Frappe les hommes, puis lorsque tu arriveras auprès de ta mère, informe‑la que tu as tué Duraid ibn as‑Simma. Car, par Dieu, bien des jours il a protégé tes femmes.
Les Banû Sulaym rapportent que Rabî‘a déclara : « Lorsque je l’ai frappé et qu’il est tombé, il s’est découvert ; j’ai alors vu ses cuisses et l’intérieur de ses jambes, pareils à des feuilles de papier à force de monter longuement à cheval, à cru. » Puis, quand Rabî‘a revint auprès de sa mère et lui annonça qu’il l’avait tué, elle dit : « Par Dieu, il avait pourtant affranchi trois de tes mères. »
Ibn Isḥâq mentionna ensuite l’élégie composée par ‘Amra bint Duraid à la mémoire de son père. Parmi ces vers (mètre al-basît), elle dit :
« Ils ont dit : “Nous avons tué Duraid.” J’ai répondu : “Ils ont dit vrai…”
– et mes larmes coulent sur ma tunique.
Si ce n’était Celui qui a soumis tous les peuples,
Sulaym et Ka‘b auraient vu comment ils devaient se concerter.
Alors un imposant contingent les aurait assaillis, au matin et au grand jour,
là où leurs intentions avaient pris place. » (1)
Ibn Isḥâq (2) rapporte : « Le Messager de Dieu (que la prière et le salut de Dieu soient sur lui) envoya Abû ‘Âmir al-Ash‘arî à la poursuite de ceux qui s’étaient dirigés vers Awṭâs. Il rejoignit ainsi une partie de ceux qui s’étaient enfuis. Ils l’attaquèrent, et Abû ‘Âmir fut atteint d’une flèche et tué. Abû Mûsâ al-Ash‘arî, son cousin, s’empara alors de l’étendard, combattit et, par la grâce de Dieu, triompha d’eux. »
On raconte que Salama ibn Duraid serait celui qui décocha la flèche contre Abû ‘Âmir al-Ash‘arî, l’atteignant au genou et le tuant. Il aurait ensuite dit (sur le mètre ar-rajaz) :
« Si vous vous demandez qui je suis, je suis Salama,
fils de Samâdîr pour qui sait me reconnaître.
Je frappe les têtes des musulmans avec mon sabre. »
Ibn Hishâm (3) rapporte : « Quelqu’un en qui j’ai confiance, parmi ceux qui connaissent la poésie et son histoire, m’a raconté qu’Abû ‘Âmir al-Ash‘arî fit face, le jour d’Awṭâs, à dix frères polythéistes. L’un d’eux l’attaqua, mais Abû ‘Âmir chargea à son tour, l’appelant à l’islam et disant : “Ô Dieu, sois témoin contre lui.” Il le tua. Puis un autre l’assaillit, et Abû ‘Âmir l’invita encore à l’islam, en répétant : “Ô Dieu, sois témoin contre lui.” Il le tua aussi. Ils continuèrent ainsi, chacun se jetant sur lui, tandis qu’il répétait ces mêmes paroles, jusqu’à ce qu’il en eût tué neuf. Il ne restait que le dixième, qui se rua également sur lui. Abû ‘Âmir l’invita une fois encore à l’islam en disant : “Ô Dieu, sois témoin contre lui.” Alors l’homme répliqua : “Ô Dieu, ne témoigne pas contre moi.” Abû ‘Âmir cessa de l’attaquer, et cet homme s’échappa. Plus tard, il embrassa l’islam et sa foi fut bonne. Lorsqu’il se présentait ensuite devant le Prophète (que la prière et le salut de Dieu soient sur lui), ce dernier disait : “Voici le rescapé d’Abû ‘Âmir.” »
Et l’on rapporte que deux frères, al-‘Alâ’ et Awfâ fils de al-Ḥârith, issus des Banû Jusham ibn Mu‘âwiya, décochèrent chacun une flèche contre Abû ‘Âmir. L’un l’atteignit au cœur, l’autre au genou, et ils le tuèrent. Les combattants confièrent alors le commandement à Abû Mûsâ, qui fondit sur eux deux et les mit à mort. Un homme de Banû Jusham chanta pour les pleurer (sur le mètre al-mutaqârib) :
« La grande perte, c’est la mort d’al-‘Alâ’
et d’Awfâ ensemble, sans soutien aucun.
Ce sont eux qui ont tué Abû ‘Âmir,
lui dont la générosité était immense. »