Al-Waqidi (1) a dit : « Lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) attribua le butin à Al-Ji‘râna, chaque homme reçut quatre chameaux et quarante brebis. » Sahl a rapporté, d’après Muhammad ibn Ishâq, d’après ‘Abd Allâh ibn Abî Bakr, qu’un homme qui avait participé à la bataille de Hunayn raconta : « Par Dieu, je cheminais aux côtés du Messager de Dieu (ﷺ) sur ma chamelle, chaussé de sandales épaisses. À un moment, ma monture pressa celle du Messager de Dieu (ﷺ), et le bord de ma sandale heurta la jambe du Prophète (ﷺ), le faisant souffrir. Il me frappa alors le pied d’un coup de fouet en disant : “Tu m’as fait mal, recule-toi de moi.” Je m’éloignai. Le lendemain, le Messager de Dieu (ﷺ) se mit à me chercher. Je pensai : “C’est sûrement à cause de ce que j’ai fait à la jambe du Messager de Dieu (ﷺ) hier.” Je me présentai donc à lui, craignant sa réaction. Il me dit : “Hier, tu as heurté ma jambe et m’as fait mal. Je t’ai frappé le pied avec le fouet, alors je t’ai fait venir pour te dédommager de ce coup.” Il me donna quatre-vingts brebis en compensation du coup qu’il m’avait porté. »
Le propos visé ici est que le Messager de Dieu (ﷺ) rendit aux Hawâzin leurs prisonniers après la répartition du butin, comme l’indique ce récit et d’autres. D’après la version du hadith relaté par ‘Amr ibn Chua‘yb, que Muhammad ibn Ishâq tient de lui, de son père et de son grand-père, le Messager de Dieu (ﷺ) aurait rendu leurs prisonniers aux Hawâzin avant la répartition. C’est pourquoi, lorsqu’il rendit les captifs puis se remit en selle, certains Bédouins s’accrochèrent à lui en disant : « Attribue-nous notre part de ce butin. » Ils le poursuivirent jusqu’à un arbre (une acacia), où ils lui arrachèrent son manteau. Il dit alors : « Rendez-moi mon manteau, ô gens ! Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, si vous aviez autant de bétail que ces arbres ont de feuilles, je vous le répartirais, et vous ne me verriez ni avare, ni lâche, ni menteur. » Ainsi le rapporte Al-Bukhârî (2) d’après un récit similaire de Jubayr ibn Mut‘im.
On peut supposer qu’ils craignirent que le Prophète (ﷺ) ne rende aussi aux Hawâzin leurs biens, comme il l’avait fait pour leurs femmes et leurs enfants. C’est pourquoi ils lui demandèrent de le répartir, ce qu’il fit effectivement à Al-Ji‘râna, conformément à l’ordre de Dieu (– glorifié soit Sa majesté –). Il favorisa certaines personnes dans la répartition et gagna le cœur de quelques chefs de tribus et de leurs notables. Des Compagnons parmi les Anṣâr lui en tinrent un peu rigueur, jusqu’à ce qu’il prît la parole pour leur expliquer que ce qu’il avait fait relevait d’une sagesse particulière, afin d’adoucir leurs cœurs. Certains ignorants et dissidents, à l’image de Dhu al-Khuwaysira et de ceux qui lui ressemblent – puisse Dieu le défigurer –, exprimèrent leur mécontentement, comme nous l’apprendront en détail les récits s’y rapportant. C’est en Dieu que nous mettons notre confiance.
L’imam Aḥmad (3) a rapporté : « ‘Ârim nous a raconté, depuis Muʿtamir ibn Sulaymân, qu’il tenait de son père : As-Sumayṭ as-Sadûsî nous a narré, d’après Anas ibn Mâlik, qui a dit : “Nous avons conquis La Mecque, puis nous avons lancé la campagne de Hunayn. Les polythéistes s’y présentèrent dans les rangs les plus beaux que j’aie jamais vus. Ils alignèrent d’abord leurs cavaliers, puis les combattants à pied, puis les femmes derrière eux, et enfin les troupeaux de brebis, puis le bétail. Quant à nous, nous étions très nombreux, puisqu’on comptait déjà six mille hommes, avec Khâlid ibn al-Walîd commandant l’aile de notre cavalerie. Nos cavaliers se mirent à se replier derrière nous. Peu de temps après, notre cavalerie s’effondra et les Bédouins fuirent, ainsi que d’autres parmi ceux que nous connaissions.” »