Il fit alors venir l’interprète et dit : « Qui parmi vous est le plus proche en parenté de cet homme qui prétend être Prophète ? »
Abou Soufyân déclara : « J’ai répondu : “Je suis celui qui a les liens de parenté les plus proches.” » Il dit : « Rapprochez-le de moi et faites venir ses compagnons, placez-les derrière lui. » Puis il s’adressa à son interprète : « Dis-leur que je vais interroger cet homme au sujet de cet individu. S’il me ment, démentez-le. Par Dieu, si je ne craignais qu’on ne rapporte de moi un mensonge, je lui aurais menti. »
La première question qu’il me posa fut : « Quelle est sa noblesse parmi vous ? » Je répondis : « Il est de haute noblesse parmi nous. » Il demanda : « Quelqu’un parmi vous a-t-il déjà proclamé une telle parole avant lui ? » Je répondis : « Non. » Il dit : « Y a-t-il parmi ses ancêtres un roi ? » Je dis : « Non. » Il demanda : « Les notables l’ont suivi ou plutôt les faibles ? » Je répondis : « Au contraire, ce sont les faibles. » Il demanda : « Sont-ils en nombre croissant ou décroissant ? » Je répondis : « Ils croissent. » Il dit : « Quelqu’un d’entre eux renonce-t-il à sa religion, mécontent de celle-ci, après y être entré ? » Je dis : « Non. » Il demanda : « L’accusiez-vous de mensonge avant qu’il ne tienne ce discours ? » Je répondis : « Non. » Il dit : « Trahit-il ? » Je répliquai : « Non. Cependant, nous sommes liés à lui par un traité, et nous ignorons ce qu’il fera par la suite. » (Je ne pus y glisser qu’une seule parole ambiguë en dehors de cette réponse.)
Il demanda alors : « Avez-vous combattu contre lui ? » Je répondis : « Oui. » Il dit : « Comment se sont déroulés vos affrontements ? » Je répondis : « La guerre va tantôt en notre faveur, tantôt en la sienne ; il nous inflige des pertes et nous lui en infligeons aussi. » Il demanda : « Que vous ordonne-t-il ? » Je dis : « Il nous demande d’adorer Dieu seul, sans rien Lui associer, et de renoncer à ce que nos pères disaient. Il nous ordonne la prière, la sincérité, la chasteté et le respect des liens de parenté. »
Il dit alors à son interprète : « Dis-lui : je t’ai questionné sur sa noblesse, et tu as prétendu qu’il est de haute noblesse parmi vous ; ainsi, les messagers sont bien envoyés au sein des grandes lignées de leur peuple. Je t’ai demandé si quelqu’un d’entre vous avait déjà tenu ce propos avant lui, et tu as répondu que non. J’ai songé : “Si un autre l’avait devancé, on aurait pu dire qu’il se réfère à une assertion antérieure.” Puis je t’ai demandé s’il y avait, parmi ses ancêtres, un roi, et tu as dit non. Dans ce cas, je me serais peut-être dit qu’il réclame le royaume de ses pères. Ensuite je t’ai demandé si vous l’accusiez de mensonge avant qu’il ne s’exprime, et tu as répondu non. J’en conclus qu’il n’était pas pour laisser de côté le mensonge à l’égard des gens pour se mettre à mentir sur Dieu. Je t’ai aussi questionné pour savoir si ce sont les notables ou les faibles qui l’ont suivi, et tu as précisé que ce sont les faibles, or ce sont bien eux, les premiers disciples des messagers. Je t’ai demandé également si leur nombre augmentait ou diminuait, et tu as signalé qu’il augmentait ; ainsi en va-t-il de la foi, jusqu’à ce qu’elle s’accomplisse. Je t’ai demandé si l’un d’entre eux se détournait par aversion pour sa religion après y être entré, et tu as répondu que non. Tel est l’état de la foi lorsque sa douceur pénètre les cœurs.
Je t’ai aussi demandé : “Trahit-il ?” et tu as répondu que non ; ainsi agissent les messagers, ils ne trahissent pas. Je t’ai encore demandé ce qu’il vous enjoint, et tu as répondu qu’il vous ordonne d’adorer Dieu sans rien Lui associer, de renoncer au culte des idoles, qu’il vous prescrit la prière, la sincérité et la chasteté. Si ce que tu dis est vrai, il finira par posséder l’endroit même où je pose mes pieds en ce moment. Je savais qu’un tel homme devait apparaître, mais je ne pensais pas qu’il sortirait de vos rangs. Si je savais pouvoir le rejoindre, je me donnerais la peine d’aller à sa rencontre, et si j’étais auprès de lui, je laverais ses pieds. »
Puis il sollicita la lettre que l’Envoyé de Dieu (ﷺ) avait adressée par l’intermédiaire de Dihya au gouverneur de Bosra, et il la remit à Héraclius. Elle disait : « Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. De Muhammad, serviteur de Dieu et Son Messager, à Héraclius, le grand de Rome. Que la paix soit sur celui qui suit la bonne voie. Ensuite, je t’appelle à l’appel de l’Islam : “Entre en Islam, tu seras sauf ; Dieu te gratifiera de ta récompense en double. Mais si tu te détournes, alors sur toi retombera le péché des paysans.” (1)
Et : “Ô gens…” »