«…pour les transporter. Tu leur dis : “Je ne trouve pas de monture pour vous porter.” Ils s’en retournèrent alors, les yeux débordant de larmes par tristesse de ne pas trouver de quoi dépenser (verset 92). Il n’y a de reproche que pour ceux qui te demandent la permission alors qu’ils sont riches. Ils se sont satisfaits de rester avec ceux qui demeurent en arrière. Allah a scellé leurs cœurs et ils ne savent pas ce qu’ils ratent (verset 93). » [At-Tawba : 86-93]
Nous avons déjà fourni l’exégèse (Tafsîr) complète de ces versets dans le “Tafsîr” (1), qui est, louange à Dieu, suffisante. L’objectif ici est de rapporter l’histoire des “pleureurs” (Al-Bakkâ’ûn) qui se rendirent auprès du Messager d’Allah (ﷺ) afin qu’il leur fournisse de quoi partir en campagne militaire avec lui. N’ayant pas trouvé auprès de lui de monture ou de provisions, ils s’en retournèrent en larmes, affligés d’avoir manqué le combat dans la voie de Dieu et la dépense pour Sa cause.
Ibn Ishâq (2) rapporte qu’ils étaient sept, issus des Anṣâr et d’autres tribus : de Banû ‘Amr ibn ‘Awf, Sâlim ibn ‘Umayr, ‘Ulba ibn Zayd (frère de Banû Ḥâritha), Abû Laylâ ‘Abd al-Raḥmân ibn Ka‘b (frère de Banû Mâzin ibn al-Najjâr), ‘Amr ibn al-Ḥumâm ibn al-Jamuḥ (frère de Banû Salima), ‘Abd Allâh ibn al-Mughaffal al-Muzanî – certains disent plutôt ‘Abd Allâh ibn ‘Amr al-Muzanî – puis Huramiyy ibn ‘Abd Allâh (frère de Banû Wâqif) et ‘Arbâḍ ibn Sâriyah al-Fazârî.
Ibn Ishâq (3) ajoute qu’Ibn Yamîn ibn ‘Amîr ibn Kadb al-Naḍrî rencontra Abû Laylâ et ‘Abd Allâh ibn al-Mughaffal alors qu’ils pleuraient. Il leur demanda : « Qu’est-ce qui vous fait pleurer ? » Ils répondirent : « Nous sommes allés trouver le Messager d’Allah (ﷺ) pour qu’il nous équipe (en montures ou provisions), mais nous n’avons rien trouvé auprès de lui ; et nous-mêmes ne possédons pas de quoi le suivre. » Alors, Ibn Yamîn mit à leur disposition son chameau et leur donna quelque provision de dattes, si bien qu’ils purent partir avec le Prophète (ﷺ). Selon Yûnus ibn Bukayr, d’après Ibn Ishâq, ‘Ulba ibn Zayd se leva de nuit, pria autant que Dieu le voulut, puis se mit à pleurer en s’exclamant : « Ô Dieu, Tu as ordonné le combat et l’as encouragé. Or, Tu ne m’as pas donné de quoi m’y préparer, pas plus que Tu n’as donné à Ton Messager (ﷺ) de quoi me porter. Je fais donc aumône de toute injustice commise à mon encontre par un musulman, que ce soit dans mes biens, mon corps ou mon honneur. » Au matin, il se joignit aux fidèles et le Messager d’Allah (ﷺ) s’exclama : « Qui est donc celui qui a fait aumône cette nuit ? » Personne ne se leva. Puis il répéta : « Où est celui qui a fait aumône cette nuit ? Qu’il se lève. » Alors ‘Ulba s’avança et lui expliqua. Le Prophète (ﷺ) lui dit : « Réjouis-toi ! Par Celui qui détient mon âme dans Sa main, ton acte est certes consigné parmi les aumônes agréées. »
L’imam al-Bayhaqî (4) a également cité ici le hadith d’Abû Mûsâ al-Ash‘arî. Il rapporte, selon une chaîne de transmission passant par Abû Mûsâ : « Mes compagnons m’envoyèrent trouver le Messager d’Allah (ﷺ) pour lui demander de leur fournir des montures, alors qu’ils étaient dans l’armée de la Dure Épreuve, lors de l’expédition de Tabûk. Je lui ai dit : “Ô Prophète de Dieu, mes compagnons m’ont envoyé te demander de quoi nous transporter.” Il répondit : “Par Dieu, je n’ai rien sur quoi vous porter.” » – et je l’avais abordé alors qu’il était en colère, sans le savoir. Je repartis donc, affligé de son refus… »