Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

«Pourquoi donc entends-je le mugissement du chameau, le braiement de l’âne, les pleurs de l’enfant et le bêlement des brebis ?»

Il répondit : «J’ai fait venir avec les hommes leurs enfants, leurs femmes et leurs biens.»

Il demanda : «Et pourquoi donc ?»

Il répondit : «J’ai voulu placer derrière chaque homme sa famille et son bien afin qu’il se batte pour eux.»

«Alors il se montra en profond désaccord avec lui (1). Puis il dit : “Berger de moutons, par Dieu ! Est-ce que quoi que ce soit peut retenir un homme en déroute ? Si la victoire te revient, ne te sera utile que l’homme muni de son épée et de sa lance. Et si l’issue t’est défavorable, tu seras déshonoré devant ta famille et tes biens.”»

Puis il ajouta : «Qu’ont fait Kaʿb et Kilāb ?»

On lui répondit : «Aucun d’eux n’a assisté à cette expédition.»

Il dit : «Ainsi ont manqué l’arme tranchante et l’effort sérieux ! Si ce jour annonçait de la gloire et de l’élévation, Kaʿb et Kilāb n’auraient pas manqué de s’y trouver. J’aurais souhaité que vous agissiez comme Kaʿb et Kilāb. Mais alors, qui d’entre vous y a participé ?»

Ils répondirent : «ʿAmr ibn ʿĀmir et ʿAwf ibn ʿĀmir.»

Il dit : «Voici deux tout jeunes hommes de ʿĀmir, qui ne peuvent ni nuire ni être d’un grand secours. – Ô Mâlik, reprit-il, le fait d’amener à l’avant le noyau dur de Hawaazin (c’est-à-dire leurs femmes et leurs enfants) face à la cavalerie n’a servi à rien.»

Ensuite, Duraid dit à Mālik ibn ʿAwf : «Emmène-les vers un lieu bien défendu de leur territoire et vers les hauteurs de leur peuple, puis place les enfants sur le dos des chevaux. Si la victoire est tienne, ceux qui sont restés derrière vous rejoindront vos rangs. Et si elle t’est défavorable, alors tu auras préservé ta famille et tes biens.»

Il répondit : «Par Dieu, je ne le ferai point ! Tu es devenu vieux et ton jugement a vieilli avec toi.»

Puis Mālik ajouta : «Par Dieu, ô gens de Hawaazin, soit vous m’obéissez, soit je m’appuie sur cette épée jusqu’à ce qu’elle traverse mon dos.» (Il détestait qu’on doive quelque reconnaissance ou conseil à Duraid.)

Ils dirent donc : «Nous t’obéirons.»

Duraid dit alors : «Voici un jour auquel je n’assiste pas tout en ne le manquant pas non plus (2)», puis il récita ces vers (dans la mètre du rājiz) :

«Ah ! Si seulement j’y étais jeune et plein de vigueur,
Je courrais et gambaderais avec ardeur,
Je conduirais une chamelle aux longues oreilles,
Comme si c’était une brebis isolée.»

Puis Mālik s’adressa à ses hommes : «Lorsque vous les verrez, brisez les fourreaux de vos épées, puis attaquez d’un seul élan.»

Ibn Isḥāq dit (3) : «On m’a rapporté, par l’intermédiaire de Umayya ibn ʿAbd Allāh ibn ʿAmr ibn ʿUthmān, que Mālik ibn ʿAwf avait envoyé des éclaireurs parmi ses hommes. Ils revinrent à lui dispersés et bien éprouvés.

Il leur dit : “Malheur à vous, qu’y a-t-il ?”

Ils répondirent : “Nous avons vu des hommes d’une blancheur éclatante montés sur des chevaux à la robe pie ; par Dieu, nous n’avons pu tenir, et il nous est arrivé ce que tu vois.” Mais par Dieu, cela ne le détourna nullement de son plan, et il poursuivit ce qu’il voulait entreprendre.»

Ibn Isḥāq rapporta (4) : «Lorsque le Prophète de Dieu (ﷺ) apprit leur arrivée, il envoya ʿAbd Allāh ibn Abī Ḥadrad al-Aslamī afin qu’il s’infiltrât parmi eux, y séjourne et recueille des informations sur leur situation, puis qu’il revienne lui en faire rapport. Il partit donc et se mêla à eux.»

(1) C’est-à-dire : le réprimander. (2) Les deux vers se trouvent dans "La Sīra du Prophète" (2/439) et "Al-Rawd al-Anf" (7/136) ; voir aussi "Dictionnaire des poètes d’après l’Histoire de Damas" (3/70). (3) Voir "La Sīra du Prophète" d’Ibn Hichâm (2/439). (4) Voir "La Sīra du Prophète" d’Ibn Hichâm (2/439).
ما لي أسمع رُغاء البعير، ونهاق الحمير، وبُكاء الصغير، ويُعار الشاء؟ قال: سقت مع الناس أبناءهم ونساءهم وأموالهم. قال: ولم؟ قال: أردت أن أجعل خلف كلِّ رجلٍ أهله وماله ليقاتل عنهم. قال: فأنقض به (١) . ثم قال: راعي ضأنٍ والله، هل يردُّ المنهزم شيءٌ؟ إنها إن كانت لك لم ينفعك إلا رجلٌ بسيفه ورمحه، وإن كانت عليك فُضحت في أهلك ومالك. ثم قال: ما فعلت كعبٌ وكلابٌ؟ قال: لم يشهدها منهم أحدٌ. قال: غاب الحدُّ والجِدُّ، لو كان يوم غلاءً ورفعةٍ لم تغب عنه كعبٌ وكلابٌ، ولوددت أنكم فعلتم ما فعلت كعبٌ وكلابٌ، فمن شهدها منكم؟ قالوا: عمرو بن عامرٍ، وعوف بن عامرٍ. قال: ذانك الجذَعان من عامرٍ لا ينفعان ولا يضران. ثم قال: يا مالك، إنك لم تصنِع بتقديم البيضة بيضة هوازن إلى نحور الخيل شيئًا، ثم قال دريدٌ لمالك بن عوفٍ: ارفعهم إلى متمنع بلادهم وعليا قومهم، ثم ألق الصُّبِيَّ على متون الخيل، فإن كانت لك لحق بك من وراءك، وإن كانت عليك ألفاك ذلك وقد أحرزت أهلك ومالك، قال: والله لا أفعل، إنك قد كبرت وكبر عقلك. ثم قال مالكٌ: والله لتطيعنَّني يا معشر هوازن أو لأتَّكئنَّ على هذا السيف حتى يخرج من ظهري - وكره أن يكون لدريدٍ فيها ذِكرٌ أو رأيٌ - فقالوا: أطعناك. فقال دريدٌ: هذا يومٌ لم أشهده ولم يَفُتْني (٢) : [من مجزوء الرجز] يا ليتني فيها جَذَع … أخبُّ فيها وأضَعْ أقود وطْفاء الزَّمع … كأنها شاةٌ صَدَعْ ثم قال مالكٌ للناس: إذا رأيتموهم فاكسروا جفون سيوفكم، ثم شدُّوا شدة رجلٍ واحدٍ. قال ابن إسحاق (٣) : وحدَّثني أُمية بن عبد الله بن عمرو بن عثمان أنه حدِّث أن مالك بن عوفٍ بعث عيونًا من رجاله، فأتَوه وقد تفرَّقت أوصالهم، فقال: ويلكم، وما شأنكم؟ قالوا: رأينا رجالًا بيضًا على خيلٍ بُلقٍ، فوالله ما تماسكنا أن أصابنا ما ترى. فوالله ما ردَّه ذلك عن وجهه أن مضى على ما يريد. قال ابن إسحاق (٤) : ولما سمع بهم نبيُّ الله ﷺ بعث إليهم عبد الله بن أبي حدردٍ الأسلميَّ، وأمره أن يدخل في الناس فيقيم فيهم حتى يعلم علمهم، ثم يأتيه بخبرهم، فانطلق ابن أبي حدردٍ، فدخل فيهم
(١) أي: زجره. (٢) البيتان في "السيرة النبوية" (٢/ ٤٣٩) و"الروض الأنف" (٧/ ١٣٦) وانظر "معجم الشعراء من تاريخ دمشق" (٣/ ٧٠). (٣) انظر "السيرة النبوية" لابن هشام (٢/ ٤٣٩). (٤) انظر "السيرة النبوية" لابن هشام (٢/ ٤٣٩).

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