Au nom de Dieu. Ensuite, il entra, se débarrassa de ses vêtements noirs et revêtit des habits blancs. Puis il prit son bâton, se rendit auprès des Romains dans l’église et dit : « Ô vous, assemblée des Romains ! Il nous est parvenu une lettre de la part d’Ahmad nous invitant à Dieu. Je témoigne qu’il n’est de dieu que Dieu, et qu’Ahmad est Son serviteur et Son Messager. »
Ils se levèrent contre lui, comme un seul homme, le frappèrent et le tuèrent. Lorsque Dihya retourna auprès d’Héraclius pour lui rapporter ce qui s’était passé, celui-ci dit : « Je t’avais bien dit que nous les craignions pour nos propres personnes. Par Dieu, ce Dughâtir était plus éminent qu’eux à leurs yeux et sa parole valait mieux que la mienne. »
At-Tabarânî (1) a rapporté, selon la chaîne de transmission qui remonte à Yahyâ ibn Salama ibn Kuhayl, d’après son père, d’après ‘Abd Allâh ibn Shaddâd, d’après Dihya al-Kalbî, qui dit : « Le Messager de Dieu (ﷺ) m’a envoyé auprès de César, le souverain des Romains, avec une lettre. J’ai alors dit : “Demandez l’autorisation pour le Messager du Messager de Dieu (ﷺ).” On se rendit auprès de César et on lui dit : “À la porte, il y a un homme qui prétend être l’envoyé de Dieu.” Ils en furent interloqués. César dit : “Faites-le entrer.” On me fit donc entrer auprès de lui, en présence de ses dignitaires, et je lui remis la lettre. Il y était écrit : “Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. De Muhammad, Messager de Dieu, à César, souverain des Romains.” Alors un neveu de César, un homme à la peau rouge, aux yeux bleus et aux cheveux lisses, s’emporta : “Ne lis pas cette lettre aujourd’hui ! Il a commencé par se nommer lui-même, et il a écrit ‘souverain des Romains’, sans dire ‘roi des Romains’.” On lut pourtant toute la lettre jusqu’à la fin. Puis César ordonna à ses gens de se retirer. Ensuite, il m’appela une seconde fois. J’entrai de nouveau auprès de lui et il m’interrogea. Je lui répondis. Alors il fit venir l’évêque, qui était le chef de leurs affaires. Ils se conformaient à ses directives et agissaient selon ses ordres. Lorsque l’évêque eut lu la lettre, il déclara : “Par Dieu ! C’est bien celui dont Moïse et Jésus nous ont annoncé la venue, que nous attendions.” César lui dit : “Que me conseilles-tu ?” L’évêque répondit : “Pour ma part, je le crois et je le suis.” César dit : “Je sais aussi que c’est la vérité, mais je ne peux pas agir ainsi. Si je le faisais, mon pouvoir s’écroulerait et les Romains me tueraient.” »
Muhammad ibn Isḥâq (2), d’après Khâlid ibn Yasâr, rapporte selon un homme d’entre les anciens habitants du Shâm (la Grande Syrie) : « Lorsque Héraclius voulut quitter la terre du Shâm pour se retirer à Constantinople, après avoir entendu parler du Prophète (ﷺ), il rassembla les Romains et leur dit : “Ô vous, assemblée des Romains ! Je vais vous proposer des choses : réfléchissez-y. — Quelles sont-elles ? dirent-ils. — Par Dieu, vous savez bien que cet homme est un Prophète envoyé. Nous le trouvons dans nos Écritures et nous le reconnaissons à la description qui nous en est faite. Venez donc, suivons-le afin que nous préservions notre vie d’ici-bas et notre salut dans l’au-delà.” Ils s’exclamèrent : “Serions-nous sous la domination des Arabes, nous qui sommes les plus grands en royauté, les plus nombreux en hommes et les plus étendus en territoire ?!” Il reprit : “Eh bien, payons-lui la capitation (jizya) chaque année. Ainsi, je briserai sa pointe contre moi et je serai libéré de la guerre grâce à ce que je lui donnerai.” Ils rétorquèrent : “Allons-nous donc nous soumettre aux Arabes, nous couvrir d’humiliation et de bassesse, en leur versant un tribut, alors que nous sommes les plus nombreux en effectif, les plus puissants en royauté, et les mieux protégés par nos territoires ? Non, par Dieu, jamais !” Héraclius ajouta : “Alors passons avec lui un accord. Je lui cède la Syrie et il me laisse le Shâm.”” (À cette époque, la Syrie comprenait la Palestine, le Jourdain, Damas, Ḥimṣ et les régions environnantes.)