Je le retins. Il raconta : « Les tribus défilèrent sous leurs drapeaux, et chaque fois qu’une tribu passait, Abou Soufyân disait : “Ô ‘Abbâs, qui sont ceux-là ?” Je répondais : “Ce sont les Banû Sulaym.” Il répliquait : “Qu’ai-je à faire avec Sulaym ?” Puis une autre tribu passait, et il disait : “Ô ‘Abbâs, qui sont ceux-ci ?” Je répondais : “Ce sont les Banû Muzayna.” Il répliquait : “Qu’ai-je à faire avec Muzayna ?” Et ainsi de suite pour toutes les tribus : chaque fois qu’une tribu passait, il m’interrogeait, et lorsque je le renseignais, il répétait : “Qu’ai-je à faire avec telle ou telle tribu ?” Jusqu’à ce que le Messager de Dieu (ﷺ) arrive à la tête de sa “katîba khadrâ’” (la phalange verte), composée des Mouhâjirûn et des Ançâr. On ne distinguait d’eux que le scintillement du fer autour de leurs yeux. Abou Soufyân s’écria alors : “Gloire à Dieu ! Ô ‘Abbâs, qui sont ceux-là ?” Je répondis : “C’est le Messager de Dieu (ﷺ) parmi les Mouhâjirûn et les Ançâr.” Il dit : “Personne n’a le pouvoir de leur résister. Par Dieu, ô Abou l-Fadl, la royauté de ton neveu est devenue grande ce matin !” Je répliquai : “Ô Abou Soufyân, c’est la prophétie.” Il déclara : “Eh bien, soit !” Je repris : “Hâte-toi de rejoindre ton peuple.” »
Lorsqu’il arriva auprès des siens, il cria de toute sa force : « Ô gens de Quraych ! Voici Mouhammad qui vient à vous avec des forces auxquelles vous ne pouvez résister ! Que celui qui entre dans la maison d’Abou Soufyân soit en sécurité. » Hind bint ‘Utba se dirigea vers lui, saisit ses moustaches et s’écria : « Tuez donc ce gros vaniteux, cet entêté aveuglé par la graisse ! Que cette sentinelle de son peuple soit blâmée ! » Abou Soufyân de dire : « Malheur à vous ! Ne vous laissez pas abuser par elle ! Il est venu à vous quelque chose qui dépasse vos moyens. Que celui qui entre dans la maison d’Abou Soufyân soit à l’abri. » On lui répondit : « Que Dieu te détruise ! À quoi nous sert ta maison ? » Il répliqua : « Celui qui fermera sa porte sera en sécurité, et celui qui entrera dans la Mosquée sera en sécurité. » Alors les gens se dispersèrent, allant vers leurs demeures ou vers la Mosquée.
‘Urwa ibn az-Zubayr raconta que, lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) passa devant Abou Soufyân, ce dernier lui dit : « Je vois beaucoup de visages inconnus — ils se sont démultipliés. » Le Messager de Dieu (ﷺ) répondit : « Foi de toi et de ton peuple ! Ce sont eux qui m’ont cru lorsque vous m’avez traité de menteur, et ils m’ont soutenu lorsque vous m’avez expulsé. » Puis Abou Soufyân se plaignit au Prophète (ﷺ) des propos de Sa`d ibn ‘Ubâda, lequel, en passant devant lui, avait lancé : « Ô Abou Soufyân, aujourd’hui est jour de combat sans merci ; aujourd’hui, on lèvera toute interdiction sacrée. » Le Messager de Dieu (ﷺ) dit alors : « Sa`d a menti ; c’est au contraire un jour où Dieu magnifie la Ka‘ba, un jour où la Ka‘ba sera revêtue d’un nouveau voile. »
‘Urwa précisa que, ce matin-là, lorsque Abou Soufyân se réveilla chez al-‘Abbâs et vit les gens se hâter vers la prière et s’affairer aux ablutions, il prit peur et demanda à al-‘Abbâs : « Que leur arrive-t-il ? » Il répondit : « Ils ont entendu l’appel à la prière et se préparent à prier. » Quand l’heure de la prière survint, qu’il les vit s’incliner à l’inclination de celui qui dirigeait la prière, puis se prosterner à sa prosternation, il s’exclama : « Ô ‘Abbâs, tout ce qu’il leur ordonne, ils l’exécutent ! » Il lui répondit : « Oui, par Dieu, s’il leur enjoignait de s’abstenir de nourriture et de boisson, ils obéiraient. »
Mûsâ ibn ‘Uqba, rapportant d’après az-Zouhrî (1), relate que lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) fit ses ablutions, les gens recueillirent l’eau qui s’en écoulait. Abou Soufyân s’écria alors : « Ô ‘Abbâs, je n’ai jamais rien vu de pareil, ni chez le roi de Perse ni chez l’empereur byzantin. »
Le hâfidh al-Bayhaqî (2) rapporta, d’après al-Hâkim et d’autres, citant al-Açamm, lui-même rapportant d’Ahmad ibn ‘Abd al-Jabbâr, d’après … »