Et ceux qui ont soutenu cette position se sont divisés en deux opinions :
La première : qu’elle se trouve au ciel, car Il les en fit descendre. Tel est l’avis d’al-Hasan.
La deuxième : qu’elle se trouve sur terre, parce qu’Il les y mit à l’épreuve en leur interdisant l’arbre défendu plutôt que d’autres fruits. C’est l’avis d’Ibn Yahyâ. Et cela eut lieu après que Dieu (Allah) eut ordonné à Iblis de se prosterner devant Adam. Dieu sait mieux où est la vérité (1).
Voici ses propos. Il inclut dans son exposé la mention de trois opinions et laisse entendre qu’il se réserve de trancher la question. C’est pour cette raison qu’Abû ‘Abd Allâh ar-Râzî, dans son « Tafsîr » (2), rapporte quatre opinions à ce sujet : les trois évoquées par al-Mâwardî, et une quatrième qui est l’abstention de tout jugement. De plus, il a rapporté que certains considèrent qu’elle se trouve au ciel sans être pour autant « le Paradis promis », et il attribue cette opinion à Abû ‘Alî al-Jubbâ’î.
Les partisans de la deuxième opinion ont formulé une objection qui demande réponse. Ils disent en effet : « Il ne fait aucun doute que Dieu — exalté soit-Il — a chassé Iblis de la Présence divine lorsqu’il refusa de se prosterner (3) et qu’Il lui ordonna, par décret irrévocable (qadarî) et non par un simple ordre légal (shar‘î), de quitter ce lieu et d’en descendre, ce qui n’est ni transgressable ni contestable. » C’est pourquoi Dieu dit : « Sors-en, honni et banni » [al-A‘râf : 18], et : « Descends-en, car il ne t’appartient pas de t’enorgueillir ici » [al-A‘râf : 13], et : « Sors-en, te voilà lapidé » [Sâd : 77]. Le pronom renvoie au Paradis, au ciel ou au rang qu’il occupait. Quoi qu’il en soit, il lui était impossible, selon le décret divin, de s’établir ou même de passer par l’endroit dont il fut banni.
Ils ajoutent : « D’après le sens évident des versets du Coran, Iblis a soufflé ses tentations à Adam et lui a adressé la parole en disant : “Ne t’indiquerais-je pas l’arbre de l’éternité et un royaume impérissable ?” [Tâ-Hâ : 120], et encore : “Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre que pour que vous ne deveniez pas des anges ou que vous ne soyez parmi les immortels (20). Il leur jura : Je suis vraiment pour vous un conseiller sincère (21). C’est ainsi qu’il les fit chuter par la ruse.” [al-A‘râf : 20-23]. » Cela laisse clairement entendre qu’il les a rencontrés dans leur jardin. On a répondu qu’il pouvait avoir été autorisé à les y aborder brièvement, sans y résider, ou qu’il leur aurait soufflé cette tentation depuis la porte du jardin ou depuis un lieu plus bas que le ciel. Ces trois hypothèses soulèvent néanmoins des difficultés, et Dieu est plus Savant.
Parmi les arguments des tenants de cette opinion figure le récit rapporté par ‘Abd Allâh, fils de l’imam Ahmad, dans ses « Ziyâdât », selon Hudbah ibn Khâlid, d’après Hammâd ibn Salamah, d’après Humayd, d’après al-Hasan al-Basrî, d’après ‘Utay ibn Damrah as-Sa‘dî, d’après Ubayy ibn Ka‘b. Celui-ci relata : « Lorsque Adam fut sur le point de mourir, il désira une grappe de raisin du Paradis. Ses fils partirent pour la lui chercher et rencontrèrent les anges, qui leur dirent : “Où allez-vous donc, ô fils d’Adam ?” Ils répondirent : “Notre père désire une grappe de raisin du Paradis.” Les anges leur dirent : “Retournez, car…” »