Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Yûnus ibn Bukayr rapporta, d’après Muhammad ibn Isḥāq, selon Burayda ibn Sufyân, d’après Muḥammad ibn Kaʿb al-Quraẓî, d’après ʿAbdullâh ibn Masʿûd, qui a dit : « Lorsque le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) partit pour Tabûk, il arrivait qu’un homme restait en arrière. Les Compagnons disaient alors : “Ô Messager de Dieu, untel est resté en arrière.” Il répondait : “Laissez-le. S’il y a du bien en lui, Dieu le fera vous rejoindre ; sinon, Dieu vous en aura débarrassés.” »

Ils répétèrent cela jusqu’à ce qu’on dît : « Ô Messager de Dieu, Abû Dharr est resté en arrière, sa monture ne peut plus avancer. » Il dit : « Laissez-le. S’il y a du bien en lui, Dieu le fera vous rejoindre ; sinon, Dieu vous en aura débarrassés. » Abû Dharr attendit que sa monture s’attardât trop, puis il prit son paquetage, le mit sur son dos et suivit à pied le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui).

Lorsque ce dernier fit halte à une étape, un observateur parmi les musulmans regarda au loin et s’exclama : « Ô Messager de Dieu, voilà un homme qui marche sur la route. » Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) dit : « Puisses-tu être Abû Dharr ! » Lorsque les Compagnons l’examinèrent, ils reconnurent : « Ô Messager de Dieu, c’est bien Abû Dharr ! » Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) dit alors : « Que Dieu fasse miséricorde à Abû Dharr : il marche seul, il mourra seul et il sera ressuscité seul. »

Le temps passa, et Abû Dharr fut envoyé à al-Rabdha. Quand la mort le surprit, il fit ce testament à sa femme et à son serviteur : « Lorsque je mourrai, lavez-moi puis enveloppez-moi dans un linceul au cours de la nuit, puis placez-moi au bord de la route. Le premier convoi qui passera, dites-leur : “Voici Abû Dharr.” » Lorsqu’il mourut, ils agirent ainsi. Voilà qu’une caravane survint presque sans le voir, au point que leurs montures manquèrent de piétiner son cercueil. C’est alors qu’ʿAbdullâh ibn Masʿûd arriva avec un groupe de gens de Koufa. Il demanda : « Qu’est-ce donc ? » On lui répondit : « C’est la dépouille d’Abû Dharr. » ʿAbdullâh ibn Masʿûd se mit à pleurer en disant : « Le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) a dit vrai : “Que Dieu fasse miséricorde à Abû Dharr : il marche seul, il mourra seul et il sera ressuscité seul.” » Ibn Masʿûd descendit alors de monture et s’occupa lui-même de son enterrement, jusqu’à l’ensevelir. »

Sa chaîne de transmission est jugée bonne, et ce récit n’a pas été rapporté (1).

L’imam Aḥmad dit (2) : « ʿAbd ar-Razzâq nous raconta, d’après Maʿmar, qui tenait cela de ʿAbdullâh ibn Muḥammad ibn ʿAqîl au sujet de la Parole du Très-Haut (à propos de) : ﴿الَّذِينَ اتَّبَعُوهُ فِي سَاعَةِ الْعُسْرَةِ﴾ [At-Tawbah : 117]. Ils partirent pour l’expédition de Tabûk, parfois deux hommes ou trois partageant un seul chameau. Ils partirent lors d’une chaleur accablante. Il leur arriva un jour d’avoir si soif qu’ils se mirent à sacrifier leurs montures afin d’en extraire les entrailles et en tirer un peu d’eau. C’était donc une épreuve dans l’eau, dans la nourriture et dans les montures. »

ʿAbdullâh ibn Wahb a dit : « ʿAmr ibn al-Ḥârith nous informa, d’après Saʿîd ibn Abî Hilâl, selon ʿUtbah ibn Abî ʿUtbah, d’après Nâfiʿ ibn Jubayr, d’après ʿAbdullâh ibn ʿAbbâs qu’on dit à ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb : “Raconte-nous ce qui se passa lors de ‘l’heure de la difficulté’.” ʿUmar répondit : “Nous étions partis pour Tabûk sous une chaleur étouffante, jusqu’à ce que nous nous arrêtions en un lieu où la soif nous accabla, au point que nous pensions que nos cous allaient se rompre. Certains parmi nous s’en allaient chercher de l’aide mais ne revenaient plus, pensant que leurs cous allaient se rompre. Au point que l’homme en venait à égorger son chameau…” »

(1) Voici son effort d'ijtihād dans l'amélioration du hadith. En effet, le hadith a une chaîne de transmission faible en raison de la faiblesse de Burayda ibn Sufyān al-Aslamī, que fut critiqué par al-Bukhārī, an-Nasā'ī, al-Jawzjānī et Abū Ḥātim ar-Rāzī. Al-Dāraqutnī le considère comme abandonné, et al-ʿUqaylī rapporte qu'on demanda à Ahmad concernant ce hadith, à quoi il répondit : « Malheur ! » (comme nous l'avons expliqué dans « Tahrīr Taqrīb at-Tahdhīb », vol. 1, p. 168). C'est sans doute cela qui les a amenés à ne pas le référencer. Al-Ḥāfiẓ Ibn Ḥajar déclare dans « al-Iṣābah » : quant à la Sīra du Prophète d'Ibn Isḥāq, elle présente une chaîne faible. (2) Ce hadith a été relaté par al-Bayhaqī dans « Dalāʾil an-Nubuwwa » (vol. 5, p. 227) par sa voie, tandis qu'il est mentionné comme mursal dans « Tafsīr ʿAbd ar-Razzāq ».
قال يونس بن بكيرٍ، عن محمد بن إسحاق، عن بريدة بن سفيان، عن محمد بن كعبٍ القرظيِّ، عن عبد الله بن مسعودٍ قال: لمَّا سار رسول الله ﷺ إلى تبوك جعل لا يزال الرجل يتخلَّف، فيقولون: يا رسول الله، تخلَّف فلانٌ. فيقول: "دعوه، إن يك فيه خيرٌ فسيُلحقه الله بكم، وإن يك غير ذلك فقد أراحكم الله منه" . حتى قيل: يا رسول الله، تخلَّف أبو ذرٍّ وأبطأ به بعيره. فقال: "دعوه، إن يك فيه خيرٌ فسيُلحقه الله بكم، وإن يك غير ذلك فقد أراحكم الله منه" . فتلَّوم أبو ذرٍّ بعيره، فلما أبطأ عليه أخذ متاعه فجعله على ظهره، ثم خرج يتَّبع رسول الله ﷺ ماشيًا، ونزل رسول الله ﷺ في بعض منازله، ونظر ناظرٌ من المسلمين، فقال: يا رسول الله، إن هذا الرجل ماشٍ على الطريق. فقال رسول الله ﷺ : "كن أبا ذرٍّ" . فلما تأمَّله القوم قالوا: يا رسول الله، هو والله أبو ذرٍّ. فقال رسول الله ﷺ : "يرحم الله أبا ذرٍّ، يمشي وحده، ويموت وحده، ويبعث وحده" . قال: فضرب الدَّهر من ضربه، وسُيِّر أبو ذرٍّ إلى الرَّبذة، فلما حضره الموت أوصى امرأته وغلامه فقال: إذا متُّ فاغسلاني وكفِّناني من الليل، ثم ضعاني على قارعة الطريق، فأوَّل ركبٍ يمرُّون بكم فقولوا: هذا أبو ذرٍّ. فلما مات فعلوا به كذلك، فاطَّلع ركبٌ، فما علموا به حتى كادت ركابهم تطأ سريره، فإذا ابن مسعودٍ في رهطٍ من أهل الكوفة فقال: ما هذا؟ فقيل: جنازة أبي ذرٍّ. فاستهلَّ ابن مسعودٍ يبكي، وقال: صدق رسول الله ﷺ : "يرحم الله أبا ذرٍّ يمشي وحده، ويموت وحده، ويبعث وحده" . فنزل فوليه بنفسه حتى أجنَّه. إسناده حسنٌ، ولم يُخرِّجوه (١) . قال الإمام أحمد (٢) : حدَّثنا عبد الرزاق، أخبرنا معمرٌ، أخبرنا عبد الله بن محمد بن عقيلٍ في قوله تعالى: ﴿الَّذِينَ اتَّبَعُوهُ فِي سَاعَةِ الْعُسْرَةِ﴾ [التوبة: ١١٧] . قال: خرجوا في غزوة تبوك، الرجلان والثلاثة على بعيرٍ واحدٍ، وخرجوا في حرٍّ شديدٍ، فأصابهم في يومٍ عطشٌ حتى جعلوا ينحرون إبلهم ليعصروا أكراشها ويشربوا ماءها، فكان ذلك عسرةً في الماء وعسرةً في النفقة وعسرةً في الظَّهر. قال عبد الله بن وهبٍ: أخبرني عمرو بن الحارث، عن سعيد بن أبي هلالٍ، عن عتبة بن أبي عتبة، عن نافع بن جبيرٍ، عن عبد الله بن عباسٍ أنه قيل لعمر بن الخطاب: حدِّثنا عن شأن ساعة العسرة. فقال عمر: خرجنا إلى تبوك في قيظٍ شديدٍ، فنزلنا منزلًا وأصابنا فيه عطشٌ حتى ظننَّا أن رقابنا ستنقطع، حتى إن كان أحدنا ليذهب فيلتمس الرَّحْل فلا يرجع حتى يظنَّ أن رقبته ستنقطع، حتى إنَّ الرجل لينحر بعيره
(١) هذا اجتهاده (رحمه الله) في تحسين الحديث، فالحديث إسناده ضعيف لضعف بريدة بن سفيان الأسلمي، ضعّفه البخاري والنسائي والجوزجاني وأبو حاتم الرازي، وقال الدارقطني: متروك، وقال العقيلي: سئل أحمد عن حديثه فقال: بلية! (كما بيناه في "تحرير تقريب التهذيب" ١/ ١٦٨) ولعل هذا هو الذي دعاهم إلى عدم تخريجه. قال الحافظ ابن حجر في "الإصابة": وفي السيرة النبوية لابن إسحاق بسند ضعيف. (٢) رواه من طريقه البيهقي في "دلائل النبوة" (٥/ ٢٢٧)، وهو في "تفسير عبد الرزاق" مرسلًا.

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