Al-‘Abbâs a dit : « Puis ‘Umar sortit à grandes enjambées en direction du Messager d’Allah (ﷺ). Je fis avancer la mule et le devançai, comme une monture lente peut devancer un homme lent. Je mis alors pied à terre et entrai auprès du Messager d’Allah (ﷺ). ‘Umar entra également et s’écria : “Ô Messager d’Allah, voici Abû Sufyân ! Allah nous l’a livré sans pacte ni traité : laisse-moi donc lui trancher la tête.” Je dis : “Ô Messager d’Allah, je l’ai déjà placé sous ma protection.” Puis je m’assis près du Messager d’Allah (ﷺ), pris sa tête dans mes mains et déclarai : “Par Allah, personne ne lui parlera cette nuit avant moi.” Mais ‘Umar insista au sujet d’Abû Sufyân. Je lui dis : “Patience, ‘Umar. Par Allah, si cet homme appartenait aux Banû ‘Adî ibn Ka‘b, tu n’aurais pas réagi ainsi. Or tu sais parfaitement qu’il fait partie des Banû ‘Abd Manâf.” Il répliqua : “Doucement, ô al-‘Abbâs. Par Allah, le jour où tu as embrassé l’islam, cela m’a été plus précieux que si c’était mon propre père, al-Khattâb, qui s’était converti. Ce n’est rien d’autre que la certitude que ton islam était plus cher au Messager d’Allah (ﷺ) que ne l’aurait été celui d’al-Khattâb.” Alors le Messager d’Allah (ﷺ) dit : “Emmène-le dans ta tente, ô al-‘Abbâs, et reviens avec lui demain matin.”
J’emmenai donc Abû Sufyân et il passa la nuit chez moi. À l’aube, je le conduisis auprès du Messager d’Allah (ﷺ). Lorsque le Prophète (ﷺ) l’aperçut, il dit : “Malheur à toi, Abû Sufyân ! N’est-il pas temps de reconnaître qu’il n’y a pas d’autre divinité qu’Allah ?” Abû Sufyân répondit : “Puisse-je être sacrifié pour toi, ô Messager d’Allah ! Que tu es clément, noble et bienveillant ! Par Allah, j’ai pensé que, s’il y avait une autre divinité auprès d’Allah, elle m’aurait déjà secouru.” Le Prophète (ﷺ) poursuivit : “Malheur à toi, Abû Sufyân ! N’est-il pas temps de reconnaître que je suis le Messager d’Allah ?” Il répondit : “Puisse-je être sacrifié pour toi ! Que tu es clément, noble et bienveillant ! Mais à vrai dire, j’éprouve encore quelque réserve sur ce point.” Al-‘Abbâs lui intima : “Malheur à toi ! Deviens musulman et atteste qu’il n’y a pas d’autre divinité qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah, avant que l’on ne te tranche la tête.” Abû Sufyân prononça alors la profession de foi et embrassa l’islam.
Al-‘Abbâs raconta : “Je dis : ‘Ô Messager d’Allah, Abû Sufyân est un homme qui aime l’honneur et la fierté. Accorde-lui donc quelque distinction.’ Il répondit : ‘Oui. Quiconque entre dans la maison d’Abû Sufyân sera en sécurité ; quiconque referme sa porte sur lui-même sera en sécurité ; et quiconque entre dans la mosquée sera en sécurité.’” (Selon une autre version, le Prophète (ﷺ) aurait ajouté : “Et quiconque entre dans la maison de Hakîm ibn Hizâm sera en sécurité.”)
Alors qu’Abû Sufyân s’en allait, le Messager d’Allah (ﷺ) ordonna : “Ô al-‘Abbâs, arrête-le dans l’étroit défilé près du flanc de la montagne pour qu’il voie défiler les armées d’Allah.” (Il est rapporté qu’Abû Sufyân, Budayl et Hakîm ibn Hizâm se tenaient avec al-‘Abbâs dans ce passage. Il est aussi relaté que lorsque Sa‘d déclara à Abû Sufyân : “Aujourd’hui est un jour de combat où tout sera permis”, Abû Sufyân s’en plaignit auprès du Prophète (ﷺ) qui retira l’étendard des Ansârs à Sa‘d pour le confier à az-Zubayr ibn al-‘Awwâm. Ce dernier pénétra dans la ville depuis ses hauteurs et y planta l’étendard à al-Hajûn, tandis que Khâlid entra par le bas de La Mecque et rencontra les Banû Bakr et Hudhayl. Il tua vingt hommes parmi les Banû Bakr et trois ou quatre hommes parmi Hudhayl. Ils s’enfuirent, mais furent pourchassés et abattus à al-Hazwara, jusqu’aux abords de la mosquée.)
Al-‘Abbâs a conclu : “Je partis avec Abû Sufyân et le retins dans l’étroit défilé où le Messager d’Allah (ﷺ) avait ordonné que je l’arrête.””