Les gens disaient : « Abou Hourayra a trop rapporté. » Pour ma part, je restais constamment auprès du Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) pour apaiser ma faim, alors que je ne mangeais pas de pain levé, ni ne portais de soieries, et que personne ne me servait. Je collais mon ventre contre le sol à cause de la faim. Et je récitais parfois un verset à un homme ─ un verset que je connaissais déjà ─ pour qu’il m’emmène et me donne à manger. Celui qui fut le plus généreux envers les pauvres était Ja‘far ibn Abî Tâlib. Il nous emmenait chez lui et nous donnait à manger ce qu’il trouvait. Il arrivait même qu’il nous sorte une petite gourde de beurre quasiment vide : alors nous la fendions et léchions ce qui s’y trouvait encore. C’est un hadith qu’Al-Boukhârî est seul à rapporter.
Hassân ibn Thâbit (1) composa, en faisant l’éloge funèbre de Ja‘far :
« Je l’ai pleuré, et la disparition de Ja‘far fut un rude coup :
l’aimé du Prophète pour toute la création.
J’ai alors été bouleversé, et quand on m’a annoncé ta mort,
j’ai dit : “Qui donc affrontera le combat près de l’‘Uqâb et son ombre ?”
Avec des glaives extraits de leurs fourreaux pour frapper,
tandis que les lances s’abattent et s’entrechoquent.
Après Ja‘far, le fils béni de Fâtima,
le meilleur et le plus noble de toute la création.
Un deuil, pour celui qui fut le plus honorable dans son ascendance,
le plus puissant pour venger l’opprimé et le plus humble.
Il se dressait pour la vérité sans jamais user de mensonge,
le plus généreux de sa main et le moins porté aux excès.
Le plus prompt à donner quand on lui demandait,
le plus empressé à offrir de ses biens, le plus noble en son aumône.
En vertu, nul ne lui ressemblait, hormis Muhammad.
Il n’est pas de vivant parmi les hommes qui puisse l’égaler. »
Quant à Ibn Rawâha (2), il s’agit de ‘Abdallah ibn Rawâha ibn Tha‘laba ibn Imri’ al-Qays ibn ‘Amr ibn Imri’ al-Qays al-Akbar ibn Mâlik ibn al-Agharr ibn Tha‘laba ibn Ka‘b ibn al-Khazraj ibn al-Hârith ibn al-Khazraj, Abou Muhammad – on l’appelle aussi Abou Rawâha ou Abou ‘Amr – l’Ansarî al-Khazrajî. C’était l’oncle maternel de Nu‘mân ibn Bashîr, dont la mère était ‘Amra bint Rawâha. Il embrassa l’islam tôt et assista au pacte d’al-‘Aqaba, où il fut l’un des chefs envoyés cette nuit-là pour les Banû al-Hârith ibn al-Khazraj. Il participa aux batailles de Badr, de Uhud, du Fossé, de Hudaybiyya et de Khaybar. Le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) l’envoyait devancer la récolte des fruits comme nous l’avons déjà rapporté. Il assista à la ‘Umra de la Compensation (al-‘Umra al-Qadâ’) et entra ce jour-là en tenant la bride de la chamelle du Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) – certains disent : en tenant son étrier – tout en récitant : « Laissez le passage libre au Prophète de Dieu, ô infidèles », comme nous l’avons déjà signalé. Il fut l’un des trois commandants qui tombèrent en martyrs à la bataille de Mu’ta, ainsi que nous l’avons mentionné, et il exhorta les musulmans à affronter les Byzantins lorsque ceux-ci délibérèrent à ce sujet.