Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Badhan (ou Bādhān) reçut l’ordre d’envoyer deux hommes solides depuis le Hedjaz afin qu’ils amènent le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) auprès de Kisrâ. Il dépêcha donc son majordome – un scribe et comptable en écriture persane – accompagné d’un Perse nommé Khurkhara. Il leur remit une lettre destinée au Messager de Dieu ﷺ, l’invitant à se rendre auprès de Kisrâ, puis il dit à Bâdhawih : « Rends-toi dans le pays de cet homme, parle-lui et rapporte-m’en des nouvelles. »

Ils se mirent en route et parvinrent à Tâ’if, où ils rencontrèrent un Qurayshite installé là. Interrogé sur le Prophète, celui-ci leur répondit : « Il se trouve à Médine. » Les gens de Tâ’if, tout comme les Quraysh, s’enthousiasmèrent de l’arrivée de ces deux émissaires et se dirent entre eux : « Réjouissez-vous : voilà que Kisrâ, le Roi des rois, s’est chargé de lui ! Vous voilà débarrassés de cet homme. »

Une fois arrivés auprès du Messager de Dieu ﷺ, Bâdhawih lui parla en ces termes : « Shahanshah, le Roi des rois (Kisrâ), a écrit au souverain Badhan pour qu’il t’envoie quelqu’un qui te conduira à lui. Badhan m’a donc envoyé pour que tu partes avec moi : si tu obéis, il écrira pour toi au Roi des rois, ce qui te profitera et le dissuadera de s’en prendre à toi. Mais si tu refuses, tu sais ce qu’il adviendra : il causera ta perte, celle de ton peuple et la dévastation de ton pays. »

Lorsque ces deux hommes s’approchèrent du Prophète ﷺ, ils avaient rasé leurs barbes tout en gardant leurs moustaches longues. Le Prophète ﷺ, dégoûté par leur apparence, leur dit : « Malheur à vous ! Qui vous a ordonné de faire cela ? » Ils répondirent : « C’est l’ordre de notre maître », évoquant Kisrâ. Le Prophète ﷺ dit : « Quant à moi, mon Seigneur m’a ordonné de laisser pousser ma barbe et de tailler ma moustache. » Puis il ajouta : « Retournez, et revenez me voir demain. »

Cette nuit-là, la révélation céleste parvint au Prophète ﷺ lui annonçant que Dieu avait donné à Shîrouyah, le fils de Kisrâ, le pouvoir de tuer son père à telle date, et ce pendant la nuit. Le lendemain, il fit appeler les deux envoyés et leur annonça la nouvelle. Ils répliquèrent : « Sais-tu ce que tu dis ? Nous avions déjà relevé chez toi des propos moins graves que ceux-ci ! Nous allons rapporter tes paroles au roi Badhan. » Le Prophète ﷺ répondit : « Oui, faites-lui part de cela de ma part. Et dites-lui aussi : “Ma religion et mon pouvoir s’étendront aussi loin que le royaume de Kisrâ, atteignant toute terre foulée par les sabots et les pas des cavaliers. Si tu embrasses l’islam, je te maintiendrai à la tête de ce qui est sous ta domination, et je te confierai l’autorité sur ton peuple parmi les fils de Perse.” »

Le Prophète ﷺ remit ensuite à Khurkhara une ceinture ornée d’or et d’argent, un présent qu’il avait reçu d’un autre roi. Les deux hommes prirent alors congé et retournèrent auprès de Badhan pour lui rapporter les paroles du Prophète ﷺ. Badhan déclara : « Par Dieu, ce discours ne ressemble pas à celui d’un simple roi. Je crois que cet homme est réellement un Prophète, comme il le prétend, et que ce qu’il a annoncé va sûrement se réaliser. S’il dit la vérité, c’est qu’il est un envoyé de Dieu ; sinon, nous aviserons de la conduite à tenir à son égard. »

Peu après, un courrier de Shîrouyah arriva à Badhan. Il disait : « J’ai tué Kisrâ pour venger la Perse de ce qu’il avait commis à l’encontre de ses notables et de la manière dont il les avait sacrifiés sur les frontières. À présent, lorsque cette lettre t’atteindra, assure ma prise de pouvoir auprès de ceux qui sont sous ton autorité. Quant à l’homme à propos duquel Kisrâ t’avait écrit, laisse-le tranquille en attendant que je te fasse part de mes ordres à son sujet. »

Après avoir lu cette lettre, Badhan s’exclama : « Cet homme (le Prophète) est bel et bien un Messager. » Il se convertit alors à l’islam, et de même, parmi les Perses établis au Yémen (les Abnâ’), ceux qui s’y trouvaient embrassèrent l’islam. Bâdhawih dit un jour à Badhan : « Je n’ai jamais rencontré quelqu’un devant qui j’aie ressenti autant de crainte. » Badhan lui demanda : « Était-il accompagné de gardes ? » Il répondit : « Non. »

Selon al-Wâqidî (1) – que Dieu lui fasse miséricorde –, Kisrâ fut assassiné par son fils Shîrouyah dans la nuit du mardi, alors que dix nuits de Jumâdâ al-Ûlâ de la septième année de l’Hégire s’étaient écoulées, six heures après le début de cette nuit.

(1) Voir « Histoire de Ṭabarī », vol. 2, p. 656.
بالحجاز رجلين من عندك جَلدين فليأتياني به. فبعث باذام قهرمانه، وكان كاتبًا حاسبًا بكتاب فارس، وبعث معه رجلًا من الفرس يقال له: خُرخرة. وكتب معهما إلى رسول الله ﷺ يأمره أن ينصرف معهما إلى كسرى، وقال لأباذويه: ائت بلاد هذا الرجل وكلِّمه وأتني بخبره. فخرجا حتى قدما الطائف، فوجدا رجلًا من قريش في أرض الطائف، فسألوه عنه فقال: هو بالمدينة. واستبشر أهل الطائف - يعني وقريش بهما - وفرحوا، وقال بعضهم لبعض: أبشروا، فقد نصِب له كسرى ملك الملوك، كفيتم الرجل. فخرجا حتى قدما على رسول الله ﷺ ، فكلَّمه أباذويه فقال: شاهنشاه ملك الملوك [كسرى] قد كتب إلى الملك باذام يأمره أن يبعث إليك من يأتيه بك، وقد بعثني إليك لتنطلق معي، فإن فعلت كتب لك إلى ملك الملوك ينفعك ويكفه عنك، وإن أبيت فهو من قد علمت، فهو مهلكك ومهلك قومك ومخرِّب بلادك. ودخلا على رسول الله ﷺ وقد حلقا لحاهما وأعفيا شواربهما، فكره النظر إليهما، وقال: "ويلكما! من أمركما بهذا؟! " قالا: أمرنا ربُّنا. يعنيان كسرى، فقال رسول الله ﷺ : "ولكنَّ ربي أمرني بإعفاء لحيتي وقصّ شاربي" . ثم قال: "ارجعا حتى تاتياني غدًا" . قال: وأتى رسول الله ﷺ الخبِر من السماء، بأن الله قد سلَّط على كسرى ابنه شيرويه، فقتله في شهر كذا وكذا، في ليلة كذا وكذا؛ من الليل؛ سُلِّط عليه ابنه شيرويه فقتله. قال: فدعاهما فأخبرهما فقالا: هل تدري ما تقول؟! إنا قد نقمنا عليك ما هو أيسر من هذا، فنكتب عنك بهذا ونخبر الملك باذام؟ قال: "نعم أخبراه ذلك عني، وقولا له: إن ديني وسلطاني سيبلغ ما بلغ ملك كسرى، وينتهي إلى منتهى الخفِّ والحافر، وقولا له: إن أسلمت أعطيتك ما تحت يديك، وملكتك على قومك من الأبناء" . ثم أعطى خُرخرة منطقة فيها ذهب وفضة كان أهداها له بعض الملوك، فخرجا من عنده حتى قدما على باذام فأخبراه الخبر، فقال: والله ما هذا بكلام ملك، وإني لأرى الرجل نبيًّا كما يقول، وليكوننَّ ما قد قال، فلئن كان هذا حقًا فإنه نبيٌّ مرسل، وإن لم يكن فسنرى فيه رأينا. فلم ينشب باذام أن قدم عليه كتاب شيرويه: أما بعد، فإني قد قتلت كسرى، ولم أقتله إلا غضبًا لفارس؛ لما كان استحلَّ من قتل أشرافهم ونحرهم في ثغورهم، فإذا جاءك كتابي هذا فخذ لي الطاعة ممن قِبلك، وانطلق إلى الرجل الذي كان كسرى قد كتب فيه، فلا تهجه حتى يأتيك أمري فيه. فلما انتهى كتاب شيرويه إلى باذام قال: إن هذا الرجل لرسول. فأسلم وأسلمت الأبناء من فارس من كان منهم باليمن. قال: وقد قال باذويه لباذام: ما كلَّمت أحدًا أهيب عندي منه. فقال له باذام: هل معه شُرَط؟ قال: لا. قال الواقديُّ (١) ، (رحمه الله) : وكان قتل كسرى على يدي ابنه شيرويه ليلة الثلاثاء، لعشر ليالٍ مضين من جمادى الأولى من سنة سبع من الهجرة، لست ساعات مضت منها.
(١) انظر "تاريخ الطبري" (٢/ ٦٥٦).

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