Abu al-Fidâ ne grandit pas à Damas comme un étranger, pour ensuite la quitter comme un étranger. Il passa plutôt sa vie dans les recoins de la ville, à en écrire l’histoire, enrichissant de ses mots ses joies et ses victoires, et partageant ses tristesses et ses deuils. À travers la lutte pour le pouvoir, il nous fait découvrir sa citadelle, ses portes, ses routes et ses places. Il relate également ce qu’il perçoit dans les regards de ses habitants lorsqu’ils font leurs adieux à un gouverneur déchu, accueillent un nouveau dirigeant, ou sont témoins d’un lieutenant rebelle ou perfide.
Après avoir reçu son éducation dans le sanctuaire du savoir, Ibn Kathîr est convié aux assemblées de science et d’arbitrage, organisées tantôt dans les jardins enchanteurs de Damas, tantôt dans les vastes salles de ses palais syriens. Les Damascènes aspirent à tirer profit de sa prodigieuse mémoire et de ses connaissances. C’est pourquoi il gravit les chaires des mosquées comme prédicateur, occupe des postes d’enseignant et de directeur dans des écoles spécialisées, et s’installe dans la mosquée des Banû Umayya, sous la coupole de l’Aigle, pour y dispenser des exégèses et des hadiths.
Quels bienfaits et quelles bénédictions l’attendaient à Damas ! Sa soif de science s’y épanouit, tandis qu’il y acquiert la plume du juriste pieux et la conscience de l’historien responsable, vivant pour al-Fayhâ᾿ davantage qu’il n’y vit simplement. Lorsque Ibn Kathîr y résida et y grandit, Damas était un véritable foyer de savoir et de savants. Elle ouvrit grand ses portes aux maîtres fuyant les Francs et les Tatars, leur servant de nid et de refuge. Ses écoles les accueillirent chaleureusement, si bien qu’ils l’emplirent de livres et de science. Parmi ces éminents érudits, on compte le muhaddith digne de confiance Abû al-Ḥajjâj al-Mizzî, l’éminent juriste chaféite Tâj ad-Dîn al-Fazârî, le savant réformateur Ibn Taymiyya, ainsi que ses célèbres disciples qui lui succédèrent, tels Ibn al-Qayyim et Ibn Kathîr.
Il nous importe d’indiquer ici les débuts de la formation d’Ibn Kathîr durant sa jeunesse :
– Il acheva la mémorisation complète du Coran en 711 H sous la direction du cheikh Muḥammad ibn Abî al-Ḥasan al-Ba‘labakkî, de rite hanbalite, décédé en 730 H.
– Il apprit les différentes lectures coraniques auprès du cheikh Muḥammad ibn Ja‘far al-Labbâd, décédé en 724 H.
– Il apprit l’écriture auprès du cheikh Najm ad-Dîn Mûsâ ibn ‘Alî, décédé en 723 H.