Ils avaient dissimulé un dessein considérable, et ils se hâtèrent alors jusqu’à se mêler aux gens. De son côté, Ḥudhayfa s’avança et rejoignit le Messager de Dieu (ﷺ). Il ordonna à ceux qui l’accompagnaient de se dépêcher, si bien qu’ils franchirent la passe (al-‘Aqaba) et s’arrêtèrent pour attendre les gens. Puis le Messager de Dieu (ﷺ) demanda à Ḥudhayfa : « As-tu reconnu ces gens ? » Il répondit : « Je n’ai reconnu que leurs montures dans l’obscurité de la nuit lorsque je me suis approché d’eux. »
Ensuite, il (ﷺ) leur dit : « Savez-vous ce qu’il en était de ces cavaliers ? » Ils répondirent : « Non. » Le Prophète (ﷺ) leur raconta alors ce sur quoi ils s’étaient concertés, et il les leur désigna nommément, en leur demandant de le garder secret. Ils dirent : « Ô Messager de Dieu, ne veux-tu pas ordonner qu’on les tue ? » Il répondit : « Je n’aime pas que les gens disent que Muḥammad tue ses compagnons. »
Ibn Isḥāq a relaté cette histoire, mais il indique que le Prophète (ﷺ) n’aurait informé que Ḥudhayfa ibn al-Yamān de leurs noms, ce qui est plus vraisemblable – et Dieu sait mieux. Cela se trouve corroboré par les propos d’Abū al-Dardā adressés à ‘Alqama, le compagnon d’Ibn Mas‘ūd : « N’y a-t-il pas parmi vous – ô gens de Koufa – le “détenteur du sac et de la couche” ? » (en parlant d’Ibn Mas‘ūd). « N’y a-t-il pas parmi vous celui qui détient le secret que nul autre ne connaît ? » (en parlant de Ḥudhayfa). « N’y a-t-il pas parmi vous celui que Dieu a préservé du diable par la parole de Muḥammad (ﷺ) ? » (en parlant de ‘Ammār).
Nous rapportons également qu’un jour, le Commandeur des croyants ‘Umar ibn al-Khaṭṭāb (– qu'Allah soit satisfait de lui –) dit à Ḥudhayfa : « Je te conjure par Dieu, suis-je l’un d’eux ? » Ḥudhayfa répondit : « Non ! Et je ne disculperai personne après toi. » – afin de ne pas divulguer le secret du Prophète (ﷺ).
J’ajoute qu’ils étaient quatorze hommes, tandis que d’autres disent qu’ils étaient douze. Ibn Isḥāq rapporte encore que le Messager de Dieu (ﷺ) envoya Ḥudhayfa ibn al-Yamān pour les rassembler. Le Prophète (ﷺ) leur fit alors part de ce qu’ils avaient comploté. Puis Ibn Isḥāq énuméra leurs noms et expliqua : « C’est à leur sujet que Dieu, Exalté soit-Il, a révélé : “Ils avaient projeté ce qu’ils ne purent accomplir” [At-Tawbah : 9 : 74]. »
Al-Bayhaqī (1) rapporte – par la voie de Muḥammad ibn Salama, d’après Ibn Isḥāq, d’après al-A‘mash, d’après ‘Amr ibn Murra, d’après Abū al-Bakhtarī, d’après Ḥudhayfa ibn al-Yamān – que celui-ci raconta : « Je tenais la bride de la chamelle du Messager de Dieu (ﷺ) pour le guider, tandis que ‘Ammār la poussait (ou l’inverse). Lorsque nous arrivâmes à la passe (al-‘Aqaba), voilà que douze cavaliers s’y étaient postés pour barrer le chemin. J’ai alors éveillé le Messager de Dieu (ﷺ), qui leur cria dessus, et ils s’enfuirent. Puis il (ﷺ) nous demanda : “Les avez-vous reconnus ?” Nous répondîmes : “Non, Ô Messager de Dieu, ils étaient masqués, mais nous avons reconnu leurs montures.” Il dit : “Ce sont des hypocrites jusqu’au Jour de la Résurrection. Savez-vous ce qu’ils voulaient ?” Nous répondîmes : “Non.” Il dit : “Ils voulaient faire trébucher le Messager de Dieu dans la passe, pour le précipiter en bas.” Nous dîmes : “Ô Messager de Dieu, ne veux-tu pas envoyer quelqu’un à leurs clans, afin que chaque clan t’apporte la tête de son homme ?” Il répondit : “Non, je n’aime pas qu’on dise parmi les Arabes que Muḥammad a combattu un peuple, puis, lorsque Dieu l’a fait triompher par leur intermédiaire, il s’est retourné contre eux pour les tuer.” »
Ensuite, il (ﷺ) dit : « Ô Dieu, frappe-les de la dubayla. » Nous demandâmes : « Ô Messager de Dieu, qu’est-ce que la dubayla ? » Il répondit : « C’est une flamme de feu qui touche la membrane cardiaque de l’un d’entre eux et le fait périr. »