Nous avons conquis La Mecque par la force avec al-Mahdî, le fer de nos épées au clair, tandis que la poussière tantôt se dissipait, tantôt s’élevait. À la vue de tous, les chevaux, sur leurs flancs, étaient trempés de sang bouillant, jailli du corps. Et le jour de Hunayn, quand la tribu Hawâzin marcha contre nous, la poitrine des hommes se serra. Aux côtés d’al-Dahhâk, nous sommes demeurés inébranlables, sans que les attaques ni les assauts de l’ennemi ne nous fassent vaciller. Devant le Messager de Dieu, un étendard, scintillant comme une nuée tourbillonnante, battait au-dessus de nos têtes. Un soir, Dahhâk ibn Sufyân s’agrippait à l’épée du Messager de Dieu, alors que la mort s’avançait. Nous défendons nos frères, quitte à leur faire face, et si nous apercevions une brèche, nous serions les premiers à la franchir. Toutefois, la religion de Dieu est celle de Muhammad : nous l’avons adoptée pour sa guidance et ses préceptes. C’est par elle qu’il a redressé notre situation après l’égarement, et nul ne peut détourner ce que Dieu a décrété.
Al-ʿAbbâs dit également :
Le dernier lien qui me rattachait à Umm Mu’ammal s’est brisé, et finalement, elle changea d’intention. Elle avait juré par Dieu de ne jamais rompre ce lien, pourtant, elle n’a tenu ni parole ni serment. À Khuffâfiyya, dans la vallée d’al-ʿAqîq, elle séjourne l’été, puis s’établit chez les bédouins à Wajra et ensuite à al-ʿUrfâ. Que Umm Mu’ammal se range du côté des mécréants si elle veut : elle a laissé mon cœur plein de désir malgré la distance. Bientôt, on l’informera que nous avons refusé toute alliance, à l’exception de celle que nous cherchons auprès de notre Seigneur. Et nous sommes aux côtés du Guide, le Prophète Muhammad ; demeurant fidèles, aucun groupe ne l’a vraiment égalé. Nous sommes accompagnés de jeunes hommes sincères de la puissante tribu de Sulaym, qui obéissent sans enfreindre le moindre de ses ordres : Khuffâf, Dhakwân et ‘Awf. On les croirait être des montagnes imposantes avançant fermement sur leur chemin. Leurs tissages clairs et leurs armures blanches leur donnent l’aspect de lions se rencontrant dans leurs repaires, prêts à fondre sur la proie.
C’est grâce à nous que la religion de Dieu s’est renforcée, sans artifice, et nous avons doublé la puissance de la communauté ralliée à ses côtés. À La Mecque, lorsque nous sommes arrivés, notre étendard paraissait un aigle prêt à fondre après son envol. Aux yeux des spectateurs, on l’aurait cru virevolter en de gracieux mouvements lorsqu’il planait. Le matin où nous avons écrasé les polythéistes, il n’y avait ni équivalent ni échappatoire possible à l’ordre du Messager de Dieu. Sur ce champ de bataille, nul ne percevait quoi que ce fût au milieu de notre grondement, sinon les reproches et les coups retentissants. À l’aide de nos épées blanches, nous faisions jaillir les têtes de leur socle et moissonnions les cous des guerriers. Que de cadavres criblés de blessures avons-nous laissés derrière nous, et que de veuves appelaient alors la ruine sur leur époux en signe de deuil !