Nous lui adressons le blâme si nous en ressentons quelque affliction, quand il ne reste qu’un fond ou de l’écorce. Puis nous la buvons, et elle nous élève au rang de rois, tels des lions que la rencontre avec l’ennemi ne saurait faire reculer.
Puissions-nous être privés de nos chevaux si vous ne les voyez pas soulever la poussière, leur rendez-vous étant Kadaa. Elles s’opposent aux rênes, attentives, tandis que sur leurs épaules reposent des lances avides. Nos montures continuent de galoper, et les femmes les encouragent en les frappant de leurs voiles.
Si vous vous détournez de nous, nous accomplirons la ‘Umra, et viendra alors la conquête, les voiles tombant au grand jour. Sinon, armez-vous de patience pour un jour de combat où Dieu élève qui Il veut. Parmi nous se tient Gabriel, messager de Dieu, et l’Esprit Saint ne connaît point d’égal.
Et Dieu a dit : « J’ai envoyé Mon serviteur, il proclame la vérité, s’il est profitable que l’épreuve subsiste. » J’en ai témoigné, alors levez-vous et accréditez-le. Mais vous avez répondu : « Nous ne nous lèverons pas et ne le souhaitons pas. » Et Dieu a dit encore : « J’ai fait partir une armée, ce sont les Auxiliaires (Ansâr), prêts à se confronter à l’ennemi. »
Chaque jour, issus de Ma‘add, nous voyons des querelles, des combats ou des satires. Nous réglons le compte de ceux qui nous attaquent par la poésie, et frappons quand les sangs se mêlent. Annonce donc, de ma part, à Abou Sufyân, un message explicite : l’heure n’est plus au secret.
Sache que nos sabres t’ont réduit à l’état de serviteur, et qu’Abd al-Dâr en est arrivé à ce que ses maîtres soient ses captives. Tu as offensé Muhammad, alors je t’ai répondu en ses lieux et places – et Dieu réservera la récompense à cet acte. Peux-tu donc l’injurier, toi qui n’es pas son pareil ? Le pire d’entre vous est bien peu face au meilleur d’entre vous.
Tu as raillé celui qui est béni, juste et droit, le dépositaire de Dieu, dont la loyauté est le gage. Celui qui insulte parmi vous le Messager de Dieu est-il semblable à celui qui le loue et le soutient ? Car, en vérité, mon père et son père, ainsi que mon honneur, se dédient à protéger l’honneur de Muhammad contre vous. Ma langue est un glaive exempt de tout défaut, et mon océan ne sera pas troublé par quelque seau qu’on y puiserait.
Ibn Hichâm déclare : « Hassân prononça ces vers avant la conquête. » Je (l’auteur) dis : cette remarque se justifie, car certains passages du poème l’indiquent clairement. L’Abou Sufyân mentionné est Abou Sufyân ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib.
Ibn Hichâm rapporte également (d’après le témoignage qui lui parvint de l’imam az-Zouhrî) que lorsque le Messager de Dieu (paix et bénédiction sur lui) vit les femmes inciter les chevaux en les frappant de leurs voiles, il sourit à Abou Bakr (que Dieu l’agrée).