L’homme qui leur sacrifia les bêtes fut Qays ibn Saʿd ibn ʿUbāda – qu’Allah l’agrée.
L’hafiz al-Bayhaqī (1) a rapporté : « Abū ʿAbd Allāh al-Hāfiẓ nous a informés, Abū Bakr ibn Isḥāq nous a rapporté, Ismāʿīl ibn Qutayba nous a rapporté, Yaḥyā ibn Yaḥyā nous a rapporté, Abū Khaythama (Zuhayr ibn Muʿāwiya) – d’après Abū al-Zubayr – d’après Jābir – qui a dit :
“Le Messager d’Allah — paix et bénédiction sur lui — nous envoya en expédition et nous plaça sous le commandement d’Abū ʿUbayda afin d’intercepter une caravane (ʿīr) de Quraysh. Il nous fournit un simple sac (2) de dattes, n’ayant rien d’autre à nous donner. Abū ʿUbayda nous distribuait alors une datte à la fois. J’ai demandé : ‘Que faisiez-vous d’une seule datte ?’ Jābir répondit : ‘Nous la suçions comme un enfant suce son aliment, puis nous buvions de l’eau par-dessus, et cela nous suffisait jusqu’au soir. Nous frappions aussi les feuilles mortes (al-khabat) de nos bâtons, puis nous les humidifiions avec de l’eau pour les manger.’”
Jābir poursuit : “Nous parvînmes alors jusqu’au rivage de la mer ; là, quelque chose se dressa devant nous, semblable à une grande dune. Nous nous en approchâmes et vîmes une bête marine appelée al-ʿanbar. Abū ʿUbayda déclara d’abord que sa consommation était interdite (car c’était une charogne), puis il dit : ‘Nous sommes pourtant des envoyés du Messager d’Allah — paix et bénédiction sur lui —, dans la voie d’Allah, et vous êtes contraints par la nécessité : mangez-en.’”
“Nous sommes alors restés autour de cette bête pendant un mois, alors que nous étions trois cents hommes, et nous avons tous repris des forces. Nous prélevions même, à l’aide de cruches, un liquide huileux s’écoulant de son orbite. Nous découpions des parts de viande (fidar) de la taille d’un taureau ou approchant cette grandeur. Abū ʿUbayda fit asseoir treize d’entre nous dans l’orbite de son œil, et il prit l’une de ses côtes, la dressa, puis il fit passer en dessous le plus imposant de nos chameaux sellés, et il put avancer sans peine. Nous fîmes provision de viande séchée (washaʾiq) avant de repartir. Lorsque nous arrivâmes à Médine, nous présentâmes l’affaire au Messager d’Allah — paix et bénédiction sur lui — et il nous dit : ‘C’est une subsistance qu’Allah vous a accordée. Avez-vous pris de sa chair pour m’en faire goûter ?’ Nous en envoyâmes donc au Messager d’Allah — paix et bénédiction sur lui — et il en mangea.”
Ce récit est également rapporté par Muslim, via Yaḥyā ibn Yaḥyā et Aḥmad ibn Yūnus, et par Abū Dāwūd d’après al-Nufaylī, tous transmettant de Abū Khaythama (Zuhayr ibn Muʿāwiya al-Juʿfī, originaire de Kufa) — d’après Abū al-Zubayr Muḥammad ibn Muslim ibn Tadrus al-Makkī — d’après Jābir ibn ʿAbd Allāh al-Anṣārī, (à ce sujet).
J’ai dit : Il ressort de [la plupart] de ces versions que cette expédition eut lieu avant la trêve (ṣulḥ) de al-Ḥudaybiyya. Toutefois, nous la mentionnons ici à la suite de l’hafiz al-Bayhaqī — qu’Allah lui fasse miséricorde — car il l’a placée, dans son ouvrage, après la bataille de Muʾta et avant l’expédition de la Conquête. Allah sait mieux.
Al-Bukhārī (3) a ensuite mentionné, après la Ghazwa (expédition) de Muʾta, la sarīyya (expédition) d’Usāma ibn Zayd contre les Banū Ḥuraqāt (4) de la tribu de Juhayna. Il a rapporté : « ʿAmr ibn Muḥammad nous a raconté, Hushaym nous a transmis, Ḥuṣayn ibn Jundub nous a rapporté, Abū Ẓabiyān a dit : ‘J’ai entendu Usāma ibn Zayd dire : Le Messager d’Allah — paix et bénédiction sur lui — nous envoya contre les Ḥuraqa. Nous les surprîmes à l’aube et les mîmes en déroute. Moi et un homme des Anṣār, nous poursuivîmes l’un d’eux. Quand nous l’encerclâmes, il prononça : “Lā ilāha illā Allāh (Il n’est de dieu que Dieu).” L’Anṣār s’abstint, mais je le transperçai de ma lance et le tuai.’”
“Quand nous rentrâmes, la nouvelle parvint au Prophète — paix et bénédiction sur lui — qui me questionna : ‘Ô Usāma, l’as-tu tué alors qu’il disait : Lā ilāha illā Allāh ?’ Je répondis : ‘Il ne faisait que s’en prévaloir (pour sauver sa vie).’ Le Prophète — paix et bénédiction sur lui — ne cessa de répéter son reproche, si bien que je souhaitais n’avoir jamais embrassé l’islam avant ce jour-là.”
Ce ḥadith et l’analyse qui l’accompagne ont déjà été évoqués dans un passage précédent.