Il dit : « Ô Messager d’Allah, je n’ai pas récité cela ainsi. » Le Prophète (que la paix et le salut soient sur lui) répondit : « Comment l’as-tu récité ? » Il déclara : « J’ai dit : [sur la métrique at-Tawîl] “Abû Bakr t’abreuva d’une coupe bien remplie… et al-Ma’mûn t’en fit également goûter et t’en abreuva.” » Le Messager d’Allah (que la paix et le salut soient sur lui) s’exclama alors : « Ma’mûn, par Dieu ! », puis il lui récita tout le poème jusqu’à son dernier vers. Ce poème est le suivant :
[sur la métrique al-Basît]
« Bânat Suʿâd fa-qalbî al-yawma matbûlُ… mutayyamun ʿindahâ lam yufad makbûlُ »
(« Suʿâd s’est éloignée, et mon cœur en est aujourd’hui éperdu, fou d’amour pour elle, sans issue et captif. »)
Il a déjà été fait allusion à ce que nous avions mentionné concernant la divergence entre la version d’Ibn Isḥâq et celle d’al-Bayhaqî (qu’Allah leur fasse miséricorde). Abû ʿUmar ibn ʿAbd al-Barr rapporte dans son livre « al-Istîʿâb »(1) que, lorsque Kaʿb parvint au vers :
« Inna r-rasûla la-nûrun yustadâ’u bihi … muhannadun min suyûfi L-Lâhi maslûlُ
nubbi’tu anna Rasûla L-Lâhi awʿadanî … wal-ʿafwu ʿinda Rasûli L-Lâhi ma’mûlُ »
(« En vérité, le Messager est une lumière à laquelle on s’éclaire, un sabre indien tiré parmi les sabres de Dieu. On m’a rapporté que le Messager d’Allah m’avait menacé ; or, le pardon de la part du Messager d’Allah est attendu. »)
il dit : le Messager d’Allah (que la paix et le salut soient sur lui) fit alors signe à ceux qui étaient présents : « Écoutez. » Avant lui, Mûsâ ibn ʿUqbah avait déjà mentionné ce récit dans son ouvrage « al-Maghâzî »(2). Louange et grâce à Allah.
Je (l’auteur) dis : dans certaines narrations, il est rapporté que le Messager d’Allah (que la paix et le salut soient sur lui) lui remit son manteau lorsqu’il lui déclama ce poème, et aṣ-Ṣarṣarî(3) l’a évoqué dans certains de ses panégyriques. C’est également ce qu’a rapporté le ḥâfiẓ Abû al-Ḥasan ibn al-Athîr dans « al-Ghâbah »(4), disant qu’il s’agit du manteau conservé chez les califes. Je dis : ce fait est très célèbre, mais je ne l’ai pas trouvé dans les ouvrages notoires avec une chaîne de transmission que je jugerais satisfaisante. Allah est plus savant.
Il est aussi rapporté que le Messager d’Allah (que la paix et le salut soient sur lui) lui aurait dit — quand il prononça « Bânat Suʿâd » : « Qui est Suʿâd ? » Et Kaʿb de répondre : « C’est mon épouse, ô Messager d’Allah. » Le Prophète dit : « Elle n’est pas partie. » Mais ce récit n’est pas attesté de façon solide. Il semble que certains aient cru que sa conversion à l’islam aurait automatiquement séparé l’homme de son épouse, mais il est vraisemblable qu’il ne parlait que d’une séparation physique et non juridique. Allah, Exalté soit-Il, est plus savant.