Mohammad ibn Ishaq a dit (1) : « Cela eut lieu entre la Hudaybiya et son décès (ﷺ). Nous allons l’évoquer ici, même si l’avis d’al-Waqidi peut être plausible, et Dieu sait mieux. »
Muslim (2) a rapporté, d’après Youssouf ibn Hammad al-Ma‘ni, d’après ‘Abd al-A‘la ibn ‘Abd al-A‘la, d’après Sa‘id ibn Abi ‘Aroubah, d’après Qatada, d’après Anas ibn Malik, que le Messager de Dieu (ﷺ) adressa, avant sa mort, des lettres à Kisra, à César, au Négus, ainsi qu’à tout autre souverain tyrannique, les invitant à Dieu, exalté soit-Il, et il ne s’agissait pas du Négus sur lequel il avait prié.
Younous ibn Boukayr a dit, d’après Mohammad ibn Ishaq : « Az-Zouhri me raconta (3), d’après ‘Oubaydallah ibn ‘Abdallah ibn ‘Otbah, d’après ‘Abdallah ibn ‘Abbâs : “Abou Soufyan me conta, de sa bouche à la mienne, ceci : ‘Nous étions un peuple de commerçants. La guerre nous avait assiégés au point de ruiner nos biens. Lorsque survint la trêve – la trêve de Hudaybiya – entre nous et le Messager de Dieu (ﷺ), nous retrouvâmes la sécurité car nous n’avions plus à craindre les combats. Je partis donc commercer en Syrie avec un groupe de Quraysh. Par Dieu, je ne connais à La Mecque ni femme ni homme qui ne m’eût confié une marchandise. Nous nous approvisionnions alors en Syrie à Gaza, en terre de Palestine. Nous voyageâmes jusqu’à ce que nous y arrivions, et c’était à l’époque où César, souverain de Byzance, vainquit les Perses présents dans son royaume, les chassa, et recouvra sa Grande Croix qu’ils lui avaient dérobée.
Lorsqu’il en fut informé, alors qu’il résidait à Homs, en Syrie, il sortit à pied en signe de gratitude pour se rendre à Bayt al-Maqdis afin d’y prier. À chaque étape, on étendait devant lui des tapis sur lesquels on déposait des fleurs, jusqu’à ce qu’il atteignît Iliya (Jérusalem) et y accomplit la prière. Un matin, il se réveilla en proie à une grande inquiétude, levant les yeux vers le ciel. Ses officiers lui dirent : “Ô roi, tu sembles soucieux.” Il répondit : “En effet.” Ils demandèrent : “Quelle en est la cause ?” Il dit : “Cette nuit, j’ai eu une vision m’annonçant la victoire imminente du roi de la circoncision.” Ils répliquèrent : “Par Dieu, il n’existe, à notre connaissance, aucune communauté pratiquant la circoncision en dehors des Juifs, et ceux-ci sont sous ta domination. Si tu redoutes qu’ils te menacent, envoie un ordre dans tout ton royaume afin qu’il ne reste aucun Juif sans qu’on lui tranche la tête : tu seras ainsi débarrassé de ces préoccupations.”
Tandis qu’ils échafaudaient cet avis, arriva le messager du gouverneur de Busra, accompagné d’un homme arabe qui s’était présenté à eux. Il annonça : “Ô roi, cet homme vient du pays des Arabes, où l’on élève brebis et chamelles. Il a un événement à te rapporter, survenu dans sa contrée. Interroge-le à ce sujet.” On l’amena donc au roi, qui dit à son interprète : “Demande-lui de quel événement il s’agit dans son pays.” On questionna l’Arabe, et il expliqua : “Un homme de Quraysh est apparu chez nous, prétendant être un Prophète. Certains l’ont suivi, d’autres se sont opposés à lui ; il y eut entre eux de nombreuses batailles, et je suis parti en pleine discorde.” Après l’avoir écouté, César ordonna : “Déshabillez-le.” On découvrit alors qu’il était circoncis. César s’exclama : “Par Dieu, c’est bien le signe de ma vision, et non ce que vous disiez ! Rendez-lui ses vêtements, qu’il s’en aille à ses affaires.” Puis il appela le chef de sa police et lui ordonna : “Passe la Syrie au crible, et ramène-moi un homme de la même tribu que celui-ci, afin que je l’interroge sur ses affaires.”»