Pour l’évocation d’un bien-aimé, j’ai versé des larmes abondantes, car le souvenir fait naître le chagrin…
Oui, la perte d’un être cher est un grand malheur ; nombreux sont les nobles qui, éprouvés, ont ensuite fait preuve de patience…
J’ai vu les meilleurs des musulmans se succéder, par vagues, et ceux qui vinrent après eux prirent du retard…
Que Dieu ne tienne pas éloignés ceux qui, à Mu’ta, tombèrent martyrs les uns après les autres, dont Jaʿfar, « l’homme aux deux ailes »…
Ainsi que Zayd et ʿAbd Allāh qui, tous trois, succombèrent alors que la mort rôdait parmi eux…
Le matin où ils s’élancèrent avec les croyants, un chef de bon augure, éminent et rayonnant, les conduisit vers la mort…
Pur comme la pleine lune, issu des Banū Hāshim, fier, prêt à s’ériger contre l’injustice avec courage…
Il combattit à la lance jusqu’à tomber sans appui, dans un champ de bataille où les piques gisaient brisées…
Sa rétribution le plaça parmi les martyrs, dans de luxuriants jardins verdoyants…
Nous voyions en Jaʿfar une loyauté et une fermeté exemplaires héritées de Muḥammad, lorsque l’autorité lui incombait…
Dans l’Islam, la Maison Hāshim est demeurée un pilier de gloire qui ne vacille pas, une source de fierté…
Ils forment la haute montagne de l’Islam, tandis que le reste des gens sont comme un amas de pierres autour d’un sommet imposant et puissant…
Ils sont des personnalités remarquables : parmi eux, Jaʿfar et son frère de mère, ʿAlī, ainsi qu’Aḥmad, l’Élu…
Il y a aussi Ḥamza, al-ʿAbbās et ʿAqīl ; pareils au précieux bois d’aloès qui, lorsqu’on le presse, exhale son parfum…
Grâce à eux, les épreuves s’apaisent à chaque impasse sombre, quand les voies se ferment pour les gens…
Ils sont ceux que Dieu a pris sous Sa protection, sur qui Il a révélé Son Jugement, et parmi lesquels est descendu le Livre Purifié.
Et Kaʿb ibn Mālik (qu’Allah l’agrée) a dit :
« Les yeux se sont endormis, tandis que les larmes de ton œil continuent de couler,
Abondantes comme l’eau que déverse la pluie bienfaisante.
Au cours d’une nuit où les soucis m’ont assailli, tantôt je soupire de nostalgie, tantôt je me tourne et me retourne.
La tristesse m’a envahi, si bien que je passai la nuit comme si j’étais sous les “Filles de Naʿsh” (constellation) et que le Simāk veillait sur moi.
C’est comme si, dans ma poitrine et mes entrailles, une flamme ardente s’était introduite à cause des peines qui m’affligeaient.
Je souffre de l’absence de ces hommes qui tombèrent successivement un jour à Mu’ta, s’appuyant les uns sur les autres, sans jamais se replier.
Qu’Allah prie sur eux, ces jeunes gens, et que les averses généreuses se déversent sur leurs dépouilles.
Avec courage, ils ont offert leurs âmes à Dieu à Mu’ta, par crainte de faillir ou de reculer face à la mort.
Ils s’avancèrent à la tête des musulmans comme si leurs montures étaient revêtues d’une armure de fer somptueusement ornée,
Tandis qu’ils étaient guidés par Jaʿfar et sa bannière, se tenant devant tous les autres, et quel excellent avant-garde ! »