L’Akhzar ibn Luʿṭ ad-Duʾalî déclara à ce sujet (1) dans une pièce composée sur le mètre « aṭ-Ṭawîl » :
« N’est-il pas parvenu jusqu’aux confins des Ḥabîsh que nous
Avons repoussé Banû Kaʿb avec un trait émoussé ?
Nous les avons retenus dans la demeure de l’esclave Râfiʿ ;
Chez Budayl, nous leur avons imposé un enfermement vain.
Dans la demeure de l’humiliation qui subit la contrainte
Après que nous avons apaisé nos âmes en les combattant.
Nous les avons tenus captifs jusqu’à ce que leur journée s’allonge ;
Puis, de chaque ravin, nous leur avons envoyé une averse (de traits).
Nous les abattions comme on égorge les boucs, comme si nous étions
Des lions qui s’éreintent à leur briser la nuque.
Ce sont eux qui nous ont lésés et furent agressifs dans leur marche,
Les premiers à tuer près des stèles sacrées.
On eût dit, au fond du torrent quand ils les poursuivaient,
Le flanc d’un taureau, cerné par des autruches en débandade. »
On raconte que Budayl ibn ʿAbd Manâh ibn Salama ibn ʿAmr ibn al-Ajab — que l’on appelait aussi Budayl ibn Umm Aṣram — lui répondit :
« (En mètre aṭ-Ṭawîl)
Un groupe s’est ligué pour se vanter ; or nous ne leur avons
Laissé aucun chef qui puisse les secourir sans y gagner.
Est-ce par crainte de ce peuple que vous méprisez
Que l’on franchit le Wâtîr en tremblant, sans retour ?
Chaque jour, nous nous acquittons du prix du rachat pour nos alliés,
Mais nul n’acquitte de rançon pour nous, dans nos forteresses.
C’est nous qui, dès l’aube, avons surpris votre demeure dans la vallée
Avec nos épées, plus promptes que les reproches des censeurs.
C’est nous qui avons défendu, entre chamelles blanches et noires,
Jusqu’au versant de Radwâ, les routes empruntées par les assaillants.
Et le jour d’al-Ghamîm, l’homme nommé ʿAbîs s’en est tenu à distance ;
Nous l’avons privé de tout, comme s’il était battu par une peau de chameau robuste.
Est-ce parce qu’une des vôtres a fait fumer l’encens sous son toit
Avec son brasero, que vous bondissez si nous ne combattons pas ?
Par la Maison de Dieu, vous mentez ! Vous n’avez tué personne !
Mais nous avons laissé votre affaire se perdre dans le désordre. »
Ibn Isḥâq (2) rapporte : « ʿAbd Allâh ibn Abî Salama m’a informé que le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) a dit : “C’est comme si je vous voyais Abû Sufyân venir à vous pour consolider le pacte et prolonger sa durée.” »
Ibn Isḥâq (3) poursuit : « Puis Budayl ibn Warqâʾ se mit en route avec quelques hommes issus de Khuzaʿa, jusqu’à ce qu’ils parviennent auprès du Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) et l’informent de ce qui leur est arrivé, ainsi que de l’alliance de Quraysh avec Banû Bakr contre eux. Ils repartirent ensuite, et croisèrent Abû Sufyân à ʿAsfân. Quraysh l’avait envoyé au Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) pour resserrer le pacte et prolonger sa durée, parce qu’ils redoutaient leurs propres agissements.
Lorsque Abû Sufyân rencontra Budayl, il lui dit : “D’où viens-tu, Budayl ?”, pensant qu’il venait de chez le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui). Budayl répondit : “J’ai voyagé dans…” »