Et l’Imam Aḥmad (1) a dit : « Qutayba ibn Saʿīd nous a rapporté (ce ḥadīth), il le tient de Ḥâtim ibn Ismāʿīl, d’après Bukayr ibn Mismār, d’après ʿĀmir ibn Saʿd, d’après son père qui a dit : “J’ai entendu le Messager de Dieu (ﷺ) s’adresser à ʿAlî, alors qu’il l’avait laissé derrière lui lors de l’une de ses expéditions. ʿAlî s’exclama : ‘Ô Messager de Dieu, me laisses-tu avec les femmes et les enfants ?’ Le Prophète répliqua : ‘Ô ʿAlî, ne te réjouis-tu pas d’être pour moi ce que Hârûn fut pour Mûsâ, à ceci près qu’il n’y aura pas de prophète après moi ?’” » Ce ḥadīth est également rapporté par Muslim et par at-Tirmidhî (2), d’après Qutayba. Muslim ajoute qu’il est aussi rapporté par Muḥammad ibn ʿAbbâd, tous deux le tenant de Ḥâtim ibn Ismâʿīl. At-Tirmidhî a déclaré qu’il s’agit d’un ḥadīth « bon, authentique et rare sous cet angle ».
Ibn Isḥâq (3) raconte ensuite : « Abû Khaythama rebroussa chemin quelques jours après le départ du Messager de Dieu (ﷺ), par une journée torride, et rentra auprès de ses épouses. Il trouva alors chacune d’elles dans un abri de branchages qu’elles avaient rafraîchi en y aspergeant de l’eau et en y préparant de la nourriture, avec de l’eau fraîche pour lui. Lorsqu’il arriva et se tint à la porte de l’abri, il vit ce que ses épouses avaient disposé pour lui. Il déclara : “Le Messager de Dieu (ﷺ) est exposé à la chaleur brûlante, au vent desséchant et à la soif, tandis que moi, Abû Khaythama, je demeure là, à l’ombre, avec une nourriture prête, une femme séduisante, et je profite de mes biens ? Cela n’est pas équitable ! Par Dieu, je ne mettrai pas un pied dans l’un de vos abris avant d’avoir rejoint le Messager de Dieu (ﷺ). Préparez-moi donc de quoi subsister !” Elles s’exécutèrent, et il fit avancer sa monture, la prépara puis repartit à la recherche du Prophète (ﷺ), qu’il rejoignit alors qu’il campait à Tabûk. »
Ibn Isḥâq poursuit : « Abû Khaythama rencontra par la route ʿUmayr ibn Wahb al-Jumaḥî, qui cherchait lui aussi à rejoindre le Messager de Dieu (ﷺ). Ils cheminèrent ensemble. Lorsqu’ils furent proches de Tabûk, Abû Khaythama dit à ʿUmayr ibn Wahb : “J’ai un retard à rattraper, rien ne t’oblige à t’attarder avec moi ; laisse-moi rejoindre le Messager de Dieu (ﷺ).” Ainsi fit-il, et lorsqu’il approcha du Prophète (ﷺ), les gens s’exclamèrent : “Voici un cavalier qui arrive par la route !” Le Messager de Dieu (ﷺ) dit : “Puisse-t-il être Abû Khaythama !” Ils répondirent : “Ô Messager de Dieu, c’est bien lui !” Lorsqu’il arriva à hauteur du Prophète (ﷺ), il le salua. Le Prophète (ﷺ) s’écria : “Malheur à toi, Abû Khaythama !” Abû Khaythama raconta alors au Messager de Dieu (ﷺ) ce qui s’était passé, et le Prophète pria en sa faveur et invoqua le bien pour lui. »
ʿUrwah ibn az-Zubayr et Mūsā ibn ʿUqbah ont rapporté une version similaire de l’histoire d’Abû Khaythama, conforme au récit de Muḥammad ibn Isḥâq, en y ajoutant davantage de détails. Ils précisent que la sortie vers Tabûk (– paix sur lui –) eut lieu à la saison de l’automne, Dieu seul le sait.
Ibn Hishâm (4) signale que l’on attribue à Abû Khaythama (dont le nom est Mâlik ibn Qays) les vers suivants :
[du mètre at-Ṭawīl]
« Lorsque j’ai vu les gens se montrer hypocrites dans la religion,
Je me suis tourné vers celle qui était la plus pure et la plus noble.
J’ai alors prêté allégeance, de ma main droite, à Muḥammad :
Je n’ai commis ni péché ni n’ai transgressé l’interdit.
J’ai quitté une épouse parée dans son abri, ainsi qu’une bourgade prospère
Où la récolte de ses meilleurs fruits déjà mûrissait.
Et lorsque l’hypocrite hésitait, mon âme demeurait ferme
Vers la religion, en suivant sa trajectoire où qu’elle m’entraîne. »