Ô Messager d’Allah, accorde-moi de m’en prendre à l’ennemi d’Allah en lui frappant la nuque. Mais le Messager d’Allah (ﷺ) répondit : « Laisse-le, car il est venu en se repentant et en renonçant à ses anciennes intentions. »
On rapporte ensuite que Ka‘b ibn Zuhayr se mit en colère contre ce groupe parmi les Anṣâr à cause de ce qu’avait fait l’un des leurs à son égard. En effet, tous les Muhâjirûn qui parlèrent de lui le firent en bien. Ka‘b composa alors, lorsqu’il se présenta au Messager d’Allah (ﷺ), la célèbre ode dont voici quelques vers (sur le mètre al-basîṭ) :
« Banat Su‘âdu, et mon cœur, ce jour, est brisé :
Épris d’elle, il demeure captif, sans rançon possible.
Et quand, au matin de la rupture, Su‘âd se montra,
C’était une gracieuse, au regard pudique, ourlé de khôl.
Quand elle sourit, elle révèle des dents qui évoquent
Un canal abreuvé de vin dont on cherche à se rassasier.
Elle m’a entaillé d’un trait glacial fait d’une eau limpide,
Puisée sur les pentes de la vallée, devenue abondante sur l’Abaṭḥ.
Les vents en chassent la souillure, et le flot l’inonde
Sous la pluie continue, claire comme une aube vertueuse.
Hélas, quelle amitié ce serait, si elle s’était montrée sincère
À tenir sa promesse ou si ses conseils étaient reçus !
Mais c’est une amitié qu’a déjà entachée le sang :
Le deuil, l’obsession, la rupture et le changement.
Jamais elle ne demeure dans l’état où elle se trouve,
Ainsi que se colore de multiples atours le démon trompeur.
Elle ne tient pas l’engagement qu’elle prétend observer,
Tout comme un crible n’arrive pas à retenir l’eau.
Ne te laisse pas abuser par ses dons ni ses promesses :
Les vaines espérances et les rêves sont trompeurs.
On cite souvent la parole d’‘Arqûb pour décrire ses promesses :
Ses engagements ne sont que subterfuges et mensonges.
J’espère, j’attends qu’elles se hâtent un jour…
Mais je crois qu’il n’y aura pas de prompte délivrance.
Su‘âd se trouve dans un pays qu’on ne peut atteindre
Qu’avec des montures robustes, rapides messagères.
Seules des juments menues, à la foulée vigoureuse,
Pourront couvrir ces étendues, alternant trot et galop.
Elles ruissellent de sueur âcre quand elles s’échauffent,
Leur encolure large n’offre ni marque ni repère.
D’un œil vaste et clair, elles fouettent la poussière de leurs sabots
Lorsque le terrain durcit et s’embrase.
Massives, leur collier est imposant, leurs attaches solides,
Distinguant leur race des autres femelles des étalons.
Elles sont d’une noble origine, leur père et leur oncle sont de lignée pure,
Et leur oncle maternel tout autant, d’une vigueur admirable.
Même le pou s’y aventure mais ne tient pas,
Tant leur poitrail et leurs flancs sont lisses et inaccessibles.
Elles bondissent, projetant la matière qui s’amasse sur leur croupe,
Leurs articulations demeurent sures, tordant la crinière des filles du vent.
À la vue, leur dos cambré et leur port en disent long
Sur leur noble ascendance, et leur visage porte la finesse.
On dirait que le bout de leur museau et le bas de leur cou
Sont recouverts d’un revêtement pareil à un mors étincelant.
Elles filent comme un stipe de palmier pourvu de grappes,
Dans un élan sûr que ne trahissent pas les épreuves. »