L’armée se mit alors en marche, et je la suivis du regard. Il raconta : « Je vis alors le Messager de Dieu (ﷺ), Abou Bakr et ’Omar. Je constatai qu’Abdallah Dhou al-Bijadayn venait de décéder, et qu’ils avaient déjà creusé sa tombe. Le Messager de Dieu (ﷺ) était descendu dans la fosse, tandis qu’Abou Bakr et ’Omar lui passaient le défunt. Le Prophète (ﷺ) dit : “Rapprochez-moi votre frère.” Ils le lui rapprochèrent, et lorsqu’il l’eut placé de son côté de la tombe, il prononça : “Ô Seigneur ! J’ai passé la soirée satisfait de lui, alors agrée-le !” » Ibn Mas’oud ajouta : « Ah ! Si seulement j’avais été à sa place dans la tombe… »
Ibn Hichâm (1) rapporte que l’on surnomma Abdallah « Dhou al-Bijadayn » (“Celui des deux étoffes”) parce qu’il voulait embrasser l’islam, mais son peuple l’en empêcha et le traita durement, si bien qu’il quitta les siens sans autre vêtement qu’un bijâd (un drap épais). Il le déchira en deux ; de l’une des parts, il se fit un pagne, et de l’autre, il se couvrit le haut du corps. Puis il rejoignit le Messager de Dieu (ﷺ) et c’est ainsi qu’il fut surnommé le « Détenteur des deux étoffes ».
Ibn Ishâq (2) transmet, selon ce qu’a rapporté Ibn Chihâb az-Zouhrî d’après Ibn Oukayma al-Laythî, d’après le neveu d’Abou Ruhm al-Ghifârî, lequel entendit Abou Ruhm Koulthoum ibn al-Hosayn (qui faisait partie des compagnons ayant prêté serment sous l’arbre) dire : « J’ai pris part à l’expédition de Tabouk avec le Messager de Dieu (ﷺ). Une nuit, alors que nous étions à al-Akhdar, je fus saisi par le sommeil. Je me réveillais de temps à autre et constatais que ma monture se rapprochait de celle du Prophète (ﷺ). J’en avais peur, de crainte de heurter son pied dans l’étrier, alors je la repoussais. Finalement, le sommeil l’emporta sur moi, et ma monture frôla celle du Prophète (ﷺ), son pied reposant dans l’étrier. Je ne m’éveillai qu’au son de sa voix disant : “Hass !” Je m’exclamai : “Ô Messager de Dieu, demande pour moi le pardon !” Il répondit : “Avance !” »
« Puis le Messager de Dieu (ﷺ) me questionna au sujet de ceux des Banou Ghifâr qui étaient restés en arrière, et je l’en informai. Il continua : “Qu’en est-il donc de ces hommes roux, grands et glabres, sans poils au visage ?” Je lui appris qu’ils n’étaient pas présents ; alors il demanda : “Et ces hommes noirs, aux cheveux crépus et de petite taille ?” Je répondis : “Par Dieu, je ne connais personne de cette description chez nous.” Il reprit : “Mais si, ceux qui possèdent des bêtes dans la région de Shabakat Shadakh…” Je me souvins finalement qu’il s’agissait d’un groupe appartenant à la tribu d’Aslam, des alliés chez nous. Je déclarai : “Ô Messager de Dieu, ce sont des gens d’Aslam, nos alliés.” Le Messager de Dieu (ﷺ) dit alors : “Qu’est-ce qui a empêché l’un d’entre eux, resté en arrière, de donner une de ses montures à un volontaire pour cheminer dans la voie de Dieu ? Ceux dont l’absence me pèse le plus sont les Mouhâjirûn, les Ançâr, les Ghifâr et les Aslam.” »
Ibn Lahî‘a a rapporté, d’après Abou al-Aswad, d’après ‘Ourwah ibn az-Zoubayr : « Lorsqu’il revint de Tabouk à Médine, un groupe d’hypocrites projeta d’assassiner le Messager de Dieu (ﷺ) en le précipitant du haut d’un col sur la route. Mis au courant de leur complot, il ordonna à la troupe de continuer dans la vallée, tandis que lui-même empruntait le col, accompagné de ces individus qui s’étaient dissimulés le visage. Il désigna ‘Ammâr ibn Yâsir pour tenir la bride de sa chamelle, et Houdhayfa ibn al-Yamân pour la pousser depuis l’arrière. Tandis qu’ils avançaient, ils entendirent le groupe d’hypocrites s’approcher. Voyant la colère se manifester chez le Prophète (ﷺ), Houdhayfa s’alarma et revint vers eux, muni d’un bâton recourbé. Il fit face au museau de leurs montures avec son bâton. Apercevant Houdhayfa, ils comprirent que leur plan était éventé… »