aida en leur procurant des montures et leur expliqua la manière de saluer le Prophète. Cependant, ils ne saluèrent qu’à la manière dont on saluait à l’époque antéislamique.
Lorsqu’ils parvinrent auprès du Messager de Dieu, on dressa pour eux une tente dans la mosquée. Khâlid ibn Sa‘îd ibn al-‘Âṣ faisait l’intermédiaire entre eux et le Prophète : il leur apportait la nourriture de sa part, mais ils refusaient d’y toucher avant que Khâlid n’en mange lui-même. C’est lui également qui rédigea leur acte. »
Il dit encore : « Parmi les clauses qu’ils imposèrent au Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui), figurait le maintien de leur idole – al-Lât – pour trois ans. Ils ne cessèrent de réclamer un délai d’une année renouvelé, mais il refusa à chaque fois, jusqu’à ce qu’ils redemandent seulement un mois à la suite de leur arrivée, afin de gagner les gens les moins raisonnables de leur tribu. Cependant, il refusa de la maintenir pour une quelconque durée et n’accepta qu’à la condition d’envoyer avec eux Abû Sufyân ibn Ḥarb et al-Mughîrah pour démolir l’idole. De plus, ils demandèrent de ne pas accomplir la prière et de ne pas détruire eux-mêmes leurs idoles. Il leur répondit : “Quant à briser vous-mêmes vos idoles, nous vous en dispensons. Mais s’agissant de la prière, il n’y a aucun bien dans une religion qui ne l’inclut pas.” Ils dirent alors : “Nous l’assumerons, même si cela nous paraît avilissant.” »
L’imam Aḥmad (3) a rapporté : « ʿAffân nous a raconté, d’après Ḥammâd ibn Salamah, d’après Ḥumayd, d’après al-Ḥasan, d’après ʿUthmân ibn Abî al-ʿĀṣ : la délégation de Thaqîf vint auprès du Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui), et il les installa dans la mosquée pour adoucir leur cœur. Ils formulèrent certaines conditions auprès du Messager de Dieu : qu’on ne les réquisitionne pas (pour la guerre), qu’on ne leur prélève pas la dîme, qu’on ne leur inflige pas la mutilation (en cas de châtiment) et qu’aucun gouverneur étranger ne soit placé sur eux. » Et il dit