Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

« Tu mens : j’ai bel et bien tué l’assassin de mon père, mais toi, tu as tiré vengeance de ton oncle al-Fâkih ibn al-Mughîra. » Ainsi y eut-il de l’animosité entre eux. La nouvelle en parvint au Messager de Dieu ﷺ, qui déclara : « Doucement, ô Khâlid ! Laisse donc mes Compagnons ; par Dieu, si tu possédais autant d’or que la montagne d’Uḥud et que tu le dépenses dans la voie de Dieu, tu n’atteindrais pas la valeur d’une seule matinée, ni même d’une seule après-midi, d’un homme parmi mes Compagnons. »

Puis Ibn Isḥâq (1) rapporta l’histoire d’al-Fâkih ibn al-Mughîra ibn ‘Abd Allâh ibn ‘Umar ibn Makhzûm, l’oncle de Khâlid ibn al-Walîd, lorsqu’il partit, en compagnie de ‘Awf ibn ‘Abd ‘Awf (2) ibn ‘Abd al-Ḥârith ibn Zuhra, accompagné de son fils ‘Abd al-Raḥmân, et de ‘Affân ibn Abî al-‘Âṣ ibn Umayya ibn ‘Abd Shams, accompagné de son fils ‘Uthmân, pour un voyage commercial au Yémen. À leur retour, ils rapportèrent la fortune d’un homme de Banû Jadhîma mort au Yémen, afin de la remettre à ses héritiers. Un homme de ce clan, nommé Khâlid ibn Hishâm, la réclama et les aborda sur le territoire des Banû Jadhîma, avant qu’ils ne parviennent aux ayants droit. Ils refusèrent, et un combat s’engagea ; ‘Awf et al-Fâkih furent tués, et leurs biens confisqués. ‘Abd al-Raḥmân vengea son père en tuant Khâlid ibn Hishâm, puis ‘Affân s’enfuit avec son fils ‘Uthmân à la Mecque. C’est alors que Quraysh voulut attaquer Banû Jadhîma, mais ces derniers envoyèrent des émissaires pour s’excuser, expliquant que l’attaque n’avait pas été approuvée par tous. Ils payèrent le prix du sang pour les deux victimes et rendirent leurs biens, mettant fin aux hostilités.

C’est pour cela que Khâlid ibn al-Walîd dit à ‘Abd al-Raḥmân : « J’ai seulement vengé ton père », c’est-à-dire le jour où Banû Jadhîma l’avaient tué. ‘Abd al-Raḥmân répondit qu’il avait déjà pris sa revanche en tuant son meurtrier, et il rétorqua à Khâlid qu’il ne faisait que venger son oncle al-Fâkih ibn al-Mughîra, lorsque celui-ci fut tué et ses biens confisqués. Selon toute vraisemblance, ni l’un ni l’autre n’avait réellement cette intention ; de telles paroles s’échangent dans la dispute. En vérité, Khâlid ibn al-Walîd recherchait le triomphe de l’Islam et de ses partisans, bien qu’il ait commis une erreur : il crut que cette tribu s’en prenait à l’Islam en disant « Ṣaba’nâ ! Ṣaba’nâ ! » (pour signifier qu’ils abandonnaient leur ancienne religion), sans comprendre qu’ils s’étaient bel et bien convertis. Il tua alors beaucoup d’entre eux, captura les autres et exécuta la majorité des captifs. Malgré cela, le Messager de Dieu ﷺ ne le démit pas de ses fonctions et le maintint en tant qu’émir, tout en se désavouant de son acte. Il indemnisa les dommages commis par erreur sur les personnes et les biens, ce qui constitue la preuve d’un des avis des savants selon lequel, quand l’imam commet une faute, c’est au trésor public (bayt al-mâl) d’en assumer la responsabilité, non au responsable lui-même (Dieu est plus savant). De la même manière, le Ṣiddîq (Abû Bakr) ne le destitua pas non plus lorsqu’il tua Mâlik ibn Nuwayra à l’époque de l’apostasie, ayant interprété la situation à sa façon : il le fit décapiter et prit pour épouse sa femme Umm Tamîm. Alors ‘Umar ibn al-Khaṭṭâb insista : « Révoque-le donc, car son épée est prompte à verser le sang. » Mais le Ṣiddîq lui répondit : « Je ne rengainerai pas une épée que Dieu a tirée contre les polythéistes » (3).

Ibn Isḥâq (4) dit encore : « Ya‘qûb ibn ‘Utba ibn al-Mughîra ibn al-Akhnas m’a rapporté, selon al-Zuhrî, selon Ibn Abî… »

(1) Voir "La Sîra du Prophète" d'Ibn Hichâm (2/431). (2) Imprimé dans "La Sîra du Prophète" d'Ibn Hichâm que je tiens, ainsi que dans "Al-Rawd al-Anf" (7/129) : "ʿAwf ibn ʿAbd Manâf", ce qui est une erreur, la bonne lecture est celle de notre livre ici. Voir aussi "Jamhara Ansâb al-ʿArab" d'Ibn Hazm, p. 131. (3) Pour une information complète, se référer à ce qu'Ibn ʿImâd al-Ḥanbalî a mentionné dans cette histoire dans "Shudhūrāt adh-Dhahab" (1/135-136) selon mon édition critique. (4) Voir "La Sîra du Prophète" d'Ibn Hichâm (2/433).
كذبتَ، قد قتلت قاتل أبي، ولكنك ثأرتَ بعمِّك الفاكه بن المغيرة. حتى كان بينهما شرٌّ، فبلغ ذلك رسولَ الله ﷺ فقال: "مهلًا يا خالد، دع عنك أصحابي، فوالله لو كان لك أُحُدٌ ذهبًا ثم أنفقتَه في سبيل الله، ما أدركتَ غَدوة رجل من أصحابي ولا رَوحتَه" . ثم ذكر ابن إسحاق (١) قصة الفَاكِه بن المغيرة بن عبد الله بن عمر بن مخزوم، عمِّ خالد بن الوليد، في خروجه هو وعوف بن عبد عوف (٢) بن عبد الحارث بن زُهرة، ومعه ابنه عبد الرحمن، وعَفَّان بن أبي العاص بن أمية بن عبد شمس، ومعه ابنه عثمان في تجارة إلى اليمن، ورجوعهم، ومعهم مال لرجل من بني جذيمة كان هلك باليمن، فحملوه إلى ورثته، فادَّعاه رجل منهم يقال له: خالد بن هشام. ولقيهم بأرض بني جذيمة فطلبه منهم قبل أن يصلوا إلى أهل الميِّت، فأبوا عليه، فقاتلهم فقاتلوه، حتى قتل عَوف والفاكه وأخذت أموالهما، وقتل عبد الرحمن قاتل أبيه خالد بن هشام، وفرَّ منهم عفَّان ومعه ابنه عثمان إلى مكة، فهمَّت قريش بغزو بني جَذيمة، فبعثت بنو جَذيمة يعتذرون إليهم بأنه لم يكن عن ملأ منهم، وودَوا لهم القتيلين وأموالهما، ووضعوا الحرب بينهم. يعني فلهذا قال خالد بن الوليد لعبد الرحمن: إنما ثأرتُ بأبيك. يعني حين قتلته بنو جَذيمة، فأجابه بانه قد أخذ ثأره وقتل قاتله، وردَّ عليه بانه إنما ثأر بعمِّه الفاكه بن المغيرة حين قتلوه وأخذوا أمواله، والمظنون بكل منهما أنه لم يقصد شيئًا من ذلك، وإنما يُقال هذا في وقت المخاصمة، فإنما أراد خالد بن الوليد نُصرة الإسلام وأهله، وإن كان قد أخطأ في أمر، واعتقد أنهم ينتقصون الإسلام بقولهم: صبأنا صبأنا. ولم يفهم عنهم أنهم أسلموا، فقتل طائفة كثيرة منهم وأسر بقيَّتهم، وقتل أكثر الأسرى أيضًا، ومع هذا لم يعزله رسول الله ﷺ ، بل استمرَّ به أميرًا، وإن كان قد تبرَّأ منه في صنيعه ذلك، وودَى ما كان جناه خطأ في دمٍ أو مالٍ، ففيه دليلٌ لأحد القولين بين العلماء في أن خطأ الإمام يكون في بيت المال لا في ماله، والله أعلم، ولهذا لم يعزله الصِّدِّيق حين قتل مالك بن نُوَيْرَة أيام الرِّدَّة، وتأوَّل عليه ما تأوَّل حين ضرب عنقه واصطفى امرأته أمَّ تميم، فقال له عمر بن الخطاب: اعزله؛ فإن في سيفه رهقا. فقال الصديق: لا أغمد سيفًا سلَّه الله على المشركين (٣) . وقال ابن إسحاق (٤) : حدَّثني يعقوب بن عتبة بن المغيرة بن الأخنس، عن الزهريِّ، عن ابن أبي
(١) انظر "السيرة النبوية" لابن هشام (٢/ ٤٣١). (٢) مطبوع في "السيرة النبوية" لابن هشام الذي بين يدي و"الروض الأنف" (٧/ ١٢٩): "وعوف بن عبد مناف" وهو خطأ، والصواب ما في كتابنا هنا. وانظر "جمهرة أنساب العرب" لابن حزم ص (١٣١). (٣) لتمام الفائدة راجع ما ذكره ابن العماد الحنبلي في هذه القصة في "شذرات الذهب" (١/ ١٣٥ - ١٣٦) بتحقيقي. (٤) انظر "السيرة النبوية" لابن هشام (٢/ ٤٣٣).

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