Ibn Hishâm (1) raconte : « Certains connaisseurs de poésie m'ont récité ces vers :
“Qui portera pour moi un message à Bujayr ?
Serais-tu disposé, à al-Khayf, à entendre ce que je dis ?
Tu as partagé avec al-Ma’mûn une coupe bien remplie :
il s’est anéanti par elle et t’a affligé.
Tu as délaissé les causes de la guidance pour le suivre,
sur quoi, malheur à toi, qui donc d’autre t’a conseillé ?
Tu prends un comportement que ni ta mère ni ton père
ne t’ont enseigné, et tu n’as pas trouvé de frère pour y adhérer.
Si tu ne t’en détournes pas, je ne m’en formaliserai pas,
ni ne prierai pour toi si tu tombes : que la malédiction soit sur toi !”
Ibn Isḥāq (2) ajoute : « Il envoya ces vers à Bujayr. Lorsqu’ils parvinrent à celui-ci, il répugna à les cacher au Messager de Dieu (ﷺ) et les lui récita. En entendant : “Saqāka bihā al-Ma’mûn…” (Il t’a fait boire de cette coupe, l’homme sûr…), le Messager de Dieu (ﷺ) déclara : “Il a dit vrai, bien qu’il soit menteur : c’est bien moi al-Ma’mûn.” Et lorsqu’il entendit : “ʿalā khuluqin lam tulfi umman wa lā abā…” (Sur un comportement que ni une mère ni un père ne t’ont enseigné), il dit : “Oui, il n’a pas trouvé son père ni sa mère sur ce comportement.” »
Ibn Isḥāq poursuit : « Puis Bujayr écrivit à Kaʿb :
“Qui transmettra à Kaʿb ceci : te décideras-tu enfin
à renoncer à ce que, à tort, tu me reproches, alors que c’est la voie la plus sage ?
Tourne-toi vers Dieu seul, non vers al-ʿUzzā ni vers al-Lāt :
tu seras alors sauvé, si le salut est possible.
Le Jour où nul ne pourra échapper, pas même parmi les gens,
si ce n’est le cœur pur, soumis à Dieu.
La religion de Zuhayr n’est rien, et celle d’Abū Sulmā
m’est désormais interdite.”
Lorsque Kaʿb reçut cette lettre, la terre lui parut bien étroite. Il craignit pour sa vie, tandis que ses ennemis, présents là où il se trouvait, colportaient des rumeurs disant qu’il serait tué. N’ayant plus aucune issue, il composa alors sa célèbre qaṣīda faisant l’éloge du Messager de Dieu (ﷺ), tout en y exprimant sa peur et la crainte que les rapporteurs malveillants du camp adverse faisaient peser sur lui. Puis il se rendit à Médine et descendit chez un homme de la tribu de Juhayna – auprès duquel il avait une certaine connaissance, m’a-t-on rapporté. Le lendemain, celui-ci l’emmena auprès du Messager de Dieu (ﷺ) à l’heure de la prière de l’aube. Il pria donc avec lui, puis l’homme lui désigna le Prophète (ﷺ) en disant : “Voici le Messager de Dieu ; va vers lui et demande-lui la paix.” On raconte qu’il s’approcha, s’assit près du Prophète (ﷺ), mit sa main dans la sienne, alors que le Prophète (ﷺ) ne le reconnaissait pas. Il dit : “Ô Messager de Dieu, Kaʿb ibn Zuhayr est venu solliciter de toi la paix et se repentir en embrassant l’islam. Accepteras-tu son repentir si je te l’amène ?” Le Messager de Dieu (ﷺ) répondit : “Oui.” Alors il dit : “Eh bien, je suis Kaʿb ibn Zuhayr.” »
Ibn Isḥāq (3) relate : « ʿĀṣim ibn ʿUmar ibn Qatāda m’a rapporté qu’un homme des Anṣār bondit alors sur lui et dit : … »