D’après Ibn Jurayj, ‘Abd al-Karîm — à savoir Ibn Mâlik al-Jazarî — m’a rapporté, d’après ‘Ikrima, d’après Ibn ‘Abbâs, un récit similaire ou approchant. Abû Hurayra l’a également transmis du Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui). Al-Bukhârî est le seul à l’avoir relaté selon la première voie, qui est interrompue (mursal), ainsi que selon la seconde.
C’est à partir de ce hadith et d’autres du même genre que certains ont déduit que La Mecque fut conquise de force (ʿanwatan), en raison de l’affrontement qui eut lieu à al-Khandama, comme mentionné plus haut, où périrent près de vingt personnes, tant musulmans que polythéistes. Cela soutient clairement cette thèse, laquelle est l’avis de la majorité des savants. Cependant, selon l’opinion la plus connue de l’imâm Ash-Shâfi‘î, elle aurait été soumise par un traité de paix, du fait qu’elle ne fut pas divisée, et en raison de la parole du Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) dans la nuit de la conquête : « Que celui qui entre dans la demeure d’Abû Sufyân soit en sécurité, que celui qui pénètre dans le sanctuaire (al-ḥaram) soit en sécurité, et que celui qui ferme sa porte soit en sécurité. » L’examen détaillé de cette question est développé dans le Kitâb al-Aḥkâm al-Kabîr, si Dieu le veut.
Al-Bukhârî rapporte (3) : « Sa‘îd ibn Sharhabîl nous a informés ; il tenait ses informations d’al-Layth, d’après al-Maqburî, d’après Abû Shurayḥ al-‘Adawî, qui déclara à ‘Amr ibn Sa‘îd, alors qu’il dépêchait des troupes vers La Mecque : “Permets-moi, ô émir, de te faire part d’une déclaration que le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) prononça au matin du jour qui suivit la conquête. Mes oreilles l’ont entendu, mon cœur l’a retenue et mes yeux l’ont vue lorsqu’il la prononça. Il loua Dieu et Le glorifia, puis il dit : ‘En vérité, c’est Dieu qui a consacré La Mecque, et non les hommes. Il n’est pas permis à celui qui croit en Dieu et au Jour dernier d’y verser le sang ni d’y abattre un arbre. Si quiconque s’appuie sur l’autorisation de combattre que reçut le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui), répondez-lui : Dieu l’a permise à Son Messager mais non à vous. En vérité, Il ne me l’a autorisée qu’une heure d’un jour. Aujourd’hui, elle retrouve sa sacralité comme elle l’était hier. Que celui qui est présent transmette ce message à celui qui est absent.’” Il fut demandé à Abû Shurayḥ : “Que t’a dit ‘Amr ?” Il répondit : “Il m’a dit : ‘Je le sais mieux que toi, ô Abû Shurayḥ. Le sanctuaire ne sert pas de refuge au pécheur, ni à celui qui fuit après un meurtre ou après avoir commis un acte criminel.’” » Al-Bukhârî et Muslim (4) rapportent également, selon Qutayba d’après al-Layth ibn Sa‘d, un récit similaire.
Ibn Isḥâq (5) mentionne qu’un homme du nom d’Ibn al-Athwa‘ avait tué, durant l’époque préislamique, un homme de la tribu de Khuza‘a appelé Aḥmar Ba’san. Puis, le jour de la conquête de La Mecque, les membres de Khuza‘a tuèrent Ibn al-Athwa‘ dans la ville même. C’est Kharrâsh ibn Umayya qui le frappa. Le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) déclara alors : « Ô gens de Khuza‘a, cessez de tuer ! Le carnage est déjà trop important, si tant est qu’il serve à quelque chose. Vous avez tué un homme ; je m’engage à le dédommager. »